Qui a tué Sicrassus ?

Une troupe de théâtre veut répéter la grande tragédie : Qui a tué Sicrassus ? Mais la réalité du quotidien et celle des vies privées s’invite dans la pièce et bouscule la répétition et les comportements de chacun.

Décor (1)

Qui a tué sicrassus ? Décor symbolique ou non Exemples : Tentures, colonnes Peut se jouer en extérieur

ACTE 1

PRÉAMBULE / Populum / Ambitiède

Populum et Ambitiède entrent sur scène

Populum (Metteur en scène) / Je t'explique. Tu es garde royal. C'est à dire que tu gardes la porte. Donc, tu ne bouges pas.

Ambitiède / D'accord. Et pour le texte ?

Populum / Pour le texte, très important ! Tu parles dans cette direction. (Il montre le public puis les coulisses ) Si tu parles par là, ça ne sert à rien.

Ambitiède / Parce que je n'ai jamais fait de théâtre. C'est mon père qui veut. Moi je voudrais faire du rugby.

Populum / Ton père est propriétaire du théâtre. Ton père a dit qu'il fallait que tu fasses du théâtre, donc tu fais du théâtre !

Ambitiède / Mais moi j'aime pas le théâtre.


Populum / Et moi alors ! Ne pas manger à sa faim, jamais savoir si on pourra payer le loyer, tout ça pour jouer devant des gens qui ne nous méritent pas, tu trouves que c'est un boulot enviable ?

Ambitiède / Bon. Je vais essayer de jouer.

Populum / Tu ne vas pas essayer ! Tu vas jouer ! Les gens payent pour nous voir. Des gens qui s'emmerdent chez eux. Des gens qui aimeraient être à notre place, des gens qu'on fait rêver ! Tu veux les rendre encore plus malheureux ? C'est ça que tu veux ?

Ambitiède / Ben... Non.

Populum / Faut que tu sois à fond !

Ambitiède / Mais je n'comprends rien au texte,

Populum / T'en fais pas, souvent, c'est pareil pour le public. C'est normal, c'est du théâtre contemporain. .. Nous, on fait pas dans la facilité, sinon on ferait du boulevard.

Ambitiède / Moi j'aime bien le boulevard.

Populum / Mais on s'en fout ! Ici, Les gens ne viennent pas pour aimer, mais pour se grandir. Ici, on fait de la culture ! C'est clair ?

Ambitiède / Je voyais pas ça comme ça.

Populum / Moi si.

Ambitiède ! C'est quoi comme pièce ?

Populum / C'est une tragédie.

Ambitiède / C'est quoi une tragédie ?

Populum / C'est quand y'a des morts. Allez, on y va ! (Il crie vers les coulisses) Tout l'monde est prêt ?

Voix en coulisses / Viviane n'est pas arrivée !

Populum / On commence sans elle ! C'est demain la première, on ne va pas attendre madame ! Faut qu'on répète ! Allez ! Tout l'monde en piste ! C'est parti !

Voix en coulisses / Mon kiki !

Populum / Les blagues à deux balles, on n'en veut pas ! Ici on fait du Théâtre ! (Il regarde vers la salle) Et ceux à qui ça plaît pas, ils ont intérêt à partir tout d'suite, parce que dans deux minutes, on ferme les portes ! A clef !

Tous les deux ressortent. Puis on entend les trois coups. Le rideau s'ouvre.

Scène 1 : Populum / Ambitiède (Populum et Ambitiède entrent sur scène)

Populum / Dépêchons-nous, Sicrassus ne va pas tarder.

Ambitiède / C'est mon premier jour en tant que garde royal. Et on dit que Sicrassus est impitoyable.

Populum / Il n'est pas impitoyable, il est Roi, et un Roi, ça ne peut pas être gentil ! Sinon, tout le monde se ficherait de lui. Alors, un conseil, avec lui, t'as intérêt à bien garder l'entrée, sinon....

Ambitiède / Sicrassus me mettrait à la porte ?


Populum / A la porte des arènes.

Ambitiède / Je garderai la porte des arènes ?


