Cheyenne de garde

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Objectivement, il faut reconnaître que la bataille des femmes est loin d’être close et remportée. La condition féminine s’est transformée, mais les préjugés restent tenaces et les acquis fragiles. Il revient aux femmes du monde entier de continuer le combat. Heureusement qu’une “cheyenne” veille au grain, partout, avec sa “tribu” de guerrières modernes. Et le combat atteint des pics d’hilarité au vu de situations si drôles et tordantes qu’elles en deviennent grotesques. On assiste à la lutte de ces féministes “tendance” nouvelle” contre trois machos bêtes à en pleurer… de rire.

Louis Donatien Perin

CHEYENNE DE GARDE

Comédie de mœurs en quatre actes.

© Louis Donatien Perin

Pour toute demande de représentation : SACD Paris

ÉDITIONS DU LYS * SAINT-LOUIS

2007

«Les vieux chevaux de bataille fourbus

de la misogynie la plus grossière... courent

toujours et ils courront tant que trop d'hommes

continueront à préférer les personnes du sexe

désarmées, puériles, maladroites, gentiment débiles,

ne sachant pas réparer un pneu, pleurant

pour un rien et ne comprenant pas grand chose

aux chiffres et à la politique».

Benoîte Groult, Ainsi soit-elle.

«Le caractère de la femme, sans exception,

se meut sur deux pôles, qui sont l'amour

et la vengeance».

Lope de Vega, Mudarra le Bâtard.

Merci

aux femmes

qui parlent,

qui écrivent

qui mordent

qui vivent

de m'avoir prêté leurs mots.

L.P.

PERSONNAGES

DIANE

MACHA

FLO

MORGANE

SANDRA

AGNÈS

ANNIE

ANDROS

PHIMOSIS

CACOSTICHE

L’action se passe toujours et partout.

Décor :

Le Bureau des Affaires Féminines doit être austère dans son ameublement : bureau fonctionnel, avec tous les appareils modernes de communication, un placard, une ou deux chaises, et quelques "babioles" pour exalter négativement la Femme. Par exemple : un Superman grandeur nature, un buste de femme sans bras, des inscriptions au mur du genre : «La femme menstruée gâte les moissons, dévaste les jardins, tue les germes, fait tomber les fruits, tue les abeilles et fait aigrir le lait si elle le touche» (Pline), ou encore : «Une olympiade femelle est impensable» (Pierre de Coubertin), et encore : L'envie de réussir chez une femme est névrose, le résultat d'un complexe de castration dont elle ne guérira que par une totale acceptation de son destin passif» (Freud), «L'esprit de la plupart des femmes sert plus à fortifier leur folie que leur raison». (La Rochefoucault), etc...etc...

A C T E I

Scène première

MACHA (au milieu des spectateurs, époussetant de son plumet l’un ou l’autre monsieur)

Mais oui, mais oui, vous pouvez ricaner. Je suis bonne à tout, et je fais tout, sans réserve. On parle de la «réserve» qui sied aux femmes bien éduquées. Réserve des femmes. Vous pensez vraiment que dans cette expression on parle d'êtres vivants mis à part, dans un lieu spécialement affecté à leur conservation, pour qu'ils soient mieux gardés ou protégés? Pas du tout. Quand il s’agit de femmes, il faudrait plutôt dire «parcage», comme pour les voitures en stationnement ou les moutons qui fertilisent le sol par leurs déjections pendant la nuit. Les unes à côté des autres, bien alignées, les femmes, sans qu’aucune d’elles ne sorte jamais du rang, sous aucun prétexte que ce soit. La «réserve des femmes», ça a quelque chose à voir avec la conservation de l’espèce, pour qu’elle reste identique, immuable. Folle femme que celle qui aura la prétention de s'écarter du droit chemin tracé par la prépotence masculine depuis des siècles et de siècles, amen. La fatalité du sexe, quoi ! Et pour que tout se perpétue dans la bonne conscience générale, on a même ouvert un baf, un B.A.F., un Bureau des Affaires Féminines, avec un fonctionnaire zélé, une sorte de tuteur de sexe masculin exerçant une autorité morale et/ou physique sur la femme, et sans lequel les enseignements perdent toute efficacité pédagogique. Un bel homme, le M. Andros, compétent certes, mais non moins cochon... Je ne devrais pas tant parler, sinon je vais encore me faire traiter de provocatrice. Ecoutez plutôt ce qui passe dans la tête de ce cher monsieur, alors qu'il se documente consciencieusement sur la gent féminine qu’il est chargé d'administrer et de préserver.

