PANIQUE DANS L’IMMEUBLE !

comédie DE LUC CHAUMAR

 

 

 

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DÉPÔT sacd 346306

 

 

 

 

 

les personnages

 

 

GABRIELLE MERCADIER : UNE FEMME DE CARACTERE. LA NOUVELLE PATRONNE DU MEDEF. TOUT VA BIEN POUR ELLE ET POUR SON ENTREPRISE… ENFIN C'EST CE QU'ON CROIT !

 

 

ÉTIENNE SAVIN : IL EST CONCIERGE ET SERVIABLE… ENFIN C'EST CE QU'IL DIT !

 

 

LISA DORSET : 30 ANS. BELLE ET PÉTILLANTE. ELLE VA SE MARIER ET SON PÈRE MILLIARDAIRE ARRIVE DES ÉTATS UNIS… ENFIN C'EST CE QU'ELLE DIT AUSSI !

 

 

 

PITCH

 

Un concierge obligé de se faire passer pour un milliardaire homosexuel. Une patronne du Medef qui cache un passé SULFUREUX, un juge d'instruction qui met tout le monde en examen… plus une voisine mytho… une autre nymphomane, et un mari très jaloux et très CRS.

C'est sûr…  ça va tarder à  être la panique dans l'immeuble !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PANIQUE DANS L'IMMEUBLE !

 

UN loft avec une grande baie vitrée dans le fond. elle donne sur une terrasse.  IL Y A UN SALON AVEC UN CANAPÉ, une table basse ET PLUSIEURS PORTES en plus de celle pour entrer : UNE DONNE SUR LA CUISINE, UNE AUTRE vers LA CHAMBRE ET ENFIN LA TROISIÈME DONNE SUR UN bureau. Quand le rideau s'ouvre : ÉTIENNE 65 ans sympa, en bleu de travail, est en train de réparer une prise électrique à l'entrée de la cuisine. La scène dans le noir s'allume.

 

ÉTIENNE (criant)

Et voilà le boulot ! (Le téléphone sonne) Lisa, Téléphone. TÉLÉPHONE !

 

LISA sort de sa chambre. C'est unE BELLE FEMME DE 30 ANS.  ELLE décroche. ÉTIENNE continue de bricoler le DISJONCTEUR.

 

LISA

Allo Benjamin ? Oui, mon cœur. Mon père arrive, il est dans l'avion de San-Francisco… (Elle regarde l'heure) Mais non tout va bien se passer. Et ta mère vient de sortir de chez le ministre. Elle arrive, très bien. Tu seras en retard à cause du vernissage ? Pas grave, on papotera. Bon, je te quitte et je vais finir les préparatifs. Moi aussi je t'aime, bisous !

 

elle raccroche. Son sourire disparaît immédiatement et elle va s'asseoir sur le canapé. ÉTIENNE s'en rend compte et s'approche.

 

ÉTIENNE

Dites, ça n'a pas l'air d'aller fort, vous ? C'est votre mariage qui vous met dans cet état ?

 

LISA

Non, c'est pas ça le problème…

 

ÉTIENNE

Alors c'est quoi ? Vous n'aimez plus Benjamin ?

 

lisa

Mais si !  J'adore mon mec, et pourtant j'ai envie de fuir à l'autre bout  du monde.

 

ÉTIENNE

Ça c'est le SM !

 

LISA

Je suis sado maso ?

 

 

 

ÉTIENNE

Non : LE SYNDROME MARITAL !  On a peur de l'engagement, alors on fout le camp.

 

LISA

Benji, c'est l'homme de ma vie…

 

ÉTIENNE

Alors, il est où le problème ?

 

LISA

ÉTIENNE, vous êtes mon concierge, pas ma psy. Et de toutes façons, si je parle de ça avec elle, ça va me coûter une blinde.

 

ÉTIENNE (sympa)

Alors que moi, c'est 15 Euros de l'heure en chèque emploi service, et en plus vos névroses sont déductibles.

 

LISA

Désolé c'est personnel !

 

ÉTIENNE

C'est dommage que l'amour vous rende triste. Moi, ce soir, j'ai rendez-vous avec une femme superbe… et bien, dans mon cœur, il y a pleins des spasmes joyeux.

 

lisa

Je vous envie…

 

LISA se lève et va dans la chambre. ÉTIENNE se remet à bricoler à la cuisine… soudain les plombs sautent en faisant des étincelles. la lumière reste allumée.

 

ÉTIENNE

ET MERDE ! Putain de prise mâle, elle a encore explosé ! (Fort) Bon Lisa, je file, je n’ai pas le bon tournevis et j'ai pas encore sorti les poubelles. Mais je remonte avant mon rendez-vous… LISA ? LISA ?

 

il va vers la chambre à coucher. il entre.

 

ÉTIENNE (off)

LISA ! (Affolée) Mais arrêtez, arrêtez ça tout de suite, ça ne va pas non, mais qu'est ce que vous faites ?

 

 

LISA (off)

Laissez-moi, je veux en finir !

 

ils reviennent. ÉTIENNE pousse LISA vers le canapé. LISA a pleins de cachets dans la bouche.

 

ÉTIENNE

Ah non ! C'est ridicule, crachez ça immédiatement.

 

LISA (décidée)

Ma vie est gâchée, je veux des cachets !

 

ÉTIENNE lui bouche le nez. elle crache ses pilules. ÉTIENNE pose le tube sur la table.

 

ÉTIENNE

Bon, on arrête les conneries maintenant ! C'est quoi ce foutu problème ?

 

LISA

ÉTIENNE, vous pensez quoi de moi ?

 

ÉTIENNE

Vous êtes une super nana…  et qui doit être heureuse.

 

LISA

Alors là non, je ne suis pas heureuse ! Ma vie est un fiasco total. Dans quelques minutes, mon mec et sa mère vont se pointer pour sabrer le champagne… et… c'est moi qu'ils vont sabrer. (Elle éclate en sanglots).

 

ÉTIENNE

Mais non…

 

LISA

Mais si ! Ils vont me massacrer, je vous dis… ÉTIENNE, je suis une imposture.

 

ÉTIENNE

Non, vous êtes une fille géniale ! Et quand votre Père sera là, il dira comme moi.

 

LISA

Mon père ne viendra pas !

 

ÉTIENNE (inquiet)

Il est mort

lisa

Non, c’est plus grave !

 

ÉTIENNE

Plus grave que mort, alors là, je ne vois pas…

 

LISA

ÉTIENNE, mon père n'existe pas !

 

ÉTIENNE

Quoi !

 

LISA

J'ai tout inventé.

 

ÉTIENNE (surpris)

Ah bon ? Mais pourquoi vous avez fait ça ?

 

LISA

Parce que je viens de la Dass. Abandonnée à 3 mois. D'ailleurs c'est pour ça que j'ai arrêté ma thérapie.

 

ÉTIENNE

Quel rapport ?

 

LISA

Quand on est une fille et qu'on n'a pas de père : un psy, on n’a rien à lui dire !

 

ÉTIENNE

Mais vos diplômes de Harvard ?

 

LISA

Des faux. Comme la photo…

 

ÉTIENNE montre une photo de LISA avec OBAMA sur un mur.

 

ÉTIENNE

C'est pas OBAMA qui vous a remis ces diplômes ?

 

LISA

Non, c'est pote MOURAD ! Et mon MASTER, il ne vient pas de Cambridge, il vient d'Aubervilliers.

 

 

 

ÉTIENNE

Votre Mourad c'est un faussaire ?

 

LISA

Ah non, c'est un artiste. Mais quand on s'appelle CHERKAOUI : on fait du rap… pas HEC. Alors on s'est débrouillés.

 

ÉTIENNE

Mais votre père, le vrai ?

 

LISA

Un enfoiré. Jamais su qui c'était. J'ai passé mon enfance de familles d'accueil en familles d'accueil ! Alors j'ai fini par me tirer et je me suis inventée une autre vie.

 

ÉTIENNE

Pourquoi vous avez fait ça ?

 

LISA

Pour m'en sortir. Dans le milieu des affaires, quand t'as pas de passé, et ben t’as pas d’avenir. Alors un jour tu en as marre de te faire passer devant par les "STÉPHANIE DE BASSONVILLE" ou les "SÉGOLÉNE D'AUBERT".

 

ÉTIENNE

De là à inventer un père millionnaire, c'est un peu gonflé, non ?

 

LISA

Mais ça a marché ! Au début c'était comme un jeu, mais très vite, avec un père richissime, le regard qu'on portait sur moi changeait complétement. On m'invitait dans les cocktails, les banques me faisaient crédits, et tous les beaux mecs étaient à mes pieds…

 

étienne

Et c’était le pied…

 

lisa

Oh que oui !

 

ÉTIENNE

Vous avez de la chance : Moi, quand je triche sur mon âge au club de pétanque, en 10 secondes je suis rouge comme un champignon vénéneux.

 

LISA

Et c'est là que Mourad a eu une idée… j'allais devenir un prête nom.

 

ÉTIENNE

Vous faire appeler Mourad…

 

LISA

Mais non, servir de paravent pour investir sur des sites de ventes en ligne. Les idées c'était nous…

 

ÉTIENNE

Et chez le banquier c'était vous ?

 

LISA

Exactement. Le pire c'est que je me suis mise à croire à mes mensonges. Ah on est con les accouchés sous X, toujours prêt à s'inventer une famille.

 

ÉTIENNE

OK ! Mais quand vous avez rencontré Benjamin, pourquoi ne rien dire ?

 

LISA

J'étais coincée ! Plus on était amoureux plus je culpabilisais, et plus je culpabilisais plus j’étais coincée.

 

ÉTIENNE

C’est vrai que votre vie c'est un peu bordélique.

 

LISA

Un peu ? Et puis vous imaginez la patronne du MEDEF : GABRIELLE MERCADIER apprendre que son fils épouse une imposture ?

 

ÉTIENNE

Quoi ? Benjamin est le fils de Gabrielle Mercadier ?

 

Lisa

Oui !

 

ÉTIENNE

Alors c’est pas gagné. Cette femme, quand je la vois à la télé et qu’elle fixe l’écran… j'ai toujours l'impression que les 35 heures, c'est de ma faute !

 

LISA

Quand ça va se savoir, non content de perdre l'homme que j'aime, je vais me faire torpiller la société. Déjà le jour où elle a appris que j’avais voté écolo, elle a failli faire un AVC. Alors là, elle ne me fera aucun cadeau la patronne des patrons ! (Un temps) Je peux avoir mes cachetons, c’est la seule solution !

 

 

ÉTIENNE

Pas question ! D’abord, on ne se suicide pas dans mon immeuble…

 

lisa

Question de déontologie ?

 

ÉTIENNE

Non, de propreté ! Allez souriez, Benjamin vous aime.

 

LISA

Il est bourré de principes. Il va se sentir trahi, humilié et il va me larguer, je ferais pareil à sa place.

 

ÉTIENNE

Un philosophe Africain a dit " Si tu avances tu meurs et si tu recules tu meurs… alors pourquoi reculer ?".

 

LISA

Il ne connaît pas Gabrielle Mercadier votre philosophe, sinon il serait déjà en Patagonie. Bon, je vais mettre les doigts dans la prise !

 

ÉTIENNE

Allez-y, les plombs ont sauté !

 

LISA

Alors vous, comme concierge, vous n’êtes vraiment pas serviable.

 

ÉTIENNE

Lisa, c’est l’impasse, il faut tout dire.

 

LISA

J'ai trop honte.

 

ÉTIENNE

Moi quand j'étais jeune, j'avais fait croire à une petite amie que j'étais pilote de ligne alors qu'en fait, j'étais dans le porte à porte. Et bien, un jour, j'ai tout avoué.

 

lisa

Et elle vous a pardonné ?

 

ÉTIENNE

Non, je ne l'ai jamais revue.

 

lisa

Il est bien votre souvenir, il fout la pêche. Merci ÉTIENNE !

 

ÉTIENNE

Mais moi c'était pas pareil, elle ne m'aimait pas vraiment. Alors que votre Benjamin, je l'ai vu de loin depuis ma loge… il est accro. Et puis, il faudra bien lui dire un jour ?