Populum / Tu finirais comme casse-croûte. Et un lion, ça bouffe !

Ambitiède / Dévoré par un lion ?

Populum / Faut bien les nourrir, les pauvres bêtes. Mais ne t'en fais pas, on critique Sicrassus, mais des fois, il a bon fond.

Ambitiède / Et toi ? Tu n'as jamais failli finir dans la fosse aux lions ?


Populum / Moi, j'ai sauvé la vie de Sicrassus.

Ambitiède / Tu as sauvé la vie de Sicrassus ? Il allait être transpercé par une épée ?

Populum / Non ! Une arête de poisson coincée dans le gosier ! Et moi, Populum, je l'ai sauvé.

Ambitiède / J'aurais jamais dû m'engager.


Populum / Ah ! Surtout, c'est très, très, très important ! Chaque fois qu'un grand personnage entre, tu donnes son Curriculum Vitae

Ambitiède / Son quoi ?

Populum / Si tu ne comprends rien au latin, tu va finir dans un cirque. .. Avec les lions..

Ambitiède / Mais je les connais pas, les personnages importants.

Populum / Tu es garde royal, et tu ne connais pas la cour ?

Ambitiède / C'est mon père qui a voulu. Tu te rends compte, moi, dans l'armée ?

Populum / Oui, Je m'rends compte. Tiens. Je t'ai fait un pense-bête. Tu sais lire ? (Il lui donne un papier)


Ambitiède / (Il lit) Oh la la ! .. Gle.. Gla.. Gloire à Sicrassus Cur.. sus Fo..cus ! .. 

Populum / Oui. Bon. On n'a plus l'temps, je l'entends qui vient. Vite, à la porte ! Quant à moi, je m'éclipse....

Scène 2 : Populum / Ambitiède / Sicrassus / Agrippée / Populum

Ambitiède lit le papier

Ambitiède / Euh... Gla.. oire à .. Sicrassus.. Cur.. sus Fo.. cus ! Fils de.. Gros.. Grorumus et Nico.. mac ! Petit coucou.. Cousin de Pompé.. Pompégénienon, Pompigénie du côté de son père, Grand.. roi parmi les rois ! Qui commande à nos.. vies, et règne sur.. nos cœurs !

Sicrassus entre.

Sicrassus / Pourquoi les dieux nous infligent-ils cette pluie ?

Qui selon nos vestales est loin d'être finie ?

Agrippée / (Agrippée entre) Les vestales qui parlent..

Sicrassus lui fait signe de se taire. Agrippée s'immobilise, agacée.

Ambitiède / C'est qui ?

Sicrassus / Ma femme !

Ambitiède / Ah. Euh.. Gloire à Agri.. grippée ! Épouse de Sicrassus, Cursus Focus ! Fils de Grosrumus et Nicomac. Petit cousin de Pompigénie du côté de son père, Grand roi parmi les rois ! Qui commande à nos vies, et règne sur nos cœurs !

Agrippée / Les vestales qui parlent, disent n'importe quoi.

Pourquoi o toi, mon roi, faut-il que tu les croies ?

Sicrassus / Ce ne sont que des femmes, mais emplies d'innocence

Et parfois dans leur bouche, certains mots on du sens.

Cette pluie trop battante qui nous tombe dessus,

Un peu moins abondante, serait bien mieux vécue,

Car il pleut en tous lieux sans jamais s'arrêter.

Serons nous très bientôt obligés de nager ?

Agrippée / Toute cette eau qui tombe nous vient du haut des cieux,

Et en ces temps si sombres, c'est un cadeau des Dieux.

Sicrassus / Tu parles d'un cadeau, ça tombe sans arrêt.

Un temps un peu plus chaud, et ce serait l'été.

Agrippée / Je disais ça comme ça, car je sais qu'je n'sais rien.

Toi seul sait ce qui va et ce qui n'va pas bien.

Sicrassus / Tes paroles sont empreintes d'une grande sagesse,

Et ton chant mélodieuxm’enivre et mecaresse.

Agrippée / Je ne chante que pour toi, c'est pour ça que je reste.