Scène 2

ANDROS (allongé à plat ventre sur le tapis, lit un vieux livre sur les admirables secrets de magie naturelle. Il manifeste souvent son accord avec l’auteur du grimoire, puis soudain, paraît doublement intéressé par ce qu’il lit)

«A quels signes connaît-on qu’une fille a perdu sa virginité. - Signes de chasteté chez la femme». Ah ! Voilà peut-être de quoi tirer de bons tuyaux sur cette question épineuse. Les anciens maîtres avaient du bon sens, et on ne saurait trop leur accorder l’importance qu’il méritent. Voyons cela : «Les signes de chasteté chez les femmes sont la pudeur (il acquiesce en connaisseur), la honte, la crainte, un marcher honnête et modeste, une parole douce - très révélatrice, la parole douce... et de plus en plus rare - une attitude respectueuse en s’approchant des hommes... Mais il en est de fines et dissimulées qui observent toutes ces choses en apparence, et ne sont ni chastes, ni parfois vierges». (Il se lève)

«Voyons donc à quels signes on peut reconnaître qu’une fille est vierge. Une fille qui a perdue son pucelage a la vulve si large, qu’un homme peut la connaître, sans souffrir aucune douleur à la verge». Comme tout cela est juste. J’en parle en connaissance de cause. Ah oui ! Aucun doute possible. «Autre secret. - Prenez de la poudre bien menue qui se trouve entre les fleurs de lys jaunes et faites-en manger à celle que vous soupçonnez ; soyez assuré que si elle n’est pas pucelle elle ira pisser peu de temps après. Ce secret semble être peu de chose en apparence, mais il a été expérimenté souvent avec succès». Et comment ! J’en ai connue une, à la campagne, qui même sans fleurs de lys, m’en a fait voir de toutes les couleurs : elle n’a pas pu se retenir, la souillon ! Sur moi ! Pour sûr qu’elle n’était pas pucelle. Elle n’en finissait pas de m’inonder. Un vrai tonneau en perce.

«Autre secret. - On peut encore, pour savoir si une fille est vierge, avoir recours à son urine. L’urine des vierges est claire, luisante, quelquefois blanche, d’autres fois verte ou couleur d’azur». Tiens, c’est curieux, je ne savais pas que les pucelles pissaient bleu. Ah, ces vieux chroniqueurs, quel sens de l’observation ils possédaient ! Avec eux, pas moyen de biaiser comme avec ces toubibs d’aujourd’hui qui, malgré leurs machineries ultra-perfectionnées, ont perdu la notion sensible des choses. Les pucelles pissent bleu : cela est admirable. Voilà ce que nous ne sommes plus capables de percevoir à notre époque. Et on ira même jusqu’à prétendre, en se drapant dans la cape de la science évolutionniste, que les pucelles pissent comme n’importe qui. Et le monde entier, devenu daltonien des sens, prend cela pour de l’argent comptant. Quelle misère, je vous jure. La déchéance à chaque coin d’idée.

(On frappe à la porte. M. Andros referme son livre, avec une légère irritation).

ANDROS

Macha. Macha. Où es-tu, vieille jument édentée. Macha, fais entrer.

MACHA (entre ses dents)

Bien, vieux canasson.

Scène 3

CACO STICHE

C’est bien vous qui vous occupez du BAF, le Bureau des Affaires Féminines ?

ANDROS

Oui, je suis monsieur Andros. En quoi puis-je vous être utile ?

CACOSTICHE

Eh bien, voilà. Je suis monsieur Cacostiche et je viens déposer une plainte.

ANDROS (farceur)

Vous êtes menuisier ?

CACOSTICHE (souriant de la méprise)

Mais non, monsieur. Je viens... me plaindre.

ANDROS

Et de quoi, mon dieu ?

CACOSTICHE

D’un état de cœur qui frise le délabrement psychique, l’émiettement intellectuel et physique, qui me corrompt l’organisme au fil des jours, et me jette dans une léthargie mentale qui m’effraie. (Devant l’incompréhension de l’autre) En deux mots, monsieur, je souffre. Je souffre.

ANDROS

Ah bon, vous souffrez. Mais je ne suis pas médecin.

CACOSTICHE

Je le sais bien. Hélas, je souffre dans mon âme et dans ma chair, mais sans remède possible.

ANDROS

Je ne vois pas alors...

CACOSTICHE

Sans remède, monsieur, sans remède, mais avec une soif terrible de justice.

ANDROS

Ah ! Me voilà juge alors. Sans toge et sans toque...

CACOSTICHE

... mais avec le pouvoir de me rendre grâce, et par là même le sourire, et la joie de vivre (s’enthousiasmant) et l’amour, monsieur, l’amour qu’une cruelle créature me refuse. Une femme, monsieur le juge.

ANDROS

Une femme ! Une femme est de la partie. Je suis votre homme, dans ce cas, monsieur Cacostiche. Racontez-moi tout, mon ami.

CACOSTICHE

Une femme méchante. Une hyène, une grenouille, une vipère, une sang-sue...

ANDROS

Une pensionnaire de parc zoologique, en somme.