 

lisa

Un jour, oui, mais pas aujourd'hui.

 

ÉTIENNE

Et votre belle-mère, c’est une coriace, elle a dû se renseigner sur vous, faire un dossier, peut-être même engager un détective privé ?

 

LISA

Vous croyez ? Ah mais oui, c'est vrai qu'il y a quelques semaines, je me sentais suivie et même espionnée.

 

ÉTIENNE

Aïe, ça ne sent pas bon, pas bon du tout.

 

LISA

Vous avez raison, elle sait tout ! Et si elle vient en avance, c'est sûrement pour me pourrir la vie…

 

ÉTIENNE se dirige vers la porte.

 

ÉTIENNE

Alors avouez, elle vous pardonnera…

 

lisa

Vous en êtes sûr ?

 

étienne

Pas du tout !

 

LISA

Et pour les plombs, on fait quoi ?

 

ÉTIENNE

Je remonterai tout à l'heure avant d’aller rejoindre mes "spasmes joyeux". Dites, pourquoi vous n'avez pas cherché à retrouver vos parents ?

 

lisa

Pour ma mère, à l'AZE, ils m'ont dit qu'elle était morte.

 

ÉTIENNE

Et votre père ?

 

lisa

Lui, si je le croise un jour, je lui fracasse la tronche !

 

ÉTIENNE (n’insistant pas)

Bon. A tout de suite.

 

ÉTIENNE sort. LISA reste seule.

 

LISA (pour elle)

LISA, courage : Benjamin m'aime et ma "Belledoche", c'est pas un monstre, enfin pas toujours.

 

On sonne. LISA va vers la porte. Elle ouvre et GABRIELLe apparaît. C'EsT UNe belle femme à forte personnalité.

 

GABRIELLE

Désolé pour ce retard ma chérie. Je sors d'un rendez-vous avec le ministre du travail et je suis lessivée. Entre la CGT qui disait non, la CFDT qui disait faut voir, et FO qui ne disait rien. Croyez-moi, j'ai du mérite. En plus, au rond point, je me demande si j'ai pas croisé un gilet jaune.

 

lisa

Ça m'étonnerait, il n'en reste pas beaucoup. Les pauvres, ils sont tous devenus "Vintage". On se les arrache même sur le bon coin !

 

gabrielle

De toutes façons, le Gilet jaune, il met un gilet jaune parce qu’il n'a pas le choix. Si on lui donnait le choix, il mettrait un costume Hugo boss où Jean Pol Gaultier, c’est humain.

 

lisa

Curieux point de vue !

 

gabrielle

Croyez-moi Lisa, la vie est bien faite. Le pauvre, s’il devenait riche, il perdrait ses repères, il serait même capable de faire une dépression. On ne passe pas du RSA à l’impôt sur la fortune sans que ça fasse des dégâts. (Lisa est effondrée) Alors, votre Papa est arrivé ?

 

 

LISA

Non pas encore. D'ailleurs, à son sujet, je dois vous parler.

 

GABRIELLE

Moi aussi. Il faut à tout prix qu'il me rende un service. Il faut qu'il vienne prendre la parole dans une réunion que j'organise pour une bande de NASES.

 

LISA

Des Nases ?

 

gabrielle

LES NOUVEAUX ADHÉRENTS SCEPTIQUES EUROPÉENS. C'est une association de jeunes libéraux des pays membres.

 

LISA

Je vois ! Encore des jeunes loups ?

 

gabrielle

Non, encore des jeunes cons ! Mais avec des dents qui rayent le CAC 40. Alors je leur présente des hommes qui ont réussi comme votre père. Ça leur fait envie et ils me foutent la paix. "Benji" n'est pas là non plus ?

 

LISA

Non plus. Il a des problèmes avec "Skiramovitch" son peintre slave. Un accrochage…

 

GABRIELLE

Ils se sont disputés ?

 

LISA

Pas du tout ! Mais les tableaux pèsent une tonne et Benji a un mal fou à les accrocher. Il faut dire que Skiramovitch peint à la purée !

 

GABRIELLE (sceptique)

A la purée ? Quelle drôle d’idée !  L'acrylique, la peinture à l'huile, l'aquarelle, soit. Mais la purée…  C'est plus de l'art contemporain c'est de l'art culinaire.

 

lisa

Et ses pinceaux c'est des tranches de jambon.

 

gabrielle

Et il bouffe quoi le Tchétchène, ses tubes de gouache ? De mieux en mieux. J'avoue être parfois très perplexe sur les goûts picturaux de mon fils.

 

 

LISA

Arrêtez, Benjamin est un grand galeriste et un vrai découvreur de talent.

 

gabrielle

D'accord, mais avec des artistes comme ce Skiramovitch, c'est pas les beaux arts, qu'il aurait dû faire… c'est Top Chef !  (Attendrie) Quel beau couple vous faites quand même.

 

LISA

Hé oui… Gabrielle, je dois vous faire un aveu.

 

GABRIELLE

Je vous écoute, mais buvons d'abord ! Et si vous aviez des cacahuètes aussi. Figurez-vous que la CGT s'est ruée sur le buffet et ils n'ont rien laissé. A croire que tout ce qu'ils perdent en conventions collectives, ils le récupèrent en petits fours !

 

LISA

La bouteille est au frais…

 

GABRIELLE

Je suis impatiente de faire la connaissance de votre Papa. Une réussite exemplaire dans les pétroles. Et encore très bel homme à ce qu'on m'a dit ?

 

LISA

Très…

 

gabrielle

Et il a fait quoi comme études, Science-po ?

 

lisa

Non, CENTRALE. Et ensuite il est parti aux USA.

 

gabrielle

Il a eu raison. Moi, j'ai fait dans le textile. Mais si c'était à refaire…

 

lisa

Remarquez l'avantage dans le textile c'est qu'on peut délocaliser facilement, alors qu'un Derrick, c'est plus voyant.

 

gabrielle

Je suis une libérale convaincue, soit, mais j'ai de la déontologie. Quand je délocalise en Afrique, je n'emploie jamais d'enfant de moins de 10 ans (Avec humour) … sauf avec un mot des parents. Je plaisante bien sûr…

 

lisa

Bien sûr ! Bon, je vais chercher les verres… (Pour elle) T'as rien dit ! Mais que tu es lâche Lisa !

 

LISA va à la cuisine.  le portable de GABRIELLE sonne.

 

GABRIELLE (baissant le ton)

Allo Maître, c'est moi. Alors vous avez pu parler au juge ? Bien. Et il va faire quoi ? Me mettre en examen Lundi ! C'est pas possible, pas moi, je vais être la honte des PME. Maître qu'est ce que j'y peux moi si mon amant s'est barré avec la caisse ? Le juge s'en fout ? Bravo la justice ! Dites, on ne peut pas faire comme la dernière fois ? (L'avocat n'entend pas) Non je dis comme la dernière fois. (Très fort) BEN LUI REFILER UN POT DE VIN !

 

lisa (off)

Vous ne préférez pas du champagne ?

 

gabrielle (à lisa)

Si si ! Le champagne c'est très bien. (À l'avocat très bas)) Un pot de vin… un "arrangement fiscal" si vous préférez, ne jouons pas sur les mots !  Quand je pense que mon enfoiré d'associé est en train de se dorer au soleil alors que je ne sais pas encore comment je vais payer le mariage de mon fils. Non, Benjamin ne doit rien savoir ! Mon fils me croit veuve éplorée, alors je n’ai pas envie qu'il apprenne que je me suis faîtes avoir par un gigolo ! Non Maître, je ne veux pas passer devant lui pour une "cougar" folle du cul ! Et puis, je n’ai pas envie non plus de finir en taule et encore moins qu'on apprenne dans tout Paris que Gabrielle Mercadier est ruinée. Pour coincer cet enfoiré… (Elle entend mal)  J'AI MIS UN PRIVÉ SUR LE COUP D'AILLEURS, C'EST LUI QUI A TOUT DÉCOUVERT ! Allo ? Allo ? (Elle raccroche).

 

LISA revient avec des verres et a entendu la dernière phrase. elle se croit découverte.

gabrielle

Ah, vous avez tout entendu ?

 

LISA

Oui, surtout la fin.

 

gabrielle

Je sais bien qu'engager un détective privé, c'est un peu exagéré, mais je voulais savoir la vérité et je l'ai su. Vous comprenez ?

 

lisa

Gabrielle, comment vous avez tout découvert ?

 

 

GABRIELLE

Depuis quelques temps, je sentais que quelque chose clochait dans cette relation.

 

LISA

Hé oui !

 

gabrielle

Alors, j'ai fait appel à un professionnel…

 

LISA

Et il a trouvé les preuves ?

 

GABRIELLE

Des tas. Il est très bien, je vais vous donner ses coordonnées.

 

LISA

Surtout pas ! C'est bon, je vous fais confiance…

 

GABRIELLE

Tous ces mensonges, c'est grave Lisa.

 

LISA

Je sais, je sais.

 

gabrielle (la fixant)

Cette imposture, quelle perfidie !

 

LISA (très mal)

Perfidie, c'est quand même un peu dur, pour juste un petit mensonge.

 

GABRIELLE (hors d'elle)

Comment ça un petit mensonge ! Ah non alors, c'est dégueulasse de faire ça, mentir, tromper, abuser les autres.

 

LISA

GABRIELLE, calmez-vous.

 

GABRIELLE

C'est dégueulasse ou c'est pas dégueulasse ?

 

 

LISA (penaude)

C'est dégueulasse.

 

GABRIELLE

(Gabrielle se calme) Bon, maintenant que toutes les deux nous savons ce que nous savons, pas un mot à Benjamin.

 

LISA

Non, je dois tout lui dire…

 

GABRIELLE

Pas question, votre mariage serait foutu ! Nous sommes dans une situation impossible !

 

LISA

Je sais que c'est inexcusable.

 

GABRIELLE

C’est le mot juste ! Il est inexcusable cet enfoiré de BERNARD MALARD !

 

LISA

Voilà ! (Se reprenant) Bernard qui ?

 

GABRIELLE

Malard, Bernard Malard… Mon associé !

 

LISA (perdue)

Ah bon ? Mais quel rapport ?

 

GABRIELLE

Sa trahison ! Enfin, on en parle depuis 5 minutes.

 

LISA

Hé oui. (À Gabrielle)

 

GABRIELLE

Mais je croyais que vous aviez tout entendu ?

 

LISA

Tout oui, mais pas tout, tout ! Et il a fait quoi ce Bernard Molard ?

 

 

 

GABRIELLE (se reprenant)

Malard ! Ah rien ! Des broutilles. C'est mon côté soupe au lait. On s'emporte on s'emporte mais en politique on s'arrange toujours. Et vous, c'est quoi le problème ?

 

 

LISA

Rien ! Des broutilles, aussi.

 

gabrielle

Vous allez vous marier avec mon fils, alors il faut tout se dire.

LISA

Bon, ok !  Mais je vous préviens : ça va être très dur à digérer.

 

gabrielle

Le repas de mariage !

 

lisa

Mais non mon problème. C'est au sujet de mon père : il n'est pas ce que je vous ai dit qu'il était.

 

gabrielle

Alors il est quoi ?

 

lisa

Alors : entre ce que je vous ai dit, et ce que vous avez cru croire de ce que je vous ai dit, et bien je ne vous ai pas vraiment dit, ce qu'il aurait fallu que je vous dise, et que pourtant je ne vous ai pas dit…voilà !

 

gabrielle

J'ai rien compris ! Pitié, faites plus simple !

 

LISA

Alors : mon père qui habite San Francisco… mon père…qui habite San Francisco… mon père…

 

gabrielle

… qui habite San Francisco, c'est bon, ça j'ai compris. Il faut finir la phrase maintenant.

 

lisa

Et bien, il est… il est…

 

 

 

gabrielle (s’illuminant)

Mais bien sûr que je suis bête : votre père… "comme par hasard" célibataire… qui habite "comme par hasard" San Francisco. Je comprends tout : Vous nous avez menti sur toute sa vie…

 

LISA (soulagée)

C'est ça !