Que serais-je sans toi, sans mon grand chef d'orchestre ?

Tu me donnes la cadence et je danse en mesure.

J'entre toujours en transe quand je vois ta figure.

Sicrassus / Bien sûr, je sais cela ? Cela est très normal

Je suis même plus que ça, je suis comme une étoile.

Tu me le dis souvent,

Agrippée / …................................... Je le dis tout le temps.

Sicrassus / J'aime que tu aimes à bien me soutenir.

Agrippée / J'aime tellement ça, mon roi, j'aime te faire plaisir.

Sicrassus / Que la chose soit immense ou qu'elle soit futile,

Une femme comme toi peut toujours être utile.

Agrippée / O Sicrassus, tu devines la moindre de mes pensées.


Sicrassus / Je n'ai aucun mérite, elles sont pas compliquées.

Agrippée / Je soutiendrai ton bras, tout le temps qu'il faudra.

Tu peux compter sur moi, je serais toujours là.

Sicrassus / Cette intention là est la moindre des choses

Agrippée / Je n'ai qu'un seul désir, c'est de servir ta cause.

Sicrassus / Le roi a tant de choses à porter sur son dos.

Je mesure chaque jour le poids de mon fardeau,

Agrippée / J'essaie de l'alléger, telle est mon ambition,

Je ne veux que t'aimer, et servir ta maison.

Sicrassus / Le peuple est mon destin, je dois leur faire du bien,

Sans moi il n'aurait rien, et serait orphelin.

Agrippée / Faire le bien n'est pas rien, je le sais chaque matin

Sicrassus / Et quand je lui fais mal, c'est encore pour son bien.

Agrippée / Tes tourments sont si grands, tes ennuis infinis

Sicrassus / Même mille fois plus grand, je serais tout petit.

Agrippée / O mon beau Sicrassus ! Que puis-je dire de plus ?

Sicrassus / Plus un mot, Agrippée. Ton regard me suffit.

Même quand tu ne dis rien, tu as déjà tout dit.

Populum entre

Ambitiède / Populum ! Premier conseiller ! Deux ans d'ancienneté. Neveu de Sar.. kus, couturier de Sicrassus Cursus Focus. Gloire à Sicrassus ! Fils de Gros..rumus et Anginetum ! Petit cousin de Pompigénie du côté de son père, Grand roi parmi les rois ! Qui commande à nos vies, et règne sur nos cœurs !

Sicrassus et Agrippée n'y prêtent aucune attention. Populum attend dans son coin.

Sicrassus / Agrippée, ta parole m'est un grand réconfort,

Si tu étais muette, je t'écouterais encore

Populum / Hum hum...

Agrippée / Qu'ils sont beaux les doux mots quand il sont mots d'amour.

De mon beau roi de cœur qui commande à mes jours.

Populum / Hum hum...

Sicrassus / Tu aimes à me chérir, comme une reine doit le faire,

Agrippée / Et toujours je t'admire, et toujours je te sers,

Sicrassus / Et je t'aime comme un fils se doit d'aimer sa mère.

Agrippée / Mais je suis ton épouse, et ne suis rien sans toi.

Sicrassus / Serais tu donc jalouse des femmes autour de moi ?

Populum / Hum hum..

Agrippée / Je n'y peux rien, Sicrassus...

Sicrassus / ….................................... Et tu peux être fière

Que ton roi fasse envier toutes les femmes entières.

Les femmes que j'honore me prennent comme une faveur,

Et un roi comme moi doit leur faire cet honneur.

Agrippée / Tu te jettes sur tout ce qui porte une sandale,

Et le moindre petit pied, tu en fais un scandale !

On dit même que les gardes sont parfois ton régal,

Pourquoi faut-il 0 Roi ! Qu'à chaque fois tu t'emballes ?

Sicrassus / Tous les gardes m'adorent, ils sont gardes du corps.

Je leur procure ainsi un peu de réconfort

Toute la journée debout, la garde est fatiguée.

Il faut bien que son roi la fasse se coucher.