CACOSTICHE (sans relever l’astuce)

Une bête, une bête faite femme !

ANDROS

Pas de pléonasme, voyons, ni de redite. Ménandre l’a écrit bien avant vous : «La terre et la mer produisent un grand nombre d’animaux féroces, mais la femme est la grande bête féroce entre toutes» . Que dire de plus ?

CACOSTICHE

C’est justement observé. «La grande bête féroce». Et elle me mange le cœur, monsieur, à grands coups de dents acérées. Il n’en reste presque rien, de ce beau cœur palpitant d’amour qui savait s’enflammer pour toute belle créature.

ANDROS (compatissant)

Mon pauvre ami ! Les ravages sont-ils à ce point irréparables ?

CACOSTICHE

Pire encore : irréversibles. Je ne m’en remettrai certainement pas. Il faut vous dire, monsieur, qu’elle est belle à en faire choir l’auréole à un saint.

ANDROS (feignant d’avoir mal compris, avec un geste d’illustration)

L’aréole à un... nichon ?

CACOSTICHE (patient, autre geste à l’appui)

Mais non, le nimbe à un bienheureux.

ANDROS (conclusif)

C’est parfois du pareil au même. Poursuivez.

CACOSTICHE

Je disais : elle est si belle à en faire...

ANDROS

... choir le mamelon à un saint élu. Vous vous répétez, mon vieux.

CACOSTICHE (ne le suivant pas dans la plaisanterie)

Oui. Bref, je l’ai rencontrée un jour, chez un ami. A son apparition, le soleil a pâli, je dirais même a flétri, se parant d’un jaune biliaire de mauvais augure. Mais je n’étais déjà plus en mesure de capter les avertissements de la providence. Elle m’est apparue fine et brune, une beauté silencieuse comme ces filles indiennes qui savent rire des yeux en restant impassibles, ou vous sourire en pensant que vous êtes le dernier des imbéciles. Elle était roulée comme une Ferrari, magnifiquement cambrée sur ses jambes élancées, qui portaient un torse où s’érigeait une poitrine exemplaire, comme deux monuments aux sorts jetés à l’envie de tout homme. Et puis, comme mon regard s’élevait peu à peu vers les grands espaces de sa physionomie, j’ai trébuché sur sa bouche éclatée dans un morceau de chair vive, j’ai expiré dans la mobilité de ses cheveux battant l’air avec aisance comme dans ces pubs à la télé. Et ce n’est pas tout, ni le pire, monsieur. Je me suis senti irrémédiablement perdu quand je me suis noyé dans ses yeux de poix, n’osant plus cligner une paupière par crainte de m’anéantir. Dès cet instant, je parcourais la prairie illimitée. Elle était une indienne, Pacahontas ou Sacajawea, ma princesse peau-rouge surgie tout droit de mes jeux d’enfance, et je l’ai aussitôt surnommée : la Cheyenne. Il n’en fallait pas plus pour que trottassent dans ma tête des mots furieux dont j’ai fait un poème. (Minaudant ridiculement) C’est vrai, je courtise les Muses, à mes heures. Enfin, pour être sincère, je suis poète à chaque instant, du jour et de la nuit. Voici ce qui passait de mon âme à mon cœur, dans un va-et-vient tout enclin au débordement de félicité :

«Je n’aurai de cesse, ma princesse,

tant que je ne poserai mon tapis dans ton tipi».

C’est de la poésie actuelle, évidemment ; les sonorités importent plus que les rimes, vous me suivez ? Ainsi l’astuce basée sur la résonance tapis et tipi porte en elle une force d’évocation très... très...

ANDROS (venant à son secours)

Très fortement évocatrice.

CACOSTICHE

C’est tout à fait cela. Mais écoutez la suite, qui n’est pas mal non plus :

«Et quand d’une flèche, ô ma fleur de pêche,

tu auras transpercé mon cœur de rancœur,

je serai prêt de mourir à ton poteau de torture

en exhalant mon tout ultime «je t’aime» vers ton totem».

ANDROS (faussement appréciateur)

Ah, que c’est bien dit !

CACOSTICHE

Vous sentez la puissance de l’allitération finale en t ? T, t, t...

ANDROS

Parfaitement, à tel point que j’en boirai volontiers un. Vous en prenez aussi ?

CACOSTICHE (ne comprenant pas)

Pardon ? Que dois-je prendre ?

ANDROS

Un thé, vous en parliez à l’instant.

CACOSTICHE (décontenancé)

Ah, un thé. Si vous voulez, merci.

ANDROS

Macha, deux thés.

(Macha sort en ronchonnant)

ANDROS

Donc, si j’ai bien compris votre histoire, vous avez rencontré une indienne de la tribu de Krisna, euh... de la tribu des Cheyennes, chez un de vos amis, et c’est de cette rencontre que découlent tous vos malheurs.

