Gondemare le maudit

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En 535 de l’Ère Chrétienne, le seigneur Gondemare, allié du roi Arthur, se trouve ensorcelé par un druide félon. Enfermé dans son château depuis 1500 ans, il attend l’heure de la délivrance, lorsqu’enfin se déliera le charme. 1500 ans, c’est long, et il s’ennuie ferme. Pourtant, Gondemare partage sa malédiction avec son épouse qui ne cesse de lui reprocher son manque d’ardeur. Mais aussi avec un chevalier tueur de dragons et poète à ses heures, qui déçoit tout autant sa dame Isabelle. Quelle libido résisterait à 15 siècles d’enfermement ? Celle de Blaise, un bossu plein de ressources. Il y a également une magicienne, nulle, affectée au nettoyage des latrines, deux dames de compagnie et enfin un moine qui resurgit des oubliettes, où on l’avait fort justement oublié. Une comédie médiévale décalée.

Liste des personnages (9)

GONDEMAREHomme • Adulte
Le roi, autoritaire. Las d’une malédiction qui n’en finit pas.
HÉLOÏSEFemme • Adulte
Reine, épouse de Gondemare.
EULALIEFemme • Adulte
Dame de compagnie de la reine Héloïse.
FULBERTHomme • Adulte
Preux chevalier de la cour du roi Gondemare. Il est intarissable sur ses exploits innombrables qu’il met en poèmes.
ISABELLEFemme • Adulte
Épouse de Fulbert.
RADEGONDEFemme • Adulte
Dame de compagnie d’Isabelle.
BLAISEHomme • Adulte
Serviteur (in)fidèle, plié en deux par une énorme bosse. Il a un accent méridional (ou autre) très marqué.
CLÉOBULEFemme • Adulte
Druidesse aux pouvoirs magiques peu efficaces.
GILDASHomme • Adulte
Moine fervent. Évangélisateur intolérant.

Décor (1)

Décor uniqueLa salle du trône d’un château médiéval. Elle se compose d’une grande cheminée (pas indispensable) côté cour, une fenêtre en ogive en fond de scène et un trône rustique en bois côté jardin. Des tabourets, un banc, un coffre sont disséminés entre ces éléments. Des bannières aux murs, des tapis couvrent le sol. Derrière le trône, une ouverture donne sur les appartements du roi et de la reine, tandis qu’une autre ouverture près de la cheminée donne sur les autres parties du château et l’extérieur.

ACTE I

 

 Nous sommes dans la salle du trône d’un château médiéval. Elle se compose d’une grande cheminée côté cour, une fenêtre en ogive en fond de scène entourée de tentures vieillies. Un trône rustique en bois domine décentré côté jardin. À gauche du trône se trouvent deux grandes chaises pour les Dames et un présentoir d’armes : hache, épée, fléau et masse d’armes. À droite de la scène, on découvre un grand coffre et des tabourets. Des tapis couvrent le sol. Derrière le trône, une ouverture donne sur les appartements du roi et de la reine, tandis qu’une autre ouverture près de la cheminée donne sur les autres parties du château et l’extérieur.

 

 Scène 1

Voix off, Gondemare, Blaise

 

Sur un léger fond musical médiéval, le rideau s’ouvre et découvre une scène plongée dans la pénombre. On distingue à peine les éléments du décor et, sur le trône, le roi endormi.

VOIX OFF ― En 535 de l’Ère Chrétienne, le roi Arthur meurt sur le champ de bataille de Camlann. Et Merlin disparait. Ils emportent avec eux les rêves d’une Bretagne unie. Pour le commun des mortels, il ne demeure aujourd’hui de ces temps anciens que ruines et légendes. Pourtant, quelque part dans les profondeurs d’une forêt mystérieuse, dans un château oublié de tous, le temps s’est arrêté ce même jour de l’an 535. Un druide usant de magie noire a enfermé là le roi Gondemare afin qu’il ne puisse porter assistance à Arthur. Depuis 1500 ans, Gondemare et quelques membres de sa cour attendent l’heure de la délivrance, lorsqu’enfin se déliera le charme.

La scène s’éclaire. Le roi s’agite et se réveille en sursaut.