Qu'ils soient femmes ou hommes ne peut prendre d'importance,

Je ne peux comme roi faire de différences.

Agrippée / Mais moi, dans tout cela, je me sens oubliée.

Sicrassus / Je n'ai pas quatre mains, j'ai tant à satisfaire.

Prends donc un rendez-vous, je verrai c'que j'peux t'faire.

Populum, agacé, sort puis rentre aussitôt.

Ambitiède / Populum ! Premier conseiller ! Deux ans d'ancienneté. Arrière neveu d'un voisin de Sicrassus Cursus Machinus. Gloire à Sicrassus ! Fils de Grosrumus et Nicomac ! Petit cousin de Pompigénie du côté de son père, Grand roi parmi les rois ! Qui commande à nos vies, et règne sur nos cœurs !

Sicrassus / Populum ! Tôt est ta venue. Que donc me veux tu ?

Populum / Ben...

Sicrassus / Mais que signifie là cette grosse hésitation ?

Ta tête renfrognée ne présage rien de bon.

Populum / C'est que je n'ose livrer toutes mes informations..

Sicrassus / Peut-être préférerais tu aller causer aux lions.

Agrippée / Parle donc imbécile !

Sicrassus / …....................... Mais quoi donc ? Qu'y a-t-il ?

Agrippée / Si tu n'as rien à dire, dis le au roi quand même

Car seul le roi sait ce qui en vaut la peine.

Populum / Les nouvelles.. c'est pas terrible...

Sicrassus / J'entrevois des ennuis à ta mine déconfite

Et j'exige qu'ici, tu me narres la suite.

Agrippée / Le roi peut tout entendre, le roi est là pour ça,

Sicrassus / Je n'en peux plus d'attendre. A ton roi, confies toi.

Agrippée / Confit d'oie ? Que parles tu de oie ?

Sicrassus / Mais non ! Confie toi !

Agrippée / Ah Oui ! Confies lui !

Sicrassus / Agrippée, oh tais toi, car tu me prends la tête

Ton grand roi Sicrassus n'aime pas qu'on le répète.

Populum / Euh... Les barbares..

Sicrassus / La bande des barbares ! Qui cherchent la bagarre !

Populum / Les barbares sont à nos portes !

Sicrassus / Les barbares à mes portes ! A ces mots, je m'emporte !

Mais ? Au fait ? Sont-ce bien ces portes qui tout le temps m'importent ?

Populum / Les portes de l'Empire, Sire.

Sicrassus / Les barbares !

Agrippée / …...........................Cela fait cent ans que ça dure.

Sicrassus / Ces cafards qui m'attaquent «mourreront» à l'usure.

Agrippée / Ils maintiennent ta gloire, ton armée en émoi,

Et ton grand étendard leur impose ta loi.

Populum / C'est qu'ils ont forcé un passage. Ils sont à vingt kilomètres et demi.

Sicrassus / Mais qui est à leur tête, que je lui fasse sa fête ?

Populum / Nombritule.

Sicrassus / Nombritule ! Cette femelle sauvage sans cesse m'attaque,

Cette furie enrage et me rend insomniaque.

Agrippée / Elle ne connaît pas Sicrassus, qui jamais ne recule !

Sicrassus / Quand avance Sicrassus, l'autre capitule.

Agrippée / Cette femelle là n'est qu'illusion d'optique

Qui ne crânera pas si jamais elle rapplique.

De loin c'est une lionne, mais de près une chatte,

Qui ronronne devant l'homme et lui lèche.. la patte.

Sicrassus / Tu connais bien les femmes, sans doute mieux que moi

Agrippée / Ce que là je proclame, toi tu le sais déjà

Populum / Tu gagneras, seigneur !

Sicrassus / Ton roi gagne à chaque fois, ton roi gagne toujours

Que sortent les carquois ! Qu'on prépare les p'tits fours !

Popolum / C'est pas l'texte. Tu t'es gourré.

Sicrassus / Ah oui. … Que résonnent les tambours !

Populum / Cette barbare infecte aurait juré ta perte.

Sicrassus / La manœuvre est abjecte, j'arracherai sa tête !