CACOSTICHE

Précisément. Instant fatal et délicieux à la fois ! Dès son premier regard, je demeurai là, comme une poire cuite. C’est une expression italienne.

ANDROS

Je traduis de l’italien : comme deux ronds de flan.

CACOSTICHE

Si vous voulez. Je n’avais plus de voix. Heureusement, c’est elle qui prit l’initiative de s’adresser à moi, et de m’entretenir...

ANDROS

Ah ! Malheureux, que n’avez-vous mis en pratique ce sage conseil du Livre des Rites : «Lorsqu’une femme te parle, souris-lui et ne l’écoute pas».

CACOSTICHE

Mais c’est exactement ce que j’ai fait. Je lui souriais, sans être en mesure de l’écouter vraiment. Je n’entendais pas exactement ses paroles, mais comme des sons mélodieux échappés à une gorge de sirène... antique, celle des navigateurs sur les écueils.

ANDROS

C’est encore un animal, même s’il est fabuleux.

CACOSTICHE

Pas de doute : j’étais moi-aussi subjugué par cette voix enchanteresse.

ANDROS

Et que vous disait-elle ?

CACOSTICHE

Je n’en ai pas la moindre idée. Des conseils pour changer en un tour de main les pneus crevés, peut-être. Mais qu’importe ! J’étais perdu. Fou d’elle, de ses cheveux, de ses cordes vocales, de son corps, de ses pieds, de...

ANDROS (l’interrompant)

Fou d’elle, quoi, toute entière, j’ai bien compris.

CACOSTICHE

Ah ! Si vous l’aviez vue comme moi. Vous comprendriez tout de suite pourquoi je souffre et combien grande est ma douleur. Elle a refusé tout net de me donner son amour, avec tout le reste.

ANDROS

Et pourquoi cela ?

CACOSTICHE

Pour la futile raison que je ne lui plais pas. Je ne suis pas à son goût, paraît-il. Mais où va le monde de ce pas, je vous le demande, si les femmes vous refusent sous prétexte que vous n’êtes pas à leur convenance ! Il n’y aura plus bientôt de liaison possible, ni même envisageable. Pas à son goût, comprenez-vous. Quel manque de fair-play inadmissible : sans même me donner une chance. C’est pourquoi j’ai pensé m’adresser directement à vous, qui êtes chargé par le gouvernement de veiller à la santé morale de l’autre moitié de la société. Je demande une juste réparation. Que l’on réprime l’audace de cette femme pour qui l’amour d’un homme n’a pas plus de valeur qu’un vieux chewing-gum usagé.

MACHA (rentrant avec le thé, en aparté)

Le pauvre chéri ! Voilà qu’il vient réclamer la sucette qu’on n’a pas voulu lui donner. (Avec un clin d’œil vers le public) Ça sert d’écouter aux portes. (A Andros) Le thé est servi. Je profite de la pause-infusion pour vous avertir qu’une mademoiselle est arrivée avec une convocation et qu’elle attend que vous la receviez.

ANDROS

Quel est son nom ?

MACHA

J’ai pas bien lu le papier. Agnès quelque chose. Elle a l’air drôlement embêtée, en tout cas, la pauvre. Et elle est pas d’ici, à l’entendre causer.

ANDROS

Bon, fais-la entrer dans quelques instants. Monsieur Cacostiche, si votre temps vous le permet, je vous invite à assister au règlement d’une affaire au B.A.F., pour vous rendre compte de l’efficacité de nos méthodes. Après quoi, je m’occuperai personnellement de votre cas.

CACOSTICHE

Et bien oui, si cela ne vous dérange pas, vous me voyez tout disposé à vous voir à l’œuvre.

ANDROS

Installez-vous là. Et dégustez tranquillement votre thé, tout en suivant les débats. Vous n’allez pas vous ennuyer. Et moi non plus. Macha, fais entrer la demoiselle.

Scène 4

Entre une jeune fille écrasée de timidité et de déférence. Macha l’escorte et s’immobilise à son côté, plus pour lui venir en aide que pour l’accabler.

ANDROS (autoritaire, posé en tribunal)

Nom, prénom et signalement social.

LA FILLE (d’une voix faible)

Agnès Duranton, femme, profession...

ANDROS (brusque)

Sans importance. De quelle couleur sont vos urines ?

AGNÈS (ne comprenant pas)

Mes urines ?

ANDROS

Vos urines sont-elles bleues ?

AGNÈS

Bleues ?

ANDROS

Vous ne comprenez pas ? Etes-vous encore vierge ?

AGNÈS (éperdue, dans un souffle)

Oui.

ANDROS (paternel)

Ben voilà. Fallait le dire. (Dur) Motif de la convocation.

AGNÈS (gênée, d’une voix presque inaudible)

J’ai donné...

ANDROS

Parlez plus fort.