 

gabrielle

Tout ce que vous avez raconté sur lui est faux et archi-faux !

 

LISA

C'est ça !

gabrielle

Pour la simple et bonne raison que votre père… Il EST HOMOSEXUEL !

 

LISA (affolée)

C'est ça. (Se rendant compte) Mais non, c'est pas ça, c'est pas ça du tout !

 

gabrielle

Ta ta ta. Benji et moi on s'en doutait depuis longtemps. Mais il n'osait pas vous en parler. Question de pudeur. Cette manière que vous aviez de changer de conversation quand on parlait de lui, d'éluder sur sa vie privée, sur ses femmes, alors qu'il vit dans la capitale mondiale des gays.

 

LISA

Gabrielle !

 

gabrielle

Lisa ! Que votre père soit "Gay" n'a plus rien de choquant de nos jours. Au gouvernement aussi il y en a beaucoup. Mais je ne peux pas citer tous les noms…

 

LISA (s'énervant)

Gabrielle…

 

gabrielle

… Sa réussite n'en est que plus exemplaire. Surtout avec l'homophobie qui peut régner encore dans le monde des affaires. D'ailleurs, il faudra qu'il en parle à tous ces gros Nases.

 

soudain un bruit fort de corne de brume se fait entendre venant de la rue. Lisa va voir à la terrasse.

 

 

gabrielle

C'est quoi ça ?

 

LISA

C'est ma voiture. Je la gare en double file et la coiffeuse d'en bas me prévient quand la police se pointe.

 

gabrielle

Avec une corne de brume ?

LISA

Elle supporte le PSG !

 

LISA prend ses clefs et sort. gabrielle prend son portable.

 

gabrielle

Allo ? C'est encore moi Maître ! Alors vous avez eu le juge ? Il est d'accord ? C'est génial ! Il veut 400 000 euros ? C'est dégueulasse ! Franchement, ce qu'il demande : c'est plus un pot de vin, c'est un crû bourgeois.

 

on sonne.

 

gabrielle

Je vous rappelle !

 

gabrielle va ouvrir, et tombe sur ÉTIENNE en costume. Gabrielle est toute charmeuse.

 

ÉTIENNE

Me voilà. J'avais promis de revenir …

 

gabrielle

Entrez. Je suis Gabrielle Mercadier, la maman de Benjamin. Je suis ravie de vous rencontrer.

 

ÉTIENNE

Moi aussi. Lisa m'a tellement parlé de vous. Et puis je vous ai vu souvent à la télé.

gabrielle

C’est vrai ?

 

ÉTIENNE

Elle n'est pas là ?

 

gabrielle

Elle gare sa voiture. Vous savez c'est vraiment bien d'être venu.

 

ÉTIENNE

C'est normal, et puis j'ai qu'une parole.

 

gabrielle

Comme mon fils, mais pas de chichi entre nous, appelez-moi Gabrielle.

 

ÉTIENNE

Alors appelez-moi ÉTIENNE.

 

alors que ÉTIENNE va aller vers la cuisine. gabrielle se rapproche. Elle prend un ton intime.

 

gabrielle

Surtout ne soyez pas gênée avec moi : Lisa m'a tout dit !

 

étienne

Ah bon ? C’est vrai ?

 

gabrielle

Oui ! Elle nous avait fait un petit mensonge ! Franchement, c’est pas grave du tout !

 

ÉTIENNE

Ah là la, mais que ça me rassure, qu'elle vous ait tout dit, vous ne pouvez pas savoir. Elle était tellement angoissée la petite à l'idée de tout avouer.

 

gabrielle

Fallait pas, fallait pas, chacun a la vie qu'il doit avoir. Le tout c'est de l'assumer.

 

ÉTIENNE

Hé oui.  On ne peut pas toujours essayer de faire croire ce que l'on n'est pas.

 

gabrielle

Hé non…

 

ÉTIENNE

Et c'est bien de la part de Lisa, elle a suivi mon conseil.

 

gabrielle

C'est vous qui lui avez dit de tout nous dire ?

 

ÉTIENNE

Et j'ai dû insister croyez-moi.

 

gabrielle

Remarquez, elle avait l'air tellement abandonnée.

 

ÉTIENNE

Abandonnée ? Normal. Ça vient de l'enfance, on ne s'est pas assez occupé d'elle. Et d’ailleurs, elle a encore beaucoup de rancœur.

 

gabrielle

Mais bon le passé c'est le passé. Oublions les erreurs ! Maintenant que vous êtes là : L'important c'est de réparer !

 

ÉTIENNE

Je suis là pour ça.

 

ÉTIENNE va regarder la prise de courant qui est à la cuisine. gabrielle ne s'en aperçoit pas.

 

ÉTIENNE (suite)

Ah là là, quel gâchis. J'ai vraiment pété les plombs.

 

gabrielle

Ah bon ? Mais pourquoi ?

 

ÉTIENNE

À cause d’une prise mâle !  C'est la prise mâle qui m'a toujours fait péter les plombs !

 

pour gabrielle on sent qu'elle est à côté de la plaque.

 

gabrielle

La prise mâle ? Ah oui je comprends. C’est une image ! Et puis, je me doute bien que dans votre cas, c'est jamais avec une femelle que vous risquez de péter les plombs.

 

ÉTIENNE

Ah non, la femelle, j'y touche jamais.

 

gabrielle

Normal ! Mais j'espère que ça va s'arranger rapidement, avec votre prise mâle.

 

ÉTIENNE

Oh oui, avec moi ça va vite ! Quand le courant ne passe plus, il ne faut pas insister.

 

gabrielle

Comme vous avez raison…

 

étienne

Après on fait ce qu’il faut faire, et on change ce qui doit être changé pour que le courant passe à nouveau !

 

 

gabrielle

Vous savez que c’est presque Bouddhiste ce que vous dites…

 

étienne (ne comprend pas trop)

Oui, bon… et en 5 minutes, c’est oublié, et on passe à autre chose !

 

gabrielle

En 5 minutes ? Alors là, chapeau. Moi la dernière fois que j'ai "pété les plombs avec une prise mâle" comme vous dites, ça a pris des semaines. Et c'est pas encore réglé.

 

ÉTIENNE (pro)

Ah mais "la bricole", il ne faut pas faire ça avec n'importe qui !

 

gabrielle

Ah "la bricole" ? Vous appelez ça la bricole ? Mais la "bricole", comme vous dites, c'était pas avec n'importe qui, c'était avec mon associé Bernard Malard.

 

ÉTIENNE

De vous à moi : C'était un bon bricoleur ?

 

gabrielle

Franchement, j'ai connu mieux. Il était trop rapide à mon goût. Et même parfois, un peu mou…

 

ÉTIENNE

Ah ça, le secret du bon bricoleur c'est de bien prendre son temps. Autrement on salope le boulot.

 

gabrielle (limite coquine)

Hé oui. Dites, J'aime bien cette façon que vous avez d'appeler ça "Bricoler".

 

ÉTIENNE

Ah bon ? Remarquez, Bricoler… c'est bricoler. Ou alors peut-être que votre associé, il n'avait pas le bon tournevis ? Dans ce genre de situation si on n'a pas un bon tournevis, on court à la catastrophe.

 

gabrielle (jouant sur les mots)

Vous savez, moi, quand je "bricole", le "tournevis" c'est pas le plus important.

 

ÉTIENNE

C'est un tort ! Croyez-moi, c'est toujours le bon tournevis qui fait le bon bricoleur. Ni trop long, ni trop court !

 

gabrielle

Sauf que : le bon bricoleur avec le bon tournevis, on n'en trouve pas tous les jours.

 

ÉTIENNE

Alors il faut faire appel à un professionnel !

 

gabrielle

Ah mais je l'ai fait une fois, c'était hors de prix.

 

ÉTIENNE

Peut-être, mais avec eux, pas de problème : vous leur demandez ce que vous voulez, et ils arrivent avec tout le matériel.

 

gabrielle (nostalgique)

C’est vrai ! Il était très fort, je m'en souviens encore. Si vous voulez, je vous donnerais son adresse, il est bi-prise !

 

ÉTIENNE

Pas la peine, pour la bricole, j'ai besoin de personne C'est mon passe-temps favori.

 

gabrielle

Bien. (Un temps) Et vous comptez rester longtemps ?

 

ÉTIENNE

Non, je file tout de suite. J'ai un rendez-vous.

 

gabrielle

Vous n'attendez pas le retour de LISA ?

 

ÉTIENNE

On se verra demain.

 

gabrielle

Prenez au moins un verre de champagne…Ça va lui faire de la peine de savoir que vous n'avez fait qu'un passage et que vous êtes reparti sans l'attendre.

 

ÉTIENNE

Vous croyez ?

 

gabrielle

Sûre…

 

ÉTIENNE

Bon alors j'attends, parce que figurez-vous que mon rendez-vous, ça va être quelque chose.

 

gabrielle

Je vois ! Vous allez amener toute votre boîte à outils…

 

ÉTIENNE

Ben non, quand même ! Il ne faut pas penser qu'à ça non plus. Bon je vais à la cuisine. Et puisqu'il y a des verres sur la table, je vais aussi aller chercher la bouteille qui va avec.

 

ÉTIENNE va à la cuisine pour réparer. Lisa revient essoufflée et rejoint gabrielle.

 

lisa

Désolée, depuis une semaine, la fourrière n'arrête pas de passer. Alors dans le quartier on s'organise. Bon, Gabrielle, j'ai bien réfléchi au sujet de mon père. Je vais tout vous dire. (Elle prend son souffle) Mon père ne viendra pas ! Il m'a abandonné. Il n'existe plus…

 

gabrielle

Alors c'est ça que vous vouliez m'avouer aussi ?

 

lisa

C'est ça ! Je sais que je vais décevoir Benji, mais je ne veux plus mentir. Ouf, que je me sens soulagée.

 

gabrielle

Lisa, ce que vous avez vécu est douloureux et Benji comprendra. Par contre, vous aussi vous devez pardonnez ?

 

lisa (ne comprenant pas)

Bien sûr ! Mais pardonner à qui ?

 

gabrielle

A votre père !

 

lisa

Pas question…

 

gabrielle

Il faut réagir en adulte, imaginez qu'il soit là devant vous. Venu pour réparer…

 

lisa

Je vous répète qu'il n'existe pas !

 

gabrielle

Pensez à Benji. Il rêve d'une famille unie, alors s'il apprend que vous ne voulez pas revoir votre papa juste pour des broutilles…

 

lisa

M'abandonner, des broutilles ? Je vous aime bien Gabrielle mais j'ai comme l'impression que vous êtes un peu à côté de la plaque. Et puis de toutes façons, mon père ne viendra pas !

 

gabrielle

Vous avez raison, il ne viendra pas… il est déjà là !

 

lisa

Quoi ?

 

gabrielle

Dans la cuisine. (Fort) ÉTIENNE, Lisa est là !

 

ÉTIENNE (fort off)

Super ! Lisa, c'est moi, je suis venu pour réparer.

 

gabrielle

Vous voyez, il fait son Mea Culpa.

 

ÉTIENNE (off)

Au niveau "ampères c'est tout neuf".

 

gabrielle

"EN PÈRE IL EST TOUT NEUF" !  Vous avez entendu Lisa ?

 

lisa comprend la méprise.

 

lisa (se justifiant)

Mais non, mais c'est… il est venu pour faire la lumière.

 

gabrielle

ÉTIENNE, Lisa a raison : il faut faire toute la lumière

 

ÉTIENNE (off)

Je suis là pour ça, promis.

 

lisa (dépassée)

Gabrielle…

 

gabrielle

S'il vous plaît, parlez-vous et ensuite pardonnez-lui.

 

lisa

Mais non !

gabrielle

Mais si !

 

soudain on voit de la lumière dans la cuisine. ÉTIENNE revient

 

ÉTIENNE

Me voilà !

 

gabrielle

Bon, ça commence à bien faire tous les deux ! Je veux bien vous aider à vous réconcilier, mais il faut quand même y mettre un peu du vôtre.

 

étienne

Mais pourquoi vous dites ça ? Tout va bien entre Lisa et Moi… Pas vrai Lisa ?