GONDEMARE ― Hein ? Quoi ? Qu’est-ce ? (Son regard égaré balaie la scène où personne d’autre ne se trouve.) J’ai bien cru ouïr… mais ce n’était qu’un rêve ! (Il soupire, se baisse pour ramasser sa couronne qu’il aura perdue durant son sommeil.) Non seulement j’endure éveillé ce maudit sort qui m’enchaîne à la vie, mais le sommeil ne m’est d’aucun repos. Je rêve encore de mon malheur ! (Il coiffe sa couronne.) Quand je pense qu’il m’a fallu estourbir trois demi-frères félons, ô d’ignobles bâtards, et décimer quelques oncles cupides et je ne sais combien de cousins bouseux sortis d’on ne sait où, et s’enorgueillissant de prétentions royales… tant de vaillance déployée à préserver un trône dont la principale faveur est de me tanner le cul plus sûrement qu’un cheval sauvage ! (Il se tortille.) Si j’avais su… Quinze siècles que je m’emmerde, je m’emmerde, je m’emmerde… (Il promène son regard autour de lui.) Où est passé Blaise ? Où est-il ce niais ? (Il crie.) Blaise !... (Plus fort.) Blaise !...

Le bossu accourt. Il entre côté du trône. Son infirmité le tient voûté, plié en deux, et lui donne un aspect servile que ne dément pas son ton obséquieux.

BLAISE, avec un fort accent du sud. Me voilà, messire. J’accours, je vole…

GONDEMARE ― Où étais-tu, faquin ?

BLAISE, évasif. Euh !... par là, à attendre votre réveil, mon bon roi.

GONDEMARE ― Je t’ai déjà ordonné de ne pas me laisser dormir dans la journée. Je fais des cauchemars.

BLAISE ― C’est que vous dormiez si bien, messire roi.

GONDEMARE ― Non, justement, je ne dors pas bien. Je revois sans cesse ce maudit mage noir jeter son sort avant de disparaître dans un nuage de fumée. Noire, comme lui.

BLAISE ― Vous vous faites du mal, messire.

GONDEMARE ― As-tu une recette, toi, pour lutter contre les cauchemars ? La druidesse n’a jamais été foutue de m’en débarrasser.

BLAISE ― Sauf votre respect, messire, votre druidesse Cléobule n’est pas des plus fortiches. Je dirais même qu’elle est nulle.

GONDEMARE ― Je le sais bien, elle est sortie dernière de sa promotion. Mais je n’avais pas les moyens de me payer un druide digne de ce nom.

BLAISE ― Si vous aviez accepté les propositions du mage noir…

GONDEMARE ― Et laissé tomber Arthur ? Jamais !

BLAISE ― Et nous voilà dans le bouillon depuis mille cinq cents ans !

GONDEMARE ― Dis-donc, coquin, oserais-tu contester la volonté de ton maître ?

BLAISE ― Oh non, mon bon roi Gondemare. Certes non. (Il multiplie les courbettes.) Vous êtes le meilleur des rois, le plus beau, le plus grand, le plus intelligent, et la noblesse de votre âme n’a d’égale nulle part en ce monde…

GONDEMARE ― Tu te moques, maraud. Il n’y a pas grande prouesse à être l’âme la plus noble d’un monde circonscrit aux dix hectares alentours du château.

BLAISE ― On peut supposer, votre majesté, que le monde continue d’exister derrière la bulle du sortilège.

GONDEMARE ― Tu te fais finaud avec l’âge, Blaise. On ne devrait pas vivre aussi longtemps. Le plus immense imbécile finit par avoir des connaissances. Tu as même appris à lire !

BLAISE ― Madame la reine m’a enseigné cet art. Grâce lui soit rendue.

GONDEMARE ― Quelle idée saugrenue ! Mais au moins lui auras-tu permis de s’occuper durant quelques siècles.

BLAISE ― Je suis désolé, sire, c’est que je ne suis pas un élève doué.

GONDEMARE ― Et je t’en sais gré, Blaise. Lorsque mon épouse ne s’ennuie pas, elle me fout la paix. Et là, elle me l’a foutue un bon moment. Tu n’aurais pu faire mieux, à moins d’être complètement obtus. Je vais lui suggérer maintenant de t’apprendre la musique.

BLAISE ― Vôtre seigneurie n’est pas satisfaite de mes services ?

GONDEMARE ― Euh ! Comment dire ?... Musicalement, y a encore du boulot…

BLAISE, se dirige vers le coffre. Je vais vous faire ouïr ma dernière composition. (Il tire du coffre une guitare (customisée) médiévale qui aura la particularité d’être accordée très approximativement.)

GONDEMARE, grimace. Aie !

BLAISE, assis sur un minuscule tabouret près du trône. C’est une ode à votre gloire, ô mon bon roi. Accrochez-vous.