AGNÈS (même jeu)

J’ai donné une...

ANDROS

Puisque vous avez honte de le dire, je vais le faire pour vous. Vous avez eu l’audace de lever la main sur un jeune homme qui n’aspirait qu’à vous courtiser, à vous complaire. Et vous lui infligez l’humiliation cuisante d’un soufflet. On se battait en duel pour moins que ça, dans le temps. C’est un affront insupportable pour un homme.

AGNÈS (sentant la révolte se réveiller en elle)

Je n’ai fait que lui rendre la pareille.

ANDROS

Non, non, non... pas de ça, Suzette ! Pas question de te placer sur le même plan, car ça n’a rien à voir.

AGNÈS

Comment, ça n’a rien à voir ! Cet individu m’a accostée un soir dans la rue, il m’a poursuivie dans le noir et a fini par poser ses sales pattes sur moi, et ça n’a rien à voir ? Et puis, comme je ne voulais pas, il a commencé à me frapper !

ANDROS

Disons que c’était pour rendre grâce à tes appas. Ce qui est plus que légitime lorsqu’on te regarde. Quoi de plus naturel que d’éveiller l’intérêt des hommes quand on est une belle fleur comme toi... Tu es fiancée ?

AGNÈS (désarçonnée par la question)

Non.

ANDROS

Pas encore ? Pourtant tu es jolie. N’est-ce pas, monsieur Cacostiche ?

CACOSTICHE (joli cœur)

Tout à fait charmante.

ANDROS (à Agnès)

Tu vois ? Allons, ne t’en fais pas. Pour toi aussi viendra le jour où tu rencontreras le Prince Charmant. En temps utile. C’est le destin de toute vraie femme. Tiens, pour te mettre en confiance, je te propose un test-jeu, qui permettra de juger de tes aptitudes matrimoniales. (Il prend une revue de mariages princiers, cherche la bonne page et lit) «Réussissez votre mariage : gagnez le mari idéal». Ecoute bien. «Chère mademoiselle, imaginez votre surprise, puis votre joie et celle de toute votre famille quand, dans quelques jours, après avoir répondu aux questions suivantes, vous recevrez chez vous le prix de vos rêves, en même temps que votre certificat d’aptitude à la vie conjugale. Tu es prête ? Concentrée ? ... Bien. - Première question : à qui une femme doit-elle plaire grâce à sa beauté qu’elle devra soigneusement entretenir ?»

Agnès fait mine de chercher, sans résultat.

MACHA (soufflant comme une écolière)

A un homme... A un homme...

AGNÈS (sans assurance)

A un homme.

ANDROS

Bravo. «Deuxième question : qui doit-elle aimer grâce à sa capacité de se donner ?» Ah ! C’est un peu plus difficile. Réfléchissez.

Agnès sèche visiblement.

ANDROS

«Qui doit-elle aimer ? «

MACHA (soufflant de plus en plus fort)

L’homme... L’homme... L’homme...

ANDROS (la prenant sur le fait)

Macha ! Vieille guenon hirsute ! Va-tu te taire, sinon tu tâteras de la semelle de mes bottes.

Macha, devant la menace, se tait. Mais Agnès avait entendu la réponse.

AGNÈS

L’homme.

ANDROS

L’homme, bien sûr. «Troisième question : quel être doit-elle servir en toutes choses ?»

Il lance un regard d’avertissement à Macha qui ne pipe plus mot.

AGNÈS (ne trouvant pas toute seule)

Quel être... quel être... Je ne sais pas... Je ne trouve pas...

ANDROS

Tu es vraiment une bonne à rien. Et tu mérites amplement les six jours de prison ferme que l’on t’a infligé. Fainéante inculte ! La réponse était : «L’homme», de toute évidence. Ah! Tu n’as absolument rien retenu des leçons que l’on te dispense aux frais de l’Etat. Si tu avais su répondre, tu aurais pu gagner le gros lot du prix «Mariage Printemps-Eté» de cette année. Tu aurais eu la chance de devenir madame, c’est-à-dire une être respectable, en épousant celui qui aurait été pour toi l’élu de ton cœur. Mais décidément, tu as pris un mauvais départ dans la vie. Ça m’étonnerait beaucoup qu’un homme veuille de toi pour le mariage, ou même le PACS, pour le meilleur, et surtout pour le pire.

MACHA (entre ses dents)

«Échangerais mari peu utilisé contre bon vélo en état de marche».

ANDROS (furieux)

Putain fétide ! Veux-tu te taire ! Au lieu de bafouer un sacrement aussi pur que le mariage. (Il se lance à sa poursuite, menaçant) Viens ici, que je t’administre la juste punition pour tes propos infâmes.

MACHA (lui échappant prestement, à l’intention d’Agnès)

Mariez-vous, pacsez-vous, qu’ils disent les Mecs... Mais moi je te dis qu’il vaut mieux brûler que de s’unir à ces négriers.