 

gabrielle

Arrêtez de vous voiler la face ! Relisez Boris Cyrulnik, et ne pensez pas qu’à la bricole ! (Son portable sonne) Allo ? Oui Maître, bien sûr, j'ai tous les papiers dans mon sac. D'accord, je vous envoie tout ça par scan. C'est ça à tout de suite… (Aux 2) Excusez-moi "job is job"… je vais dans votre bureau utiliser votre ordinateur. Alors réglez vos comptes mais à mon retour, je veux voir une famille unie ! Compris ?

 

 

ÉTIENNE et lisa (apeurés)

Compris !

 

gabrielle sort.

 

 

 

ÉTIENNE

Au lieu de faire MEDEF, elle aurait dû faire syndic ! Dans son immeuble, ça doit marcher droit. Dites Lisa, j'ai rien compris à ce qu'elle a dit, pourquoi elle s'est énervée ?

 

lisa

ÉTIENNE c'est la cata, aidez-moi.

 

ÉTIENNE

D'accord !

 

lisa

Vous allez devenir mon père !

 

ÉTIENNE

Pas d'accord ! Mais ça ne va pas non ?

 

lisa

Il le faut !

 

étienne

C'est pas possible.

 

lisa

Gabrielle croit que c'est vous mon père, c'est inespéré…

 

ÉTIENNE

Non, c'est ridicule.

 

lisa

Faites-vous passer pour mon père ! Juste pour la soirée.

 

ÉTIENNE

Oubliez ça tout de suite.

 

lisa

Demain on trouve une excuse, vous repartez, et après on dira que vous êtes mort…

 

ÉTIENNE

Je suis un concierge serviable, mais il y a des limites au gardiennage.

 

 

lisa

Mais que je suis déçue ! Franchement, je ne croyais pas ça de vous. Depuis qu'on se connaît, vous dites que je suis faite pour le bonheur.

 

ÉTIENNE

Mais oui.

 

lisa

Et à cause de vous, mon couple est foutu.

ÉTIENNE

Ça va être de ma faute maintenant.

 

lisa (de mauvaise foi)

Ben oui. Si vous n'étiez pas repassé changer le fusible, Gabrielle ne vous aurait pas pris pour mon père et j'aurais tout dit !  Alors que maintenant, impossible, je bloque.

 

ÉTIENNE

Mais quelle ingratitude. Tiens, je préfère partir. Et la prochaine fois, si vous avez un problème : vous oubliez SOS ÉTIENNE.

 

ÉTIENNE se dirige vers la porte.

 

lisa (piquante)

Au fait ÉTIENNE, si vous croisez le flic du 3ème, LE BRIGADIER VENTROU, dites-lui qu'il faut que je lui parle…

 

ÉTIENNE

C'est pas mon problème…

 

lisa

C'est au sujet de sa femme, et de VOUS !

 

ÉTIENNE s'arrête net dans son élan. Il referme la porte.

 

ÉTIENNE

Au sujet de JOSY ?

 

lisa

C'est ça, au sujet de Josy !

 

ÉTIENNE inquiet revient vers lisa.

 

ÉTIENNE

Vous voulez lui dire au juste sur Josy et moi, au brigadier Ventrou ?

lisa

J'aimerais bien savoir pourquoi tous les matins le concierge, c'est à dire "vous", monte voir sa femme, c'est à dire "Josy"… juste après son départ à lui…

 

ÉTIENNE

… C'est à dire "Ventrou" !

 

lisa

Voilà !

 

ÉTIENNE (très mal)

Ah mais, l'explication est simple, très simple même. (Cherchant ses mots) Et bien, Josy, enfin Madame Ventrou, aime bien recevoir son courrier en main propre.

 

lisa

Et en nuisette !

 

ÉTIENNE (outré)

Pas du tout. C'est faux totalement faux, Josy m'accueille tous les matins en bas…

 

lisa

En bas résilles…

 

ÉTIENNE

…EN BAS DE L'ESCALIER ! La nuisette c'est juste pour les recommandés !

 

lisa

En guise de pourboire ?

 

ÉTIENNE (perdu)

Voilà. Pitié, ne dites rien… il fait son quintal Ventrou et c'est un belliqueux. En plus, en ce moment, il se doute de quelque chose. J'évite de le croiser dans les escaliers sinon je sens qu'il va me massacrer…

 

lisa

Alors c'est "Gagnant Gagnant " : soit vous m'aidez, soit on tombe tous les deux.

 

ÉTIENNE

Mais ça ne marchera jamais ! Je ne pourrai jamais passer pour un milliardaire : niveau salaire, j’ai jamais dépassé le SMIC ! C'est pas crédible…

 

lisa

Mais elle, elle le croit. Alors on improvise, Benji arrive, on boit un coup, vous partez retrouver Josy et le tour est joué.

 

ÉTIENNE

Mais pour le mariage ?

 

lisa

On trouvera une excuse…

 

ÉTIENNE

Je ne parle pas américain.

 

lisa

Pas grave. (Un temps) Non le seul problème, c'est la vie privée.

 

ÉTIENNE

Alors là : Pas un mot sur Josy. Si ça se sait, Ventrou va me transformer en carpaccio !

 

lisa

C'est pas ça le problème…

 

ÉTIENNE

Alors c'est quoi ?

 

lisa

Votre "Coming out".

 

ÉTIENNE (stupéfait)

Mon quoi ?

 

lisa

Gabrielle croit que vous êtes homosexuel !

 

ÉTIENNE

Bon, alors maintenant on arrête les conneries… j'ai rien contre les gays, vraiment rien du tout, mais bon.

 

lisa prend son portable.

 

lisa

Alors c'est non ?

 

ÉTIENNE

Oui !

 

lisa

C'est oui ?

 

ÉTIENNE

Non, c'est oui que c'est non !

 

lisa (faisant un numéro sur son portable)

J'appelle Ventrou !

 

ÉTIENNE

Alors c'est oui que c’est oui ! Mais raccrochez ça immédiatement !

 

lisa

Merci ÉTIENNE.

 

ÉTIENNE

Ah mais je ne le fais pas pour vous ! Je le fais pour préserver l'honneur de Josy ! Mais c'est contraint et forcé.

 

lisa se précipite dans ses bras. ÉTIENNE est étonné et même ému.

 

lisa

Merci "Papa".  Je savais que je pouvais compter vous enfin sur toi…Papa. Ça me fait drôle c'est la première fois que je dis ça à quelqu'un. "Papa"… "papa"… papa…

 

ÉTIENNE

C'est bon, on a compris. Mais que ce soit bien clair, c'est juste pour ce soir.

 

on sent ÉTIENNE aussi ému. Gabrielle revient. elle les voit

 

gabrielle (contente)

Enfin la glace est rompue, c'est pas trop tôt.

 

lisa

Vous aviez raison Gabrielle. Le passé c'est le passé et il faut l'effacer…

 

les deux se serrent dans les bras.

 

ÉTIENNE (un peu manière)

Gaby mais que je suis content vous ne pouvez pas savoir. Voir ma fille comme ça, depuis tout ce temps, je suis au bord des larmes tellement je suis ému.

 

gabrielle

Bon, maintenant que vous êtes enfin réconciliés, on le boit ce Champagne ?

 

elle va à la cuisine. lisa le prend à part.

 

lisa

On a dit homo, on n'a pas dit rouvrir "la cage aux folles".

 

ÉTIENNE

Je fais ce que je peux : l'homosexualité parentale c'est nouveau pour moi.

 

lisa

Restez naturel !

 

Gabrielle revient avec une bouteille. lisa leur sert une coupe. Ils trinquent.

 

gabrielle

Dites ÉTIENNE, j'y pense tout à coup, pourquoi vous n'êtes pas venu en Jet privé ?

 

ÉTIENNE

Hé oui. Et bien c'est parce que, j'ai horreur de la solitude. Voilà.

 

gabrielle

Ah bon ?

 

ÉTIENNE

Alors je voyage en groupe comme ça je me sens moins seul.

 

gabrielle

Mais pourquoi vous n'invitez pas vos amis pour voyager avec vous ? Comme ça vous pourriez utiliser votre jet ?

 

ÉTIENNE pêrdu se tourne vers lisa.

 

ÉTIENNE

Hé oui, mais non.

 

gabrielle

Pourquoi ?

 

ÉTIENNE

Parce que un jet privé c'est privé, si on invite quelqu'un… il n'est plus privé.

 

gabrielle

C'est juste.

 

lisa

Et puis papa n'a pas beaucoup d'amis.

 

ÉTIENNE

Voilà. Vous savez milliardaire, c'est très dur. On est très seul. On invite bien quelques millionnaires à dîner de temps en temps, mais c'est pas ça, ils sont tous jaloux. Allez santé !

 

il veut changer de conversation. gabrielle sourit et ils boivent.

 

gabrielle

Allez au bonheur de nos enfants !

 

les trois boivent. le portable de lisa sonne.

 

lisa

Allo ? Benji ? Ça y est, mon père est là et il rêve de faire ta connaissance.  Mais t'es où ? Quoi ? Mais pourquoi ? A cause de qui ? Bon, tu ne bouges pas j'arrive.

 

lisa raccroche. elle est blanche.

 

gabrielle

Mais qu'est ce qui se passe ?

 

lisa (blanche)

Benjamin est en garde à vue !

 

gabrielle

Quoi ?

 

ÉTIENNE

Mais il a fait quoi ?

 

lisa

C'est à cause de Skiramovitch. Ses papiers étaient faux. Alors la police l'a embarqué et ils accusent Benji de complicité. Il faut aller les chercher.

 

gabrielle

Je vous accompagne, je ne peux pas laisser mon fils dans cette situation.

 

lisa

Merci. Papa on revient. Tu nous attends ?

 

ÉTIENNE

Je vais en profiter pour aller à mon rendez-vous…

 

gabrielle

Ah non ! Si vous croyez que c'est le moment de penser au bricolage… l'avenir de nos enfants est en jeu.

 

ÉTIENNE (penaud)

Bon, je vais décommander.

 

gabrielle

Voilà, et mes amitiés à « Leroy Merlin » !

 

lisa et gabrielle vont vers la porte.

 

gabrielle

Je vous avais dit que je ne le sentais pas ce Skiramovitch, et pourtant j'ai rien contre les Russes, à part un peut-être.

 

lisa

Pourvu qu'ils ne finissent pas en examen.

 

gabrielle s'arrête net.

 

gabrielle

La mise en examen ! (Pour elle) Je l'avais oubliée celle-là… (à Lisa) Lisa, j'ai réfléchi, je ne peux pas venir avec vous.

 

lisa

Mais pourquoi ?

 

gabrielle

A cause de la mise en (Elle s'arrête) la mise EN LUMIÈRE de cette affaire. Je suis une personne publique et si on apprend que mon fils est en prison, je vais faire la une de "VOICI". Impossible en ce moment.

 

lisa

Bon, Papa, tu viens ?  C'est au commissariat du quartier.

 

ÉTIENNE

Le commissariat ? Pas question ! J'ai pas envie de tomber sur Ventrou.

 

lisa

Tu ne vas pas me laisser y aller seule ?

 

ÉTIENNE

Ben si.

 

gabrielle

C'est qui ce Ventrou ?

 

lisa

Le voisin du dessus. Il est policier.

 

gabrielle

Mais pourquoi vous ne voulez pas le voir ?

 

ÉTIENNE

C’est personnel ! J’ai mes raisons.

 

ÉTIENNE se tourne vers lisa et il ne sait pas comment s'en sortir.

 

gabrielle

Mais lesquelles ?

 

ÉTIENNE (perdu)

Et ben, parce que… parce que… (Il ne sait pas quoi répondre).

 

lisa

Parce que c'est SON EX !

 

ÉTIENNE

Quoi ?

 

lisa

Un amour de jeunesse, et quand Papa vient à Paris, il a du mal à le revoir. D'ailleurs c'est aussi pour ça qu'il ne venait plus me voir depuis qu'il est devenu mon voisin. Pas vrai ?

 

ÉTIENNE (pour lui)

Moi et Ventrou : on atteint le n'importe quoi !