GONDEMARE ― Oh ! Je m’accroche, je m’accroche.

BLAISE, joue mal et braille sur l’air du « Bon roi Dagobert ».

Le bon roi Gondemare

A mis sa culotte à l’envers.

L’Enchanteur Merlin lui dit…

GONDEMARE, l’interrompt brutalement. Holà ! Qu’est-ce que cette histoire de culotte ?

BLAISE ― C’est une chanson, messire.

GONDEMARE ― Je l’entends bien que c’est une chanson. Mais pourquoi chantes-tu que j’ai mis ma culotte à l’envers ?

BLAISE ― Rassurez-vous, sire, vous la remettez à l’endroit au couplet suivant.

GONDEMARE ― Mais je ne veux pas mettre ma culotte à l’endroit !

BLAISE ― Ah bon ? Vous voulez la garder à l’envers ?

GONDEMARE ― Je ne veux pas que l’on discoure de ma culotte ! Dans un sens comme dans l’autre ! Tout le monde va me charrier avec cette calembredaine. Une ode à ma gloire, tu parles !

BLAISE ― Ce n’est qu’une chanson…

GONDEMARE ― Pas question ! Si j’entends encore un mot de cette chanson, je te fais couper la langue. Alors, je sais que ça repousse grâce au sortilège du druide traître qui nous a rendus immortels, mais je te la fais couper avec un cure-dents pour que ça dure longtemps et que ça fasse bien mal. Compris ?

BLAISE ― Compris, mon bon roi, compris.

GONDEMARE ― Non, mais ! Qui c’est le roi ?

BLAISE ― C’est vous, votre grandeur, c’est vous… Je peux vous en vocaliser une autre ?

GONDEMARE, les yeux au ciel. Quelle purge !... Oui. Mais souviens-toi de ma promesse.

BLAISE, sur l’air de « la poupée qui fait non » de Michel Polnareff.

C’est un ménestrel-è-el

Qui fait la la la-a-a la

Toute la journée-é-é

Il fait la la la-a-a la

Chanter c’est tout’ sa vie-i-i-i-i-i

Il n’en dort pas la nuit-i-i-i-i-i

Gondemare a grimacé puis s’est lentement affaissé sur son trône. Ses mains soutiennent maintenant sa tête. Il affiche un terrible désespoir.  

 

Scène 2

Gondemare, Blaise, Fulbert

 

Entrée précipitée (côté cour) du chevalier Fulbert, épée à la main, prêt à en découdre. Son arrivée interrompt la prestation de Blaise.

FULBERT, hurlant. Que se passe-t-il, sire ? On nous attaque ?

GONDEMARE, en sursaut. Mais non, Fulbert. Il ne s’agit que de Blaise.

Fulbert lève son épée sur Blaise qui court se cacher derrière le trône.

BLAISE ― Au secours, mon roi !

GONDEMARE ― Rengainez votre épée, Fulbert ! Il ne faisait que chanter.

FULBERT ― Je suis votre preux chevalier, sire Gondemare, et je ne tolère aucune agression à l’encontre de votre royale personne.

GONDEMARE ― Ça va, ça va, il ne m’a pas agressé. Juste une chanson.

FULBERT, en lorgnant méchamment Blaise. Tout de même…

GONDEMARE ― Ce n’est rien, vous dis-je. Rengainez votre épée, vous allez blesser quelqu’un.

FULBERT, rengaine à contrecœur. Je ne m’y fais pas, que voulez-vous ! Des cris pareils. On devrait lui couper la langue.

GONDEMARE ― J’y ai bien songé, mais ça repousse. Nous sommes immortels, Fulbert. Qui dit immortels, dit indestructibles. Tant que le charme n’est pas rompu, rien ne peut nous mutiler définitivement.

FULBERT ― On pourrait lui coudre les lèvres.

BLAISE ― Non, sire ! Pitié !

GONDEMARE ― Non, j’ai d’autres projets.

FULBERT, étonné. Des projets, sire ? Pour Blaise ?

Blaise, toujours derrière le trône, tend l’oreille.

GONDEMARE ― La reine s’ennuie, Fulbert. Et quand la reine s’ennuie…

FULBERT ― À qui le dites-vous, sire. (En confidence.) Moi-même, avec dame Isabelle, quand elle se languit, elle devient… comment dire ?...

GONDEMARE, bas, en confidence. Emmerdante, Fulbert. Vous pouvez le dire, elles deviennent emmerdantes !