Agrippée / Il semble que cette furie l'ignore,

Mais le roi, je te dis, la jettera dehors !

Populum / Elle se meut à la tête d'une féroce armée

Sicrassus / Une femme de tête, j'ai envie de pouffer.

Populum / Il est vrai, o mon roi, que toi seul en impose,

Sicrassus / Et je n'aimerais pas que l'on dise autre chose.

Sicrassus prend une pomme et la lève, prêt à la croquer. Il la regarde

La destinée du monde est toute entre mes mains

Mais cette petite fronde, je la châtierai bien

J'en ferai une victoire et inscrire son nom,

Pour qu'on chante ma mémoire, au fond d'mon pantalon. .. Ah non ! Panthéon !

Populum / Oui mon Roi, mais.. J'ai pas fini les informations..

Sicrassus / (Très en colère) Parle ! Vite ! Qu'y a t-il d'autre que tu me caches ?

Agrippée / Ne ménages pas ton roi ! Il faut que le roi sache !

Delirum / Le peuple se plaint..

Sicrassus / Le peuple se plaint toujours, malgré tout mon amour.

Le peuple, cet ingrat, ne me mérite pas.

Le peuple est basse-cour, au dessus, je tournoie,

Le peuple, ce vautour, mérite ce qu'il n'a pas.

Populum / Ben oui. Mais les impôts.. Le prix des tomates... Les loyers..

Sicrassus / Quelles sont ces foutaises ! Le peuple est un radin ?

Et me mal à l'aise, allez donc faire le bien ?

Populum / Par contre, pour le prix des places au cirque, ils sont d'accord.

Sicrassus / Heureusement qu'ils m'approuvent sur cette augmentation

Sais tu le prix d'une louve ? Sais tu le prix d'un lion ?

Agrippée / Il faut bien que le peuple puisse se distraire ?

Sinon le peuple meugle et te voue aux enfers.

Le peuple aime gueuler et bêler en troupeau.

Sicrassus / Je les ferai chanter, même s'ils chantent faux

Agrippée / Tous ces cancrelats là méritent d'être châtiés.

Quand le fruit ne tombe pas, faut secouer le prunier

Sicrassus / Et toi, Populum, te plaindrais tu du roi ?

L'avis d'un seul sujet en vaut mille pour moi.

Tu représentes mon monde, en petite portion.

Veux tu que je te sonde pour ma compréhension ?

Populum / Euh.. Non merci.

Sicrassus / Tu es sensé, Populum, et tu comprends vite

Que Grand Roi on me nomme, et que les Dieux m'habitent.

Agrippée / Tu entends, Populum, parle si tu es un homme !

Populum / Euh... Y'a aussi la flotte..

Sicrassus / La flotte ! Mets moi au courant ! Dis le moi maintenant !

Populum / La digue..

Sicrassus / La digue ! La digue, dis-tu ? La digue du quoi ?

Populum / La digue du port.

Agrippée / Qu'as donc cette digue pour que tu trembles encore ?

Populum/ La digue est en train de céder. A cause de la pluie.

Sicrassus / Tes mots annoncent des maux, tes mots annoncent le pire !

Qu'on assèche cette eau qui se veut m'envahir !

Qu'on répare cette digue ! Qu'on me fiche la paix !

Que la mer à mes pieds s'arrête de monter !

Populum/ Justement, elle s'arrête pas.

Sicrassus / Mais dis moi comment est-ce que c'est-y que cela se fait ?

Voici l'eau qui m'agresse et qui veut me noyer.

Agrippée / Elle manque pas d'culot, l'eau.

Populum / D'habitude, elle monte, puis elle redescend. Mais là, elle refuse.. A cause du volcan..

Sicrassus / Le volcan ?

Populum / Le volcan s'est réveillé. Alors, il se réveille dans la mer. Ensuite, la mer monte. A cause du tremblement de terre.


Sicrassus / Un tremblement de terre, je n'ai rien ressenti.

Populum / Cette nuit

Sicrassus / Cette nuit ! (A Agrippée) Et vous, O ma très chère, l'avez vous bien senti ?