 

lisa (insistante)

Pas vrai Papa ?

 

 

ÉTIENNE (jouant le jeu)

Oui. C'est vrai, c'est pour ça. Revoir Ventrou, comme ça après toutes ces années… dans son petit habit bleu, son petit képi, et sa petite matraque, je ne pourrais pas supporter.

 

gabrielle

Bon, Lisa allez-y seule. Pendant ce temps je vais appeler le ministre des sports.

 

lisa

Vous pensez que c'est la bonne personne pour aider Benji ?

 

gabrielle

Non. Mais c'est le seul que je connais…

 

ÉTIENNE

Remarquez : si benjamin va en prison, un ministre des sports ça peut avoir des survêtements pas cher. Et en prison, le survêtement ça fait classe pendant la promenade.

 

gabrielle

Pourquoi vous dites ça ?

 

ÉTIENNE

Pour rien, juste pour vous rassurer.

 

gabrielle (agaçée)

Benji à Fleury Mérogis, c'est sûr que ça me rassure.

 

gabrielle prend son portable et sort téléphoner sur la terrasse.

 

ÉTIENNE

Ça ne va pas non ? Me faire passer pour l'amant de Ventrou… là, on atteint des sommets.

 

lisa

C'est la seule idée qui m'est venue.

 

ÉTIENNE

Elles sont pourries vos idées ! Ce matin j'étais un gardien venu rendre service à une gentille locataire et ce soir je me retrouve : milliardaire, homosexuel, et amant du voisin du dessus. C'est quoi la suite avec Ventrou ? On se marie et on fait une PMA ?

 

lisa

Je sors Benji de garde-à-vue et après je vous sors de nos vies… promis !

 

ÉTIENNE

Mais c'est plus possible. Maintenant, à tout moment, je risquerais de les croiser dans l'immeuble. Je ne vais pas passer ma vie à sortir les poubelles avec un passe-montagne !

 

lisa

Je vous jure que vous n'aurez plus d'ennuis.

 

ÉTIENNE

Vous allez leur dire la vérité ?

 

lisa

Non, je vais déménager.

 

ÉTIENNE

Bon. Alors j'attends votre retour. De toutes façons, maintenant j'ai plus le choix. Mais tardez pas trop… parce que (montrant Gabrielle) elle me fait vraiment peur « Super Nanny ».

lisa

Je fais vite.

 

lisa sort. ÉTIENNE voit gabrielle qui parle en marchant derrière la baie vitrée. Il prend son portable.

 

ÉTIENNE

Allo, Josy ? C'est la cata ! Non, ça ne s'est pas passé du tout comme j'avais prévu. Au moment où j'ai voulu lui parler et tout lui dire… elle a tenté de se suicider et j'ai rien dit. Pourquoi ? Parce que son père adoptif milliardaire n'existe pas. Et elle a voulu que je devienne son père alors j'ai pas osé lui dire. Quoi donc ? Mais que j'étais son père ! Pourquoi ? A cause de la patronne du Medef  qui croit que je suis homosexuel ! Je sais Josy… c'est pas facile à comprendre mais je t'avoue que depuis que je suis sorti de prison je manque un peu de confiance en moi. Tu te rends compte ma fille est complètement mytho ! (Il regarde vers la baie vitrée) Et sa future belle mère c'est Gabrielle Mercadier la patronne des patrons… c'est ça la cheftaine ! Alors si elle apprend que j'ai pris 10 ans de centrale pour braquage, le mariage de Lisa est foutu. Ben oui, c'est le bordel !

 

ÉTIENNE va à la cuisine. Gabrielle voit qu'il est parti et entre. elle vérifie qu’ÉTIENNE ne l'entend pas.

 

 

 

 

 

 

gabrielle

Maître, sortez du tunnel, je n'ai rien compris ce que vous venez de me dire ? QUOI ? Bernard Malard a appelé ? Il me déconseille de le poursuivre en justice. Tu parles, je vais le piétiner, l'éliminer, l'exploser !  Le tocsin va sonner pour cet enfoiré, on va entonner les Requiem. Ça va gicler et on sortir la serpillière… Ah, il va apprendre savoir qui c'est la Gaby !  Quoi ? Il va envoyer des photos de moi nue sur internet ! Oh le salaud, il n'oserait pas faire ça quand même… Si ? Mais ces photos, c'était un soir où j'étais bourrée et il en a profité… Pardon Maître ? Vous avez les photos sous les yeux ! C'était un moment d'égarement et… quoi ? C'est aussi un moment très réussi !

 

GABRIELLE (SUITE)

Maître, si Malard ne me rembourse pas, j'aimerais bien savoir comment je vais trouver 400 000 euros pour Lundi ! Mais non je ne suis pas pessimiste, mais je suis ruinée, mon fils est en garde à vue et je vais me retrouver à poil sur internet. Alors je crois que j'ai le droit d'être un tantinet nerveuse ! (Elle a une idée) ÉTIENNE ! C'est le seul qui peut me sauver et pour lui 400 000 euros c'est un pourboire. On se rappelle Maître…

 

gabrielle raccroche. ÉTIENNE revient. Il a une baguette de pain et un pot de rillette à la main.

 

ÉTIENNE

Je ne sais pas vous, mais moi les événements ça me creusent.

 

gabrielle

ÉTIENNE, je dois vous parler ! J'ai besoin de vous…

 

ÉTIENNE

Allez-y…

 

gabrielle

Dans ma société j'ai un gros problème de fuites…

 

ÉTIENNE

Appelez un plombier !

 

gabrielle

… Une fuite de capitaux. Et j'ai besoin d'un petit service.

 

ÉTIENNE

J'écoute.

 

 

 

gabrielle

Comment vous expliquer… j'ai donc un "petit problème" de liquidité. Alors faites-moi des avances ! (Tête de ÉTIENNE) D'argent ! Bien entendu. Un prêt momentané, très momentané.

 

ÉTIENNE

C'est que, en ce moment, c'est un peu délicat. Je suis à sec… enfin mes puits de pétroles sont à sec !

 

gabrielle

En plus. On m'a volé ma carte bleue et le temps qu'on m'en envoie une autre, je préfère faire appel à vous. Avec tous ces frais pour le mariage. Aidez-moi…

 

 

ÉTIENNE

Bon, je peux quand même essayer de faire un effort. Et il vous faudrait combien ?

gabrielle

400… pour vous c'est rien du tout.

 

ÉTIENNE (rassuré)

400 ? Ah bon, mais bien entendu. 400 bien sûr que je peux. Tenez, je vais vous faire le chèque tout de suite. Vous avez de la chance j'ai justement mon chéquier sur moi.

 

ÉTIENNE sort son chèquier et lui fait un chèque.

 

gabrielle

Vous me sauvez la vie.

 

ÉTIENNE

  1. Si on ne se rend pas ce genre de service à quoi ça sert la famille… Hein ? Et voilà 400 EUROS !

 

ÉTIENNE signe le chèque et le lui tend.

 

gabrielle

ÉTIENNE… je voulais dire 400 Mille. (ÉTIENNE manque de s'étrangler) C'est pas grave je vais rajouter les zéros et finir de le remplir.

 

ÉTIENNE garde le chèque dans sa main. Gabrielle veut le prendre mais il ne veut pas le lâcher. gabrielle réussit et met le chèque dans sa poche devant le regard ébahi d’ÉTIENNE.

 

 

 

ÉTIENNE

400 000 Euros !

 

gabrielle

Je vous les rends très vite…

 

étienne

400 000 Euros…

 

gabrielle

Mais je vous demanderais aussi…

 

ÉTIENNE

De la monnaie ?

 

gabrielle

Non, de la discrétion ! Je préfère ne pas ennuyer Benji et Lisa avec ce petit problème.

 

ÉTIENNE (pour lui)

Petit problème… un chèque en bois ?  Je vais retourner en taule moi. (Fort) Non bien sûr.

 

gabrielle

ÉTIENNE, merci !  Lisa peut être fier de vous. Vous êtes un homme sur qui on peut compter. Ça va beaucoup plaire à mon fils.

 

ÉTIENNE

Hé oui. C'est ce que me disent tous mes amis.

 

gabrielle

Ah bon ? Mais je croyais que vous n'aviez pas d'amis ?

 

ÉTIENNE

Enfin. Pas vraiment mes amis, c'étaient surtout des camarades de cellule.

 

ÉTIENNE se rend compte de sa gaffe.

 

gabrielle

Des camarades de "cellule" ?

 

ÉTIENNE (mal)

J'ai pas dit cellule.

 

gabrielle

Ah si vous avez dit cellule. Alors là, alors là. Je suis soufflée. Et pendant combien de temps vous avez été avec vos « camarades » dans une cellule ?

 

ÉTIENNE

10 ans ! Mais c'est oublié, j'ai compris mes erreurs.

 

gabrielle

Mais vous avez fait Centrale…

 

ÉTIENNE

Justement.

 

gabrielle

Et votre fille est au courant ?

ÉTIENNE

Ah non elle ne sait rien ! Et il ne faut pas lui dire. Par rapport à vous…  politiquement, c'est ennuyeux.

 

gabrielle

Ah oui ! Si ça se sait : " Marianne" et le "Nouvel obs" vont me démolir… Sans compter Christophe Barbier. Il n’a jamais pu me piffer.

 

ÉTIENNE

J'ai changé.  Je suis un homme neuf ! Ils peuvent comprendre ça vos détracteurs  Non ?

 

gabrielle

Non, c'est des vautours…tous… ils vont me dévorer ces charognards. Ah elle est jolie ma belle famille. Je vais avoir l'air maligne quand je vais devoir annoncer publiquement que le père de ma bru a pendant 10 ans… 10ans. Il a… il a…APPARTENU AU PARTI COMMUNISTE !

 

ÉTIENNE (étonné)

Au parti communiste ?

 

gabrielle

Ben oui. Les réunions de cellules, c'était ça, non ?

 

ÉTIENNE (mal)

Hé oui ! C'était ça, vous avez tout deviné, j’ai été au parti communiste.

 

gabrielle

Vous n’y êtes plus, j'espère ?

 

ÉTIENNE

Ah non, j’ai eu une remise de peine. (se reprenant) Enfin, je veux dire, j’ai rendu ma carte.

 

gabrielle

On plaidera l'erreur de jeunesse ? Ou la folie passagère ?

 

ÉTIENNE

Les deux si vous voulez, l'important pour moi c'est le bonheur de Lisa.

 

gabrielle

Dites. Vous les revoyez souvent vos camarades de cellules ?

 

 

 

ÉTIENNE

Jamais. Une rechute est si vite arrivée.

 

gabrielle

Oh oui ! Et qu'est ce qui vous a fait prendre conscience ? Je sais : Berlin… la chute du mur ?

 

ÉTIENNE

Non : Melun, un juge très dur. (Se reprenant) Enfin je veux dire, l'histoire nous juge et c'est très dur. Alors un jour, à Melun, j'ai changé de vie.

 

gabrielle

En devenant Milliardaire ?

 

ÉTIENNE

Quitte à ne plus faire dans le social autant faire dans le capital.

 

gabrielle

C’est pas faux.

 

ÉTIENNE

Alors direction Dallas, son univers impitoyable, et le pétrole. Dites, pour le chèque je me demande si je n'ai pas fait quelques ratures. Le mieux : ce serait que vous me le rendiez et je vous en fais un autre, plus tard.

 

gabrielle

Pas la peine, ils me connaissent à la banque, et ils me font confiance.

 

 

ÉTIENNE

Tant pis, enfin tant mieux. Dites, j'ai oublié de vous le demander : le père de benjamin, il sera là aussi ?

 

gabrielle

Hector ? Il aurait bien aimé mais il ne pourra pas ?

 

ÉTIENNE

Ah bon, il est absent ?

 

gabrielle

Non, il est mort ! Il y a 5 ans. Il a eu une attaque alors que nous passions des vacances dans sa famille dans le Limousin.

 

ÉTIENNE

Ah ! Je connais bien le Limousin… c'est dépaysant.