ANDROS (hors de lui)

Grosse coche! ... Moulin à paroles! Hors de ma vue. (Il se prend les pieds dans une chaise et s’étale de tout son long) Aïe! (De plus en plus furieux, à l’intention d’Agnès) Et toi avec elle, bougre de pucelle. Au trou! Va-t-en purger ta peine plus que méritée.

Macha et Agnès sortent à la hâte.

Scène 5

ANDROS (à Cacostiche, en se relevant)

Voyez-vous ces femmes. Elles sont renversantes. Mais ça ne se passera pas comme ça. Pas question de perdre pied devant ces créatures. Si on leur donne la moindre prise, elles ne lâcheront plus le morceau. Leur esprit de femelles est bien capable de prendre le dessus sur le nôtre, si on ne veille pas au grain.

CACOSTICHE (avec un soupir résigné)

A qui le dites-vous ?

ANDROS

Mais à vous, bien sûr. Il suffit de leur autoriser l’accession à un domaine quelconque, et les voilà qui deviennent les égales de l’homme, et très souvent finissent par le surpasser en compétence et savoir-faire. Femme-ingénieur, femme-médecin, femme-savant, dame-pipi, femme-ministre, femme-président. Si, si, je vous assure, il y en a maintenant. Mais où est encore la femme-femme à laquelle nous aspirons tous? La secrétaire modèle, l’épouse sensuelle, la mère compréhensive, la femme de cœur, la femme d’intérieur?

CACOSTICHE (le rejoignant dans ses regrets)

La femme de nos pensées, l’objet de nos désirs, l’éternelle Dalila, «l’enfant malade et douze fois impure» que chante le poète.

ANDROS

«Impure» est le mot. Souillée par la faute originelle, ineffaçable. Elles ont beau la camoufler sous des tonnes de fard et de minauderie, chercher la liberté d’action dans les tampons hygiéniques, ça ne prend pas. Ce qui est fait est fait... pour elles. Elles l’ont certainement cherché. Je ne sais pas où ni quand, mais ce ne peut être que la punition d’une faute congénitale. Qu’elles continuent de nous faire payer aussi, ces charognes, en se jouant de notre amour, en nous faisant souffrir.

CACOSTICHE (tragique)

... comme des bêtes !

ANDROS

Mais nous savons faire face. Rigoureusement et méthodiquement, comme dans tout conflit digne de ce nom. Nous savons manœuvrer pour que les dissidentes retrouvent au plus vite le droit chemin de la féminité. Fini ces inquiétantes et ridicules amazones à la nuque rasée et aux larges feutres qui se prennent pour des hommes. Fini toutes ces partisanes des relations multiples. En peu de mots : fini la foire des femmes.

CACOSTICHE

Je suis de votre avis. Il n’y a pas trente-six sortes de femmes. La femme vraie, c’est pur, ça ne s’explique pas.

MACHA (arrivant inopinément pour débarrasser)

Et ça sent bon... même dans les bureaux à 17 heures, grâce au savon et au désodorisant...

ANDROS (apocalyptique, lui intimant de sa taire)

La femme vraie est celle qui est armée moralement et socialement contre le vice.

CACOSTICHE

Et capable de défendre la vertu en toute occasion.

ANDROS

A nous de la préserver de la décadence qui mène aux abîmes. Ce ne sont pas les moyens qui nous manquent. Tenez, si vous avez encore un peu de temps, j’aimerais vous présentez une jeune femme comme il faut, une de celles que nous avons sauvée de la perdition féministe. (Contrôlant sa montre) Elle ne devrait pas tarder à se présenter au pointage. C’est le jour. Vous constaterez de visu les résultats de notre méthode de désintoxication. Macha, arrête de faire la bête et va chercher mademoiselle Florence qui doit attendre dans l’antichambre.

Macha sort.

ANDROS (à Cacostiche)

Vous verrez, elle est divine à présent, portant en elle tous les signes évidents de la stupide résignation femelle.

CACOSTICHE

Oh oui, j’adore !

ANDROS

Et elle est si compréhensive. Toujours prête à satisfaire notre moindre désir. Il n’a pas été facile de l’arracher définitivement à l’influence néfaste des pétroleuses qui veulent saboter notre société.

Scène 6

Macha revient, suivie de Flo.

MACHA (un peu méprisante)

Voilà l’élève douée qui vient chercher son bon point. Je préfère ne pas voir ça.

ANDROS (lui donnant l’ordre de rester)

Tais-toi, bécasse d’égout. Tu ferais bien, au contraire, d’être attentive aux réponses de cette jeune femme, et d’en retenir quelque chose... si tu peux. Approchez, mademoiselle.

FLO (mielleusement assujettie)

Bonjour, monsieur l’Agent de notre Bureau. (A Cocastiche) Bonjour à vous aussi, monsieur.