Agrippée / J'ai rien senti du tout !

Populum / Sans compter ce qu'on va se prendre sur la tête..

Sicrassus / Qu'est-ce qu'on va se prendre ?

Populum / …........... Toute une pluie de cendres !

Sicrassus / Le chaos s'installe et je suis au milieu !

Le volcan ne dort plus, je suis maudit des Dieux !

Cette vieille cheminée se remet à fumer

Scène 3 : Populum / Ambitiède / Sicrassus / Agrippée / Populum / Femme de ménage

La femme de ménage entre et passe l'aspirateur. Sicrassus hurle

Les barbares s'approchent, et veulent nous tuer,

Sans compter tout ce peuple qui se dit malheureux,

Et veut se révolter à cause du prix des œufs.

Populum / (A la femme de ménage) Vous pouvez pas aller faire ça ailleurs !

Femme de ménage / (Elle arrête l'aspirateur) Comment ?

Sicrassus / Vous voyez pas qu'on travaille ?


Femme de ménage / Et moi, je suis en vacances ?

Populum / Vous pouvez revenir dans deux heures ?


Femme de ménage / Si je fais pas mon boulot, qui c'est qui va m'payer ?

Agrippée / C'est pas bête

Sicrassus / Mais enfin, nous, on fait du théâtre. Et on n'fait pas du théâtre en même temps que l'ménage !


Populum / J'ai une idée !


Sicrassus / Comment ça ?


Populum / Si on lui donnait un p'tit rôle..

Sicrassus / Un p'tit rôle, mais... (A la femme de ménage) Avez-vous fait le Conservatoire ?

Femme de ménage / Des conserves, j'en fait mais j'savais pas qu'y'avait un Conservatoire.

Populum / Vous allez jouer avec nous.

Femme de ménage / Moi, jouer ? Faut coucher ?

Sicrassus / On n'est pas toujours obligé de coucher pour jouer au théâtre..


Agrippée / C'est ça... (Agrippée fait la moue)


Femme de ménage / Parce que si faut coucher, faut d'abord que j'demande la permission à mon copain.

Populum / Elle a quelque chose, vous ne trouvez pas ?

Sicrassus / C’est sûr, elle a quelque chose..

Populum / Vous jouerez une esclave. On a toujours besoin d'une esclave dans une tragédie.

Femme de ménage / Une esclave. C'est quoi que j'fais ?

Populum / La même chose, sauf que de temps en temps, suffit de dire : Oui maître.

Agrippée / Ou, oui maîtresse.

Femme de ménage / Combien que j'vais être payée ?

Populum / On vous donnera un cachet.


Femme de ménage / Je suis pas malade !

Populum / Un cachet, c'est du pognon. Ça s'appelle comme ça au théâtre.


Femme de ménage / Du moment que y'a du pognon, j'veux bien essayer. Et qu'est-ce que j'fais ?

Populum / Vous passez le balai

Femme de ménage / Je vais jouer une femme de ménage ?

Populum / Non. Vous jouez un esclave, ça change tout.

Femme de ménage / Mais j'ai un aspirateur.


Sicrassus / Les romains n'avaient pas d'aspirateur.

Femme de ménage / Et pourquoi ?

Agrippée / Ils n'avaient pas l'électricité.

Femme de ménage / Et sinon, à part le balai ?

Populum / Vous ferez éventail.

Femme de ménage / Mais, je suis pas un éventail.

Populum / Vous agitez.

Femme de ménage / Je joue une «agitateuse» ?

Populum / C'est très important. Vous éventez le roi. Tenez, prenez cet éventail.

Femme de ménage / Avec ça ?

Populum / C'est très simple (Il lui montre) Comme ça.

Femme de ménage / Fastoche ! Ah ! Pendant que j'y pense. Quand les acteurs entrent sur la scène, j'aimerais bien qu'ils s'essuient les pieds.

Sicrassus / Un roi ne s'essuie pas les pieds.