 

gabrielle (pincée)

Pas du tout ! Les gens de la terre sont des gens très bien et qui se battent avec la FNSEA pour donner à manger à la France.

 

ÉTIENNE

Ce que je veux dire, c'est une belle région très verte et très DÉPAYSANTE.

 

gabrielle

Ah d'accord, c'est vrai, c'est très beau. Dites, ça a pas l’air d’aller très fort depuis un moment

 

ÉTIENNE

Je fais un coup de mou et il me faudrait un petit remontant. Si on était chez moi… je vous ferais goûter mes Médoc.

 

gabrielle

Vos médicaments ?

 

ÉTIENNE (épuisé)

Mes vins de Bordeaux ! Le Medoc ça me remonte toujours. Excusez-moi je vais remettre mes chakras en place et ça va passer. Donc votre mari est mort.

 

gabrielle

C'était un homme très bien. Bon mari, bon père, bon homme de droite. Toujours à jour de ses cotisations patronales.

 

 

 

ÉTIENNE

L'homme idéal quoi.

 

gabrielle

Et compréhensif aussi. Quand on s'est connus, je sortais d'une relation très perturbante. Et il a su trouver les mots. ÉTIENNE je vais vous confier un secret… mais pas un mot à personne.

 

ÉTIENNE

Parole.

 

gabrielle

A sciences-po, jeune, je suis parti à Moscou, un voyage d'études style "Erasmus". Et là-bas, je suis tombée follement amoureuse d'un jeune poète dissident.  On le surnommait NICOLAS LE ROUGE. La passion totale. Vous vous rendez compte que moi : fille de Gaulliste, petite fille de Gaulliste, gaulliste moi-même, tomber amoureuse d'un communiste. Mais il était si beau si talentueux et…

 

ÉTIENNE

Et ?

 

gabrielle

C'était un "bricoleur" de première.

 

ÉTIENNE

Ah ça, la bricole est apolitique.

 

gabrielle

Et un matin, le KGB est venu arrêter Nicolas. Et moi on m'a remis dans un avion pour Paris. J'étais anéantie. Par chance, quelques mois plus tard, je rencontrais Hector.

 

ÉTIENNE

Et ce Nicolas le Rouge, vous avez eu des nouvelles ?

 

gabrielle (triste)

Aucune. Il a dû mourir en Sibérie…

 

ÉTIENNE

Ah ça les mines de sel c'était terrible… surtout pour les dissidents et les diabétiques.

 

 

 

gabrielle

Alors je compte là aussi sur votre discrétion. Benji n'est pas au courant pour cet amour de jeunesse. Il était tellement attaché à son père que je n'ai pas osé lui avouer que j'avais aimé quelqu'un d'autre avant lui.

 

ÉTIENNE

Je comprends. Moi aussi, il y a des périodes de ma vie que je ne serais pas très fier de raconter à ma fille.

 

gabrielle (regardant l'heure)

D'ailleurs, ils en mettent un temps à revenir ! Pourvu que les flics ne gardent pas Benji toute la nuit. Je m'inquiète…

 

ÉTIENNE

Faut pas. Ils vont arriver le sourire aux lèvres, et on sabrera le champagne tous les 3.

 

gabrielle

J'admire votre optimisme.

 

ÉTIENNE

Fiez-vous à mon intuition : tout va s'arranger !

 

soudain la porte s'ouvre et lisa revient seule. elle est dans tous ses états.

 

lisa

Ils ont libéré Benji.

 

gabrielle

Enfin une bonne nouvelle. Mais il est où ?

 

lisa

Il est rentré chez lui…

 

gabrielle

Mais pourquoi il a fait ça…

 

lisa se met à éclater en sanglots.

 

lisa

Parce que, parce que : Benji et moi c'est fini, il a rompu : il ne veut plus m'épouser !

 

 

ÉTIENNE

Quoi ?

 

lisa court dans sa chambre et claque la porte. gabrielle se tourne vers un ÉTIENNE stupéfait.

 

gabrielle (a ÉTIENNE)

Ah elle est bien votre intuition. C'est sûr, tout s'arrange !

 

 

 

NOIR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

acte 2

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Lisa est sur le canapé avec ÉTIENNE. Lisa est encore très fragile. Ils ont un bol de café tous les 2. Nous sommes le matin. Sur la table basse est posé un tube de somniféres et un ordinateur portable allumé.

 

lisa

Je savais que tout ça, ça allait me coûter très cher !

 

ÉTIENNE

Et à moi donc ! (Songeur) 400000 euros… Ah la tête de mon banquier.

 

lisa

Ma vie est foutue.

 

ÉTIENNE

Gabrielle est allée parler à Benjamin. Elle va le ramener à la raison, et à la maison.

 

lisa

Tu parles, quand il lui aura tout raconté, ils seront 2 à me faire la gueule !

 

ÉTIENNE

D'abord il a dit quoi exactement ?

 

lisa

Il a dit : Qu'après ce qu'il venait d'apprendre, il ne pouvait plus m'épouser.

 

ÉTIENNE

C'est tout ?

 

lisa

Il a ajouté que même si on a des raisons légitimes de cacher la vérité, on ne peut pas mentir comme ça sur son père.

 

ÉTIENNE

C'est mieux.

 

lisa

Après il a murmuré "trahison" "honte" "c'est dégueu"… et il est parti.

 

 

 

 

ÉTIENNE

C'est bien la génération SMS ça : même pour une rupture on ne comprend rien. Et toi… t'as fait  quoi ?

 

lisa

Rien. J'étais tétanisée et j'ai pas pu sortir un mot. Après j'ai laissé des messages sur son portable. Silence radio.

 

ÉTIENNE se lève fait quelques pas avec son bol et réfléchit.

 

ÉTIENNE

Comment il a pu savoir ? C'est quand même pas ce Skiramovitch qui a pu lui dire que ton père milliardaire n'existe pas !

 

lisa

On s'en fout comment il a su… il sait et c'est tout ! Je peux avoir mes cachets ?

 

ÉTIENNE

Ah non, ça ne va pas recommencer ?

 

lisa

Juste un.  Pour me reposer un peu. Après cette nuit pourrie, j'ai envie de faire un petit break.

 

lisa prend un cachet et l'avale. ÉTIENNE regarde le tube.

 

ÉTIENNE

Je crois que je vais faire comme toi. Parce qu'aux niveaux des emmerdes… moi… c'est pas mal non plus. J'en ai une nouvelle de toute beauté.

 

lisa

C'est quoi ?

 

ÉTIENNE

Un chèque de 400 000 euros que j'ai donné à Gabrielle

 

lisa (ébahi)

Mais pourquoi tu as fait ça ?

 

ÉTIENNE

Je suis censé être milliardaire et un milliardaire… ça fait des chèques de milliardaires… pas de smicards.

 

lisa (éffondrée)

Si j'avais tout dit à Benji le jour de notre rencontre, on n'en serait pas là

ÉTIENNE

C'est ma faute aussi. J'aurais pas dû revenir changer ce fusible et filer droit dans le lit de Josy.

lisa

Elle ne va pas trop t'en vouloir de lui avoir posé un lapin ?

 

ÉTIENNE

Oh non. C'est une fille formidable.

 

lisa

Alors, vous devriez vous marier.

 

ÉTIENNE

J'aimerais bien et elle aussi. (Sceptique) Mais c'est Ventrou qui ne voudra pas.

 

un temps. silence on sent les deux déprimés.

 

lisa

ÉTIENNE, tu le voies comment l'avenir ?

 

ÉTIENNE

Avec des menottes ! Faire un chèque en Bois de 400000 euros… c'est direct la prison. Le banquier ça n’aime pas quand on le prend pour un con…

 

lisa

Ou alors faut s'appeler Bernard Arnaud…

 

ÉTIENNE

Surtout que récidiviste… j'aurais aucune circonstance atténuante.

 

lisa (étonnée)

Comment ça récidiviste ? Tu as déjà fait de la prison ?

 

ÉTIENNE (démasqué)

Et bien oui ! Voilà ! J'ai fait 10 ans de taule. Et je suis sorti, il y a 1 an. Mais depuis je suis un homme honnête.

 

lisa

Tu avais fait quoi ?

 

ÉTIENNE

J'ai fait partie du (Articulant mal) "Gang du pastis."

 

 

lisa (comprenant mal)

LE GANG DES POSTICHES ?

 

ÉTIENNE (penaud)

Non… "du Pastis". On était moins connu. On faisait des braquages sur Marseille… enfin on a fait un braquage, et il a mal tourné.

 

lisa

C'est pas de veine.

 

ÉTIENNE

Surtout qu'en plus, j'étais seulement le chauffeur et c'était mon premier gros coup.

 

lisa

Et pourquoi ça a foiré ?

 

ÉTIENNE

J'en sais rien. Pourtant le hold-up de la société Marseillaise c'était super bien passé. Pas une goutte de sang, que des billets de 500, la classe quoi. Alors, mes complices sortent de la banque, remontent dans la voiture. Et là, le drame.

 

lisa

Les flics ?

 

ÉTIENNE

Non le joint de culasse. Encrassé. La voiture a pas démarré. Alors là : panique à bord et tout le monde s'est barré. Enfin tout le monde, sauf moi. Et les flics m'ont serré.

 

lisa

C'est quand même courageux de t'être sacrifié…

 

ÉTIENNE

Je ne me suis pas sacrifié… j'ai pas pu sortir. La porte du conducteur était coincée. Résultat : j'ai payé pour tout le monde. Mais j'ai bien compris la leçon.

 

lisa

Rester honnête ?

 

ÉTIENNE

Non. Pour les hold-up… jamais plus de voitures électriques !

 

 

 

lisa

Mais tes potes, ils t'ont laissé tomber ?

 

ÉTIENNE

Tous. En 15 ans, pas une visite, un colis, une carte postale, rien. Même ma part d'oseille, je l'ai jamais eu.

 

lisa

C'est dégueulasse. Et ça t'as eu envie de les dénoncer ?

 

ÉTIENNE

D'abord je ne suis pas une balance. Et puis, c'est la première fois qu'on se voyait.

 

lisa

Ah bon ?

 

ÉTIENNE (se justifiant)

A l'époque, on s'était contacté par mail et au jour dit : ils avaient tous des cagoules. Enfin tous, sauf moi…

 

lisa

Pourquoi ?

 

étienne

Ils  avaient plus ma taille.

 

lisa

Mais enfin, sans cagoule, c'était suicidaire ?

 

ÉTIENNE

Non allergique !  En plus, j'ai jamais pu supporter l'acrylique. Ça me donne de l'urticaire.

 

lisa

ÉTIENNE… un bon conseil… reste concierge. Braqueur, c'est pas ton truc. (un temps) Quand Gabrielle revient, je dis tout : aléa jacta est.

 

ÉTIENNE

T'as raison.  On ne peut pas mentir toute sa vie aux gens qu'on aime… Lisa… je risque de retourner en prison très vite, alors j'ai… (Il hésite) quelque chose d'important à te dire. (ÉTIENNE n'arrive pas à parler)

 

 

 

lisa

C'est quoi ?

 

ÉTIENNE

C'est pas facile à dire.

lisa

Allez, je ne vais pas te sauter à la gorge quand même.

 

ÉTIENNE (très mal)

Pas sûr. Je suis… je suis ton… je suis ton…

 

lisa

Tombé à pic ? Ah ça oui ! Merci !

 

ÉTIENNE (se lancant)

Non. Je suis ton père !

 

lisa

Pardon ?

 

ÉTIENNE

Je suis ton père. Pas le Milliardaire que t'as inventé mais l'autre le vrai. Celui à qui tu veux foutre sur la gueule.

 

d'un seul coup, lisa se ferme. Elle accuse le choc.

 

lisa

ÉTIENNE, si c'est une plaisanterie, c'est pas drôle.

 

ÉTIENNE

C'est pas drôle, mais c'est pas une plaisanterie. Ecoute, je ne savais pas que tu existais. J'étais en prison et un matin, j'ai reçu la lettre d'une femme que j'avais beaucoup aimée… vraiment beaucoup aimée.

 

lisa

Ma mère ?