ANDROS (s’extasiant)

Elle est... touchante, n’est-ce pas ? (Il esquisse dans l’air quelques attouchements).

CACOSTICHE (appréciateur en paroles et en gestes)

Tout à fait... Vous avez touché juste.

Macha fait une moue dégoûtée et en profite pour s’esbigner avec le plateau.

ANDROS

Mon enfant, êtes-vous prête à répondre à mes questions ? Je n’ai plus aucune appréhension à votre sujet. Vous êtes pratiquement hors de cause, et les accusations de chienne enragée portées contre vous ne seront bientôt qu’un mauvais souvenir. Grâce à notre indulgence... et à notre méthode de persuasion. Première question : le destin d’une femme est toujours une fatalité biologique ou une vocation, c’est-à-dire quelque chose qu’il vous est interdit de refuser. Qui a décidé cela ?

FLO (sans hésitation, connaissant sa leçon sur le bout des doigts)

C’est le Créateur qui l’a voulu ainsi en nous faisant douces et passives.

ANDROS

Excellente réponse. Poursuivons. Si l’on ne croit pas en Dieu, qui peut-on croire puisqu’il a dit la même chose ?

FLO (même jeu)

Sigmund Freud, qu’il est impossible de récuser.

ANDROS

Absolument. Donc, jeune fille, ne luttez pas contre votre nature et contentez-vous pour votre bien des trois magnifiques rôles que nous vous avons réservés. (A Cacostiche) Si, si, magnifiques, vous allez voir. (A Florence) Quels sont-ils ?

FLO (même jeu)

Primo : vous plaire grâce à notre beauté qu’il faudra soigneusement entretenir.

Secundo : vous aimer grâce à notre capacité de nous donner, qualité qu’il faudra également cultiver.

Tertio : vous servir enfin, vous et plus tard votre descendance.

ANDROS

Un sans-faute jusqu’à présent. Bravo. (A Cacostiche) Que vous disais-je, mon cher Cacostiche ?

CACOSTICHE

Remarquable ! Tout à fait remarquable ! Quel savoir ! Et quel charme ! Le contenu vaut bien le contenant.

ANDROS

Je ne le vous fais pas dire. (A Flo) Une dernière question sans piège. Quelle est, de par la constitution délicate des femmes, quelle est leur destination principale ?

Flo hésite, puis soudain éclate en pleurs.

ANDROS (voulant l’aider)

Voyons... la principale destination des femmes est celle de... celle de... celle de...

CACOSTICHE (pris par le pathétique de la situation, à Andros)

Mais accouchez, voyons !

ANDROS

... de faire des enfants.

Flo redouble de pleurs.

ANDROS (à Cacostiche)

Mais qu’est-ce qu’elle a ? Qu’est-ce qu’elle a ?

CACOSTICHE (chevaleresque, au bord de l’émotion)

Allons, mademoiselle, calmez-vous. Ce n’est pas grave, une mauvaise réponse. Monsieur Andros sera indulgent... sur ma demande expresse. N’est-ce pas, monsieur Andros ?

ANDROS

Mais bien sûr. Vous vous rattraperez la prochaine fois.

FLO (entre deux hoquets)

Il n’y aura pas de prochaine fois.

ANDROS (plein de sollicitude)

Et pourquoi ?

CACOSTICHE (en écho)

Pourquoi donc ?

MACHA (qui arrive, attirée par les pleurs)

Mais pourquoi ?

FLO (véhémente)

Parce que je suis un homme. (Elle se remet à pleurer de plus belle)

ANDROS (incrédule)

Un homme ?

CACOSTICHE (même jeu)

Un mec ?

MACHA (explicative)

Un gus, quoi !

ANDROS

Vous n’avez rien à faire ici !

CACOSTICHE

Pourquoi êtes-vous habillé en femme ?

MACHA

Tout de suite la question de confiance.

ANDROS (se faisant menaçant)

Pourquoi cacher votre vrai sexe ?

FLO (apeurée)

Je ne sais pas... Je ne suis pas sûre...

ANDROS (se dressant furibond)

Comment, infâme, tu ne connais même pas ta vraie nature !

CACOSTICHE (idem)

Vous êtes un être entre deux eaux !

MACHA

Suffit de savoir nager correctement.

FLO

Mais je me ferai opérer dès...

ANDROS (avec violence)

Pas question, mon gars ! Il ne sera pas dit que la chirurgie permette de changer de peau sans changer de souvenirs.

CACOSTICHE

Bonne formule !

ANDROS

Ce n’est pas un coup de bistouri qui te rendra différent. Tu garderas ton sexe comme la marque cuisante et constante d’une perversion de ta chair.

FLO (s’insurgeant à ces mots)

Ce n’est pas vrai ! Je passerai de cet état hybride à celui de vraie femme si je le veux, quand je le veux !