Femme de ménage / J'veux pas l'savoir ! Parce que moi, si y'a bien un truc qui m'énerve, c'est quand qu'on s'essuie pas les pieds ! J'pourrais tuer quelqu'un qui s'essuie pas les pieds !

Populum / Bon.. D'accord..

Femme de ménage / Parc'que moi, faut pas m'chercher !

Sicrassus / Quel tempérament ! Quel fougue !

Femme de ménage / Finalement, c'est pas dur, le théâtre.

Populum / Bien. On reprend la scène, à «Le volcan s'est réveillé.»

Sicrassus / Ok !

Populum / Le volcan s'est réveillé. Alors, il se réveille dans la mer. Alors, la mer monte. Sans compter ce qu'on va se prendre sur la tête..

Sicrassus / Cette vieille cheminée se remet à fumer

Les barbares nous approchent, et veulent nous tuer,

Sans compter tout ce peuple qui se dit malheureux,

Et veut se révolter à cause du prix des œufs.

La femme de ménage évente.

Populum/ (Chuchoté) J'ai autre chose à t'apprendre

Sicrassus / Quoi ?

Populum / …........ Pardon ?

Agrippée / …....................... Comment ?

Femme de ménage / …......................... Hein ?

Sicrassus / …....................................... Mais que veux tu me dire ?

Viendrais tu jusqu'à moi pour m'annoncer le pire ?

Populum / (Chuchoté) J'ai autre chose à t'apprendre..

Sicrassus / Plus fort ! Pourquoi faut-il toujours que je t'en prie encore ?

Femme de ménage / (Elle évente le plus possible) Oui, maître.

Sicrassus / Mais non. Pas vous !

Femme de ménage / Ah ben si on m'cause pas, je joue plus.


Sicrassus / C'est à lui que je parle, pas à vous.


Femme de ménage / Forcément. Parler à un esclave, ce s'rait étonnant...

Populum / Le texte ! Le texte ! On reprend !

Sicrassus / Plus fort ! Pourquoi faut-il que je t'en prie encore ?

Populum / Euh.. Y'a...

Sicrassus / De l'allemand ! Que viens faire ici l'allemand ?

Populum / Non ! Y'a.. Typhus ! Y'a l'Typhus qui complote dans ton dos.

Sicrassus / Typhus cet infâme complote.

Que projette contre moi cette tête de glotte ?

Cet ignoble virus, si chéri en mon sein.

Cette tête d'anus, je la couperai bien.

Populum / Il dit des choses..

Sicrassus / Des choses ? Des choses qui m'indisposent, je suppose.

Femme de ménage / Là, pendant qu'y s'passe rien, je peux aller chercher un costume ?

Populum / Un costume ? ..

Femme de ménage / Oui. Parce que j'pense que ça mettrait l'esclave en valeur.

Populum / En valeur ? Ah oui.. C'est ça.. Allez vous rhabiller..

La femme de ménage part

Scène 4 : Populum / Agrippée / Sicrassus / Ambitiède

Populum / On reprend ! Il dit des choses !

Sicrassus / Des choses qui m'indisposent, je suppose ?

Populum / Ben.. C'est pas sympa..

Sicrassus / On peut dire sur moi, mais jamais ne médire,

Car la colère d'un roi peut être cent fois pire.

Populum / Typhus dit que tu ne peux avoir d'enfants..

Sicrassus / Ah le sale immondice. Que dit donc cette raclure ?

Je n'aurai pas de fils ? Aucune progéniture ?

Populum / Ben.. C'est un peu ça..

Sicrassus / Je ne peux faire des enfants. Serai-je donc impuissant ?

Agrippée / Euh.. Si je puis me permettre..

Sicrassus / Ne vois tu pas que le roi parle entre hommes.

On ternit mon éclat ! On me dé-perfectionne !

Populum / Alors forcément, sans héritiers, le royaume..

Sicrassus / Je connais la chanson que chantait mon tonton :

«Sans un mâle héritier, c'est ton abdication».

Populum / Typhus dit que ça pourrait venir de toi..

Sicrassus / Tu peux répéter..

Populum / Ben..

Agrippée / Si je puis me permettre..