 

ÉTIENNE (fait oui de la tête)

Elle allait mourir et elle m'annonçait qu'elle avait eu un enfant de moi et qu'elle avait dû l'abandonner. Elle s'en voulait d'avoir fait ça et me demandait de te retrouver… alors voilà. Je suis là…

 

lisa

Pourquoi t'es pas venu plus tôt ?

 

ÉTIENNE

J'étais en prison et après il a fallu te chercher, ça n'a pas été coton.

 

lisa

Comment t'as fait ?

 

ÉTIENNE

A la DASS, j'ai rencontré une employée très conciliante. Très chère, mais très conciliante. Alors, j'ai eu une adresse puis une autre et je t'ai retrouvée. Alors je t'ai suivi, c'était il y a 6 mois.

 

lisa

Alors c'était toi dans la rue et pas le détective ?

 

ÉTIENNE (fait oui de la tête)

Coup de bol, le syndic cherchait un concierge pour l'immeuble. Comme ça j'ai pu me rapprocher de toi. Mais quand tu m'as parlé de ton père, j'ai cru qu'on t'avait adopté.

 

lisa

Pourquoi t'es pas venu me dire qui tu étais plus tôt ?

 

ÉTIENNE

J'ai eu peur… pareil, quand t'as voulu que je me fasse passer pour ton père hier soir. Panique totale.

 

lisa

Et t'espères quoi maintenant ? Que je tombe dans les bras, et que tu me conduises à la Mairie ? Raté ! J'en ai plus rien à foutre de toi… fallait pas me laisser tomber bébé !

 

ÉTIENNE

Je t'ai pas laissé tomber, je ne savais pas que t'existais ! Et puis t'imagines la situation : une pute et un braqueur… ah, on aurait eu l'air fin à la réunion des parents d'élèves !

 

lisa

Parce qu'en plus ma mère était une…

 

ÉTIENNE (la coupant)

… une femme qui en avait pris plein la gueule. Alors n'accuse pas ta mère.

 

lisa

J'accuse pas ma mère, j'accuse le choc.

 

ÉTIENNE

Et moi. J'ai fait ce que j'ai pu…

 

lisa

Ça va ! Tu ne veux pas la médaille de la famille en plus ?

 

ÉTIENNE

C’est bon, je peux attendre…

 

lisa

C'est curieux. Souvent j'avais imaginé cette situation : mais désolé ÉTIENNE, le côté "père prodigue" avec moi, je crois que ça va pas le faire.

 

ÉTIENNE (sincère)

Tant pis. Il fallait quand même que je te dise tout. Mais sache que : où que tu sois sur cette terre, y'a un ÉTIENNE qui sera toujours là pour toi.

 

lisa

Une mère prostituée, un père braqueur… faut rien dire à Gabrielle.

 

étienne

Ah non, si elle apprend ça, elle est bonne pour l’AVC…

 

lisa

Je ne la sens pas du tout cette journée.

 

soudain le portable de ÉTIENNE sonne. Il le regarde et paraît ennuyé.

 

lisa

C'est qui ?

 

ÉTIENNE (mal à l'aise)

C'est Josy…

 

lisa

Faut répondre…

 

ÉTIENNE

C'est pas le moment. Et puis c'est pas normal qu'elle m'appelle si tôt le matin… je flaire encore un emmerde. (Lisa insiste et ÉTIENNE répond) Allô Josy ? Quoi ? T'as quitté Ventrou ? Mais t'es où ? Dans ma loge ? Et tu lui as laissé une lettre pendant qu'il dormait… Mais t'as mis quoi dans cette lettre ? Que tu m'aimes ? Mais t’as pas cité de nom ? Si ! Mais ça pas non ? Bon, tu ne bouges pas et tu fermes à clef… j'arrive. Ventrou sait tout !

lisa

Au moins maintenant la situation est claire !

 

ÉTIENNE

C'est sûr : quand il va se réveiller, je suis bon pour la bavure.

 

lisa

Qu'est ce que tu vas faire ?

 

ÉTIENNE

Essayer de garder la vie sauve…

 

lisa

Josy… tu vas l'abandonner aussi ?

 

ÉTIENNE

Pas du tout. Mais bon, ma tête est mise à prix alors il me faut un "petit" temps d'adaptation.

 

lisa

Bon, va la rejoindre, elle doit être complètement perdue.

 

ÉTIENNE

Et toi… ça va aller ? Tu veux que je revienne ? Enfin pour être là quand tu parleras à Gabrielle ?

 

lisa (froide)

Pas la peine. Je vais me débrouiller toute seule. Ça fait 30 ans que c'est comme ça,  alors je ne vois pas pourquoi ça changerait  aujourd'hui ?

 

ÉTIENNE sort. Lisa est sous le choc et quelques larmes coulent de ses yeux. elle regarde son portable et compose un numéro.

 

lisa

Benji ? Mon amour, appelle-moi. On s'en fout de nos familles. On s'aime et c'est ça qui compte. On ne va quand même pas tout arrêter ? Arrête de déconner avec tes putains de principes. Si tu m'aimes. S'il te plaît rappelle. Si on ne se fait pas confiance alors sur qui on pourra compter ? Je t'aime.

 

lisa raccroche. elle prend le tube de somniféres et va dans la chambre. un temps. Soudain bruits dans l'escalier. la porte d'entrée s'ouvre et gabrielle entre en poussant une poubelle de la mairie de paris.

 

gabrielle

C'est bon, vous pouvez sortir.

 

le couvercle s'ouvre et la tête de ÉTIENNE en sort.

 

ÉTIENNE

Merci.

 

ÉTIENNE sort de la poubelle.

gabrielle

ÉTIENNE, mais enfin, c'est ridicule. Je peux savoir que vous faites dans la poubelle ?

 

ÉTIENNE

Je me cache

 

gabrielle

Mais pourquoi ?

 

ÉTIENNE

C'est pour éviter de croiser Ventrou.

 

gabrielle

Votre Ex ? Enfin ÉTIENNE, il faudra bien un jour que vous acceptiez de le revoir.

 

ÉTIENNE

Un jour oui…mais pas ce matin. Je préfère attendre qu'il pose son arme de service. On ne sait jamais.

 

gabrielle

Le pauvre. Il a du mal à faire le deuil.

 

ÉTIENNE

Non, il a du mal à ne pas faire un carnage. Et c'est à cause de Josy, sa femme.

 

gabrielle

Josy a appris pour Ventrou et vous ?

 

ÉTIENNE

Non. C'est Ventrou qui a appris pour Josy et moi.

 

gabrielle (étonnée)

Quoi ? Vous êtes l'amant de la femme de votre amant ?

 

 

ÉTIENNE

On va dire ça c'est plus simple, et il n'apprécie pas du tout.

 

gabrielle

C'est normal. Son amour-propre est blessé…

 

ÉTIENNE

Vous comprenez maintenant pourquoi j'ai plongé dans la poubelle quand je l'ai vu dévaler les escaliers en furie et l'arme au poing.

 

gabrielle (admirative)

Quand même, on vous laisse 5 minutes et il faut que vous alliez bricoler chez le voisin. Quelle énergie ! Bon, ÉTIENNE, j'ai besoin de vous…

 

ÉTIENNE

Désolé, j'ai perdu mon chéquier.

 

gabrielle

Il s'agit de mon honneur.

 

ÉTIENNE (rassuré)

Alors ça va.

 

gabrielle

Benji est dans tous ses états par cette révélation.

 

ÉTIENNE (s'énervant)

Bon, ça commence à bien faire : d'accord mentir sur son père c'est pas bien mais jeter ma Lisa comme ça… votre fils, il va falloir qu'on se parle sérieusement.  Je le trouve un peu léger sur ce coup-là.

 

gabrielle

C'est quand même lui qui souffre le plus de cette situation. Mon fils est un rigide. Adorable mais rigide… limite chiant.

 

ÉTIENNE

Et puis Lisa va reconnaître ses fautes.

 

gabrielle

Oh elle…  elle n'y est pour rien la pauvre.

 

ÉTIENNE

C'est vrai… tout ça c'est à cause de moi.

 

gabrielle

Arrêtez un peu : Vous non plus vous n'y êtes pour rien !

 

ÉTIENNE (perdu)

Mais alors… c'est la faute à qui ?

 

gabrielle

A SKIRAMOVITCH !!

 

ÉTIENNE

Le roi de la purée ?

 

gabrielle

C'est lui son vrai père ! C'est Skiramovitch le vrai père de Benji, et pas Hector. Et il lui a tout dit pendant leur garde-à-vue.

 

ÉTIENNE (perdu)

J'ai un peu de mal à vous suivre… là.

 

gabrielle

SKIRAMOVITCH…  c'est pas Skiramovitch ! C'EST NICOLAS LE ROUGE !

 

ÉTIENNE

Vous avez raison… c'est le bordel.

 

gabrielle

Total. Dites, vous n'auriez pas un petit remontant ?

 

ÉTIENNE va vers le bar et regarde les bouteilles.

 

ÉTIENNE

C'est quand même un peu tôt ! De la vodka, ça vous ira ?

 

gabrielle

C'est de circonstance !

 

ÉTIENNE revient avec la bouteille. gabrielle la lui prend des mains et s'enfile une grande rasade.

 

ÉTIENNE

Et maintenant vous comptez faire quoi ?

 

gabrielle

Finir la bouteille !

elle boit une nouvelle rasade.

 

ÉTIENNE

Je veux dire. Avec votre fils ?

 

 

gabrielle

J'en sais rien. A Moscou, je me suis rendue compte que j'étais enceinte et je l'ai annoncé à Nicolas. Il était fou de joie. Et le lendemain… il était arrêté et moi mis dans l'avion. Après Hector qui m'aimait a reconnu mon fils. Mais Benjamin ne lui a jamais ressemblé. Hector était un homme mou. Gentil mais mou. Alors que mon fils… j'adore mon fils… mais il est gonflant mais gonflant avec son côté "je suis honnête, j'ai des principes". Il ne  pourra jamais faire de la politique. C'est tout le portrait de son père ! Nicolas aussi avait des principes. Et en plus il voulait le bien de l'humanité…

 

ÉTIENNE

C'est plutôt bien les hommes de paroles.

 

gabrielle

Non cette société est faite pour les dividendes, mais pas pour les utopistes !  Résultat : hop au Goulag.

 

ÉTIENNE

N'empêche que revenir après tant de temps pour vous revoir… c'est une preuve.

 

gabrielle

Une preuve de connerie, oui. Résultat : mon fils va me renier… le Medef va me virer et mon entreprise est ruinée. ÉTIENNE, je suis une femme finie.

 

ÉTIENNE

C'est juste une mauvaise passe, j'ai connu ça.

 

gabrielle

Finie je vous dis.  En plus, j'ai un juge sur le dos et le chèque… c'est un pot de vin pour ne pas finir en taule. Hé, il n'y avait pas des cachets tout à l'heure sur la table ?

 

ÉTIENNE

Gabrielle : il faut faire face.

 

elle boit encore une rasade et on la sent alcoolisée.

 

 

 

 

gabrielle

Ras le bol de faire face ! Depuis que je suis née je fais face. Que je dirige le Medef, je fais face. Alors perdu pour perdu : tiens je vais donner ma société à mes ouvriers. Ça  va bien faire chier le ministre du travail. (Elle chante) C'est la lutte finale… saoûlons car demain…

 

ÉTIENNE

Faut arrêter de boire Gabrielle, c'est vraiment trop tôt.

 

ÉTIENNE veut lui prendre la bouteille des mains. Elle refuse.

 

gabrielle

Non, c’est trop tard. Pas touche, et si c'est l'heure du petit déjeuner et ben faites-moi des tartines pour tremper dans l'herbe de bison. (Elle boit encore). En plus, vous ne savez pas la meilleure ? Nicolas le Rouge, il m'aime toujours.

 

ÉTIENNE

Normal ! Le Russe est sentimental…

 

gabrielle

Vous êtes sûr ?

 

ÉTIENNE

Regardez Vladimir Poutine.

 

gabrielle fait la moue et pose la bouteille sur la table basse.

 

gabrielle

ÉTIENNE, mais qu'est ce que je vais devenir ?