FULBERT ― C’est ça… Et alors, Blaise, dans cette conjoncture ?

GONDEMARE ― Je vais demander à la reine de lui apprendre la musique.

Blaise se frotte les mains.

FULBERT, fait mine de sortir son épée. Oui, mais alors loin. Très loin d’ici.

BLAISE ― En forêt ! Nous irons en forêt, sire. Et ainsi ne gênerons que les oiseaux et les sangliers.

FULBERT ― Ils n’ont pas mérité ça, les pauvres. Je ne sais pas s’ils sont immortels, eux aussi, enfermés qu’ils sont dans la même bulle que nous, mais ils risquent de le regretter.

GONDEMARE ― Ça nous tiendra bien cinq cents ans, cette histoire.

FULBERT ― Si j’osais, sire…

GONDEMARE ― Osez, Fulbert, osez.

FULBERT ― Eh bien, je vous demanderais qu’il soit aussi l’élève de dame Isabelle. Elle chante très bien, vous avez pu le remarquer.

BLAISE ― Oh oui ! Oh oui !

GONDEMARE ― Étant donnée l’ampleur du travail, je vous l’accorde volontiers, Fulbert. Elles ne seront pas trop de deux pour l’instruire.

BLAISE, contourne le trône. Sire, sire, puis-je aller porter la bonne nouvelle à dame Héloïse, la reine ?

GONDEMARE ― Va, Blaise. Va et laisse-nous un moment en paix.

Blaise sort côté jardin.

FULBERT ― Vous pensez qu’elles en tireront un son mélodieux ?

GONDEMARE ― Je m’en contrefous. L’important est qu’elles se sentent occupées.

FULBERT ― En même temps, si ça pouvait marcher, on ferait d’une pierre deux coups.

GONDEMARE ― JE ferais d’une pierre deux coups. C’est moi qui ai eu l’idée, non ?

FULBERT ― Bien entendu, sire. Je ne saurais m’approprier vos royales inspirations.

GONDEMARE ― Vous faites bien, Fulbert. Ceci dit, s’il me fut donné de trouver besogne à la mesure de nos nobles épouses, je demeure en peine d’occuper mon corps et mon esprit. Je me barbe, Fulbert ! Pas de bataille, pas de mission glorieuse, même pas assez d’espace pour une belle chevauchée… Rien que l’angoisse d’innombrables lendemains aussi vides que les non moins innombrables veilles qui les précédèrent.

FULBERT ― Voulez-vous jouer aux échecs ?

GONDEMARE, souffle. Je gagne toujours.

FULBERT ― Forcément, vous trichez !

GONDEMARE ― Le roi ne triche pas, il est fin stratège.

FULBERT ― Vous devriez perdre de temps en temps. Ce serait moins monotone.

GONDEMARE ― Le roi ne peut pas perdre puisqu’il est le roi.

FULBERT ― Bon. Alors, je vais vous lire un de mes poèmes.

GONDEMARE ― Non ! Surtout pas. Je préfère encore m’ennuyer à mourir. D’ailleurs, on ne meurt pas d’ennui. Ce serait trop beau. Non, on s’ennuie, on s’ennuie, on s’ennuie… et on continue de vivre. C’est terrifiant.

 

Scène 3

Gondemare, Fulbert, Héloïse, Eulalie

 

Entrée de la reine Héloïse côté jardin, suivie de sa dame de compagnie Eulalie.

HÉLOÏSE ― Qu’ouïs-je ? Le roi s’ennuie ! Ai-je bien entendu, Eulalie ?

EULALIE ― C’est ce que j’ai également cru acoustiquer, madame la  reine.

HÉLOÏSE ― Sire mon époux, dois-je vous rappeler qu’il y a un tas de choses à faire dans ce château… (Gondemare souffle et dodeline de la tête. Fulbert lève les yeux au ciel, semblant se mettre en retrait de la conversation.) Il tombe en ruine. Et il me paraît étrange de vous entendre vous plaindre de langueur alors que mille travaux sont en attente.

GONDEMARE ― Dois-je vous rappeler, ma mie, mes qualités de seigneur et roi de ce château…

HÉLOÏSE ― Et par conséquent complètement réfractaire aux travaux de maçonnerie. Je suis au courant, merci.

EULALIE, l’air pincé. Il pleut dans ma chambre.

GONDEMARE ― Eh bien, changez-en, dame Eulalie. Il y en a une dizaine de libres.

HÉLOÏSE ― La chambre de ma dame de compagnie doit jouxter la mienne. C’est une règle. Il est hors de question qu’elle dorme ailleurs.