MACHA

Bien dit, ma sœur.

ANDROS

Qui t’a appris cela ? Ce n’est pas ici que tu as entendu ces abominations. Allez, parle. Dis-moi de qui tu tiens ces propos.

FLORENCE

D’une femme qui comprend les autres, hommes, femmes et androgynes.

CACOSTICHE

Et les mysogines ?

FLO

Ah, ceux-là… elle sait comment leur parler.

ANDROS

Qui est-ce ? Son nom !

FLO

Elle s’appelle Diane. Diane Misandre. Elle est mon amie et saura me...

A ce nom, Cacostiche s’est dressé, comme piqué par une tarentule.

CACOSTICHE

Diane Misandre... Mais c’est elle ! C’est la Cheyenne. La femme de ma vie... et de ma mort ! C’est elle, monsieur Andros.

ANDROS

Diane Misan... quoi ? Qui est-ce encore ? Une étrangère ?

CACOSTICHE

Mais non ! Diane, la lumineuse, la céleste, la divine... Elle est belle ! Si belle...

ANDROS

Je sais, je sais, à en faire choir... et caetera. Ne nous égarons pas dans les futilités, voulez-vous, ce n’est pas le moment. Je ne pensais pas que cette Diane... Cheyenne, comme vous l’appelez, pouvait faire tant de dégâts. Toute une rééducation foutue en l’air, par sa faute. Sans compter l’état où elle vous a mis vous-même. Contrôlons cela de plus près, dans le fichier des subversives européennes. (Il se place devant son ordinateur) Vous disiez donc : Misan...

CACOSTICHE

Misandre. M.I.S.A.N.D.R.E.

ANDROS (les yeux rivés sur son écran)

Mis, mis, mis ,mis... Miss France... Miss Europe... Miss Monde... Voilà : Misandre Diane. Trois étoiles. Cela veut dire qu’elle est particulièrement commés... euh, dangereuse. (Lisant) «A fait ses premières armes de militante en Amérique du Nord, puis du Sud». C’est normal : elle ne pouvait pas descendre plus bas ! «Arrivée depuis peu dans notre pays. A surveiller de très près, notamment pour son attrait physique, sa beauté hors-classe et, paraît-il, son intelligence. Agissements par écrit (plusieurs livres à son actif) et tous les médias possibles, et par contact direct avec les femmes en détresse. Collabore à des émissions de radio et de télé satiriques. On la voit chez Ruquier, chez Dechevanne, Delarue, Ardisson, Cauet et j’en passe.. Connue déjà sous l’appellatif « Cheyenne de garde». Je vois : une sauvage qui mord, une pisse-gris et une emmerdeuse.

CACOSTICHE (à tant d’évocation)

Je souffre ! Je souffre !

ANDROS

Je sais, je sais... vous souffrez sans remède possible. Eh bien, un remède, moi, je vais pourtant le trouver pour neutraliser au plus vite cette chipie malfaisante. (A Flo) Vous, ne croyez pas vous en tirer à si bon compte. Dès demain, nous reprendrons les séances de rééducation, et il faudra y mettre les bouchées doubles... Partez, mais je vous interdis formellement de rencontrer à nouveau cette femme de mauvaise compagnie. (Flo sort, sans demander son reste. A Cacostiche) Quant à vous, je vous promets que dans peu de temps, vous aurez votre « soupirée » à vos pieds, toute entière ligotée à votre moindre caprice. Il me vient une petite idée pour y parvenir. J’ai l’homme chic qu’il nous faut pour cette mission de choc. Il connaît tous les raffinements pour l’amener à la raison, la rendre vulnérable...

CACOSTICHE (l’œil allumé)

Vulvérable ?

ANDROS

Mais non, voyons ! ... la réduire aux bons sentiments. Une fois séduite, il la conduira à l’endroit que nous voudrons et elle sera à votre merci. Est-ce clair ?

CACOSTICHE

Oh oui ! ... Mais ce sera presque un viol !

ANDROS

Allons donc, tout de suite les grands mots. Elle n’est pas vierge, je suppose ; elle n’est pas nonne non plus à ma connaissance. Vous aurez le droit, je vous le dis.

CACOSTICHE (peu convaincu)

Si vous l’assurez. Mais je continue de croire que le procédé est...

ANDROS

Il faudrait savoir ce que vous voulez, mon ami. Faites confiance à qui pratique les femmes depuis assez longtemps pour savoir comment les prendre... pour leur bien et notre intérêt. Laissez-moi à présent, afin que je prenne les dispositions qui s’imposent. Au revoir, cher ami. Revenez sous peu, dès que l’affaire prendra tournure.

CACOSTICHE

A bientôt, mon sauveur, et d’avance merci pour la juste revanche que je m’apprête à prendre sur...

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