 

ÉTIENNE

Laissez passer l'orage.

 

gabrielle

C'est pas un orage, c'est un Tsunami.

 

ÉTIENNE

Benjamin est un mec bien, il va vous pardonner… et plus tard on ira tous les deux amener nos petits enfants au square ?

 

gabrielle

Ah oui… ça ce serait chouette. On pourra aussi amener Nicolas le Rouge ? D'abord ça le changera de sa purée et ensuite comme il parle que le Russe ça pourra amuser les gamins. (Confidente) En plus, si je me remets avec lui comme il est riche, plus besoin de votre argent.

 

ÉTIENNE

Epousez-le tout de suite !

 

gabrielle

Je vais dire oui. Moi non plus je ne l'ai jamais oublié. C'est fou le nombre de communistes milliardaires que je côtoie en ce moment.

 

soudain on entend des coups de feu dans la rue. Les deux sont paniqués.

ils se précipitent vers la baie vitrée. Gabrielle avait posé la Vodka sur la table et revient la reprendre. Elle rejoint ÉTIENNE.

 

ÉTIENNE

C'est Ventrou ! Il a pété les plombs.

 

gabrielle

C’est un grand passionné …

 

ÉTIENNE

Non, c’est un grand con. Vous allez voir tout va s'arranger.

 

gabrielle (toujours éméchée)

C'est fou avec vous : quand vous dites "ça va s'arranger"… ça ne s'arrange jamais. Bon, laissez-moi faire ! Je suis un femme persuasive, c'est mon métier… enfin c'était.

 

gabrielle se penche.

 

ÉTIENNE

Faites gaffe… il est dangereux.

 

gabrielle

Monsieur Grand con (se reprenant) Pardon ! Monsieur Ventrou… je comprends votre colère. Moi aussi j'ai beaucoup souffert. Mais la vie est belle même si on se sent parfois trahi. Alors pas de violences intempestives.

 

pour toute réponse on entend de nouveaux coups de feux dans leur direction. Ils s'accroupissent derrière la terrasse.

 

ÉTIENNE

"Violences intempestives",  c'était de trop. Ventrou, il faut lui parler avec des mots simples qu'il peut comprendre… sinon ça l'énerve.

 

gabrielle

Vous croyez ?

 

ÉTIENNE

Certain.  Au Scrabble il n'a jamais dépassé 3 lettres.

 

on entend une siréne de police.

 

gabrielle

Je vais faire une nouvelle tentative.

 

ÉTIENNE

Laissez plutôt faire la police, ils vont s'arranger entre eux.

 

gabrielle

Monsieur Ventrou. Le mieux serait de lâcher cette arme qui risque de blesser fortuitement quelqu'un et de vous rendre à vos amis les policiers. Regardez-les, ils sont tous sortis du fourgon et ils vont venir vous chercher.

 

a ce moment on entend une explosion. Les deux sont terrorisés.

 

ÉTIENNE

Oh le con ! Il a fait sauter le fourgon !

 

gabrielle

Il avait une grenade…

 

ÉTIENNE

Con et nostalgique, c'est un ancien para !

 

lisa sort de la chambre et les voit cachés derriére la baie vitrée.

 

lisa

Mais c'est quoi tous ces bruits ?

 

gabrielle

C'est Monsieur Ventrou qui exprime sa souffrance.

 

ÉTIENNE

Et ce malade tire dans le tas. Pourvu que Josy ne soit pas dans sa ligne de mire.

 

lisa

Et pourquoi la police n'intervient pas ?

 

ÉTIENNE

Le fourgon a explosé et ils sont tous planqués dans les poubelles ! Couche-toi, c'est un fou furieux.

 

on entend de nouveaux coup de feu. gabrielle tente une nouvelle tentative. Elle a la bouteille à la main.

 

gabrielle

Monsieur Ventrou. Vous comprenez bien que maintenant nous sommes dans une situation délicate. Si vous ne vous rendez pas immédiatement vous risquez de graves ennuis. Mais on ne vous laissera pas tomber…

 

lisa (admirative)

Elle parle bien.

 

gabrielle

Je viendrais témoigner, vous aurez mon soutien. Et aussi le soutien de tous ces hommes que la vie un jour maltraite et qui ont  besoin de se reconstruire.

 

ÉTIENNE

Ah oui, la politique ça rend à l'aise.

 

gabrielle

Et ÉTIENNE aussi sera à mes côtés… car je sais… je sais que vous l'aimez beaucoup !

 

nouveau coups de feu groupés.

 

ÉTIENNE

Putain, il ne fallait pas dire ça.

 

gabrielle (hors d'elle)

La vodka ! Il a tiré sur mon petit-déjeuner… Bon, on arrête les conneries  maintenant! Sinon je vais venir te botter le cul. Compris l'impuissant ? Qui je suis ? C'est Gabrielle Mercadier l'ex patronne du Medef qui te parle et crois-moi que j'en ai maté des plus coriaces que toi… et aussi des plus cocus.

 

encore une fois un tir se fait entendre.

 

ÉTIENNE

Bon, il commence à me gonfler le dépressif en uniforme.

 

gabrielle

C'est vrai : cette manière de se donner en spectacle… au bout d'un moment c'est choquant.

 

ÉTIENNE se léve et va vers la porte.

 

lisa

Mais où tu vas ?

 

ÉTIENNE

Chercher Josy !

 

ÉTIENNE sort. Gabrielle regarde dans la rue.

 

lisa

Gabrielle, j'ai peur.

 

gabrielle

Faites confiance à votre père. Il sait ce qu'il fait.

 

lisa

Alors… Vous voyez quoi ?

 

gabrielle

Rien, à part Ventrou qui recharge son révolver. Ah ça y est, votre père sort dans la rue. Ventrou le voit et s'approche de lui…

 

lisa

Ça va mal finir…

 

gabrielle (fort)

ÉTIENNE faites attention, il a le QI d’une moule marinière.

 

lisa va à la fenêtre et se penche à son tour.

 

lisa

Papa, s'il te plaît, remonte.

 

soudain les deux se regardent stupéfaites.

 

gabrielle

Ah ben ça alors… il lui donne son arme.

 

lisa

Et Ventrou éclate en sanglots dans ses bras. Les policiers sortent des poubelles, ils l'embarquent.

 

gabrielle

Vous savez ce que j'ai toujours aimé chez le gardien de la paix ? C'est le courage et l'abnégation.

 

lisa

Si on m'avait dit qu'un jour ÉTIENNE consolerait Ventrou… je l'aurais jamais cru.

 

gabrielle

Ma petite Lisa… il faut se rendre à l'évidence : ces deux-là sont faits pour être ensemble. C’est de l’amour…

 

lisa ne répond pas. les deux reviennent vers le canapé.

 

lisa

Comment va Benji ?

 

gabrielle

J'ai aucune nouvelle, et vous ?

 

lisa

Aucune non plus.

 

ÉTIENNE revient.

 

ÉTIENNE

Et voilà le travail !  Pour Ventrou c'est réglé.

 

lisa

Qu'est ce qu'il s'est passé… on n'a rien compris.

 

ÉTIENNE

Ben moi non plus. Je me suis approché avec un couvercle de poubelle pour me protéger au cas où il veuille vider son chargeur sur moi et surprise… il s'est mis à pleurer dans mes bras en disant qu'à cause de la picole il avait perdu Josy

 

lisa

Ventrou était alcoolique ?

 

ÉTIENNE

Il faut croire…

 

gabrielle

Ah ça la picole chez le policier c'est comme le célibat chez les prêtres… un sacerdoce.

 

ÉTIENNE

A mon avis, il a intérêt à trouver un avocat rapidement…

 

gabrielle

Moi j'en connais un ! Je vais le lui conseiller…

 

ÉTIENNE

Et il est bon ?

 

gabrielle

Non très mauvais, comme ça vous serez tranquille un bon moment.

 

ÉTIENNE

(Inquiet) Par contre impossible de trouver Josy. Où elle est passée ? J'aime pas ça.

 

lisa

Bien. Puisqu'on est tous les 3 réunis. Il faut que je soulage ma conscience. Gabrielle je dois vous parler.

 

ÉTIENNE

On ne pourrait pas faire un break ?

 

lisa

Non.

 

gabrielle

Vous n'auriez pas un fond de Calva ? Parce que moi tous ces événements ça me donne soif. (Les deux la regardent) Bon… je vous écoute.

 

lisa

Voilà : Mon père milliardaire n'existe pas. Il m'a abandonné à la naissance et je viens de la Dass. Je ne l'ai jamais connu et j'ai tout inventé !

 

ÉTIENNE

Je confirme.

 

lisa

Depuis le début j'ai menti. Mais c'était juste pour me faire une place dans le monde des affaires !

 

ÉTIENNE

Je confirme.

 

gabrielle a du mal à comprendre et montre ÉTIENNE du doigt.

 

 

 

gabrielle

Mais alors… si votre père n'existe pas… lui c'est qui ?

 

lisa

C'est mon père !

 

ÉTIENNE

Je confirme.

 

tête perdue de gabrielle.

 

lisa

C'est très simple : J'ai demandé à mon père de se faire passer pour mon père car je ne savais pas que c'était mon père mais comme vous l'aviez pris pour mon père… il est devenu mon père pour se faire pardonner de ne pas avoir été mon père au moment où il aurait fallu qu'il soit mon père.  Et j'ai fait passer mon père…

 

gabrielle (perdue)

… pour votre père !

 

lisa

Voilà !

 

gabrielle

J'ai vraiment besoin d'un calvados… moi. Bon, reprenons : ÉTIENNE vous n'êtes pas milliardaire ?

 

ÉTIENNE

Non.

 

gabrielle

Vous ne vivez pas à San Fancisco ?

 

ÉTIENNE

Non plus.

 

gabrielle

Alors vous vivez où ?

 

ÉTIENNE

Dans une grande loge.

 

 

 

gabrielle

Vous êtes franc-maçon…

 

ÉTIENNE

… non concierge.

 

lisa

Je confirme !

 

bruits de portable. Coincidence : les 3 sonnent en même temps et les 3 prennent chacun le leur.

 

 

lisa

C'est Benji !

 

ÉTIENNE

C'est Josy !

 

gabrielle

C'est mon futur mari !

 

lisa

Allô ? Oui mon Benji je t'aime aussi… t'es où ?  Tu montes ? On t'attend.

 

ÉTIENNE

Allô ? Oui ma Josy je t'aime aussi… t'es où ? Tu montes ? On t'attend.

 

gabrielle

Allô ? Oui mon Skiramovitch je t'aime aussi… t'es où ? En prison ? Tu montes pas ? On t'attend pas !

 

ils raccrochent.

 

Gabrielle

Bon, maintenant… on s'explique ?

 

ÉTIENNE

Non. C'est fini les explications. Plus on s'explique moins on se comprend.

 

gabrielle

C'est pas faux. Le plus important c'est le mariage de nos enfants.

 

 

 

lisa

C'est pas faux. (Gênée) ÉTIENNE, j'aimerais bien un cadeau.

 

ÉTIENNE

Lequel ?

 

lisa

Je voudrais que ce soit toi qui me conduises à la Mairie.

 

ÉTIENNE (touché)

Pas de problème : Compte sur moi. Ça oui compte sur moi !

 

lisa (avec humour)

C'est vrai quoi… quitte à avoir un père autant l'utiliser.

 

ÉTIENNE

Mais j'aimerais que toi aussi tu me fasses un cadeau.

 

lisa

Lequel ?

 

ÉTIENNE

Appelle-moi Papa !

 

les deux se sourient. On sonne.

 

gabrielle

Enfin… c'est Benjamin ! On va tout lui expliquer !

 

ÉTIENNE et lisa

Ah non !

 

gabrielle

J'ai rien dit…

 

lisa va à la porte et l'ouvre. On ne voit pas benji sur le pas de la porte.

 

lisa

Mon AMOUR ! (Elle saute dans ses bras)

 

IL VA ENTRER mais d'un coup c'est le noir complet.

 

ÉTIENNE (off)

C'est rien : Je suis là… tout va s'arranger ! NOIR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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