GONDEMARE ― Dans ce cas, qu’elle se mouille.

HÉLOÏSE ― Quelle belle parole royale ! Je vous reconnais bien là, mon ami.

EULALIE ― Je suis pleine de rhumatismes.

GONDEMARE ― Alors, je ne sais pas moi, couchez dans la même chambre… ou bien changez de chambre toutes les deux, trouvez-vous deux chambres voisines… sans fuite… Vous faites ce que vous voulez, vous êtes la reine.

HÉLOÏSE ― C’est ça ! Vous ne trouvez déjà plus le chemin de ma chambre, alors si je déménage…

GONDEMARE, gêné. Héloïse, s’il vous plaît.

HÉLOÏSE ― Quoi ? Ce n’est pas vrai, peut-être ? Depuis combien d’années n’êtes-vous plus entré dans mes appartements ?

EULALIE ― Je parlerais même de décennies, je suis témoin…

GONDEMARE ― Vous, on vous a pas sonnée.

HÉLOÏSE ― Ah ! Ça vous fout les boules quand on dit la vérité.

FULBERT ― Bon. Moi, je vais vous laisser…

GONDEMARE, empressé. Non, Fulbert, ne partez pas…. (Puis se justifiant.) Nous avons, euh !... à nous concerter…

HÉLOÏSE ― Sur la façon de changer les tuiles ?

GONDEMARE ― Lâchez-moi avec vos tuiles. Adressez-vous donc à la magicienne, c’est elle qui est chargée de l’entretien du château.

EULALIE ― Cléobule ? Ah, parlons-en de la magicienne ! Elle est gâteuse ! La dernière fois qu’elle est intervenue, il n’est plus tombé d’eau, certes, mais d’abominables crapauds.

FULBERT ― Elle s’embrouille un peu dans les sortilèges.

GONDEMARE ― Et vous les avez embrassés ?

EULALIE ― Les sortilèges ?

GONDEMARE ― Les crapauds.

EULALIE ― Quelle horreur !

GONDEMARE ― Qui sait ? Vous avez peut-être loupé le prince charmant. Vous seriez partie avec lui et ça nous aurait fait des vacances.

EULALIE ― Oh !

HÉLOÏSE ― Mon noble époux, cessez de houspiller ma dame de compagnie, je vous prie. Et donnez l’ordre à notre magicienne surdouée d’intervenir efficacement.

GONDEMARE ― J’y songerai, ma dame, j’y songerai. À propos de surdoué, j’en connais un autre à qui il serait salutaire d’apprendre la musique. Blaise vous a-t-il informé de ma volonté ?

HÉLOÏSE ― Si fait. (Froide.) Dois-je vous en remercier ?

GONDEMARE ― Cachez votre joie, chère Héloïse… Je songeais simplement…

HÉLOÏSE ― Qu’ayant accompli le miracle de lui apprendre à lire et écrire, j’en ferai un troubadour dans la foulée. Et hop !

FULBERT ― Dame Isabelle vous secondera dans cette tâche, ma reine.

HÉLOÏSE ― Je sais cela.

GONDEMARE ― Évidemment, si l’affaire vous semble insurmontable…

EULALIE, enthousiaste. Oh non, oh non, nous y parviendrons, sire. Puisque le temps ne nous est pas compté.

HÉLOÏSE, menaçante. Dites-donc, Eulalie, modérez vos ardeurs.

EULALIE ― Excusez-moi, ma reine.

HÉLOÏSE ― Soit. La chose est entendue. Nous éduquerons Blaise à la musique. Mais ne venez pas me reprocher de mobiliser votre domestique plus que de raison. Il faudra du temps.

GONDEMARE ― Prenez tout le temps que vous voulez, ma chère. Il m’agrée que mon domestique se cultive. (Radieux, il fait un signe de connivence à Fulbert.)

HÉLOÏSE ― Je vais vous paraître indiscrète, mais vous ferez quoi pendant ce temps, sans votre bouffon ?

GONDEMARE ― Mon bouffon, comme vous y allez, madame ! Un bouffon est doté d’une belle intelligence de nature à amuser le roi. Or notre pauvre Blaise n’est qu’un benêt sans conversation.

FULBERT ― Je saurai, moi, divertir le roi, ô ma reine. Je lui conterai mes faits d’armes.

HÉLOÏSE ― Excellente initiative, seigneur Fulbert.

GONDEMARE, temporise. Holà ! Holà !

FULBERT,...

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