Sicrassus / Tais toi donc Agrippée ! C'est Typhus tout craché,

Ce chien veut me moquer, ce chien est enragé

Cynisme ou bien bêtise, ou les deux à la fois,

Mais ces sombres vocalises n'ont pas d'effet sur moi.

Si encore il le clame, qu'il redoute mon courroux,

Ce Typhus, je le crame, le messager itou.

Populum / Ben... En fait il a pas sa langue dans sa poche..

Sicrassus / J'étouffe ! Je suffoque ! À ces couards bavardages !

Je «mourrerais» peut-être des suites de cet outrage !

Populum, est-ce bien ça que tu viens de me dire ?

Penses y à deux fois, et prends garde à mon ire !

Populum / Ben.. Tout réfléchi.. Il l'a p't'être pas dit.


Sicrassus / Jamais une seule femme, de moi, ne s'est plainte,

Critiquant mes émois, rabaissant mes étreintes,

Sicrassus est puissant, un puissant de la terre,

Ceux qui ne le croyaient pas, maintenant sont sous terre.

Agrippée / Je veux bien o mon roi que d'autres tu caresses,

Mais je te vois aussi t'occuper de mes nièces.

Sicrassus / Le peuple réclame un fils, je dois m'y atteler,

Je m'offre en sacrifice, il me faut m'perpétuer.

Mais il n'y a pas qu'elles, c'est là tout mon devoir,

Qu'elles soient moches ou belles je m'y mets tous les soirs.

Agrippée / Et l'midi ?

Populum / (Sur l'air de Félicie) Et l'midi, aussi !

Sicrassus / C'est nul.

Agrippée / Populum, il est temps que tu te retires !

Sicrassus / C'est cela, fous le camp, ça pourrait mal finir..

Populum s'en va

Scène 5 : Sicrassus / Nicomac / Ambitiède

Nicomac fait son entrée. Elle s'arrête auprès d'Ambitiède.


Nicomac / On ne m'annonce pas ?

Ambitiède / Vous êtes qui ?

Nicomac / La mère du roi, imbécile.

Ambitiède / Et c'est comment votre petit nom ?


Nicomac / Nicomac ! Tu veux une claque ?

Ambitiède / (Il cherche dans ses tablettes puis la trouve) Euh. Madame Nico.. mac ! La mama, la maman de Sicrassus Cursus Focus. Euh.. «Gloire à Sicrassus ! Fils de Gros..Rumus et de sa mère ! Petit cousin de Pompigénie du côté de son père, Grand roi parmi les Rois ! Qui commande à nos vies, et règne un peu partout !»

Sicrassus / Maman !

Nicomac / Qu'on me laisse avec mon fils ! J'ai deux mots à lui dire.

Sicrassus / Votre allure directrice nous annonce le pire.

Ambitiède s'en va

Nicomac / Pas toi, abruti !

Agrippée / Madame mère..

Nicomac / C'est ça, pauvre pimbêche, cesse ces sala.. salala.. "salulémecs" ?

Sicrassus / Salamalecs !

Nicomac / Avec ton teint de pêche, va t'faire voir chez les grecs !

Agrippée / Votre santé est pour moi le plus grave des sujets.

Nicomac / De ce que tu me dis là, nul besoin d'en douter.

Sicrassus / Euh.. Je ne vous attendais pas de si tôt, mère.

Nicomac / Je ne suis pas Homère, je ne suis que ta mère.

Et je n'viens pas de Cîteaux, car je viens de Cythère.

Sicrassus / Désolé pour ce garde qui vous a «t'annoncée ?»

Nicomac / Ne vous excusez pas, j'ai «z'à» peine écouté.

Sicrassus / Qu'est-ce que ce soldat qui se croit fonctionnaire ?

Il mérite cent fois de s'asseoir aux galères.

Nicomac / Encore un pistonné ! Le fils d'un sénateur ?

Sicrassus / Celui d'un bijoutier, qui m'envoyait des fleurs.

Nicomac / On n'est plus protégé, on ne peut plus compter

Sur un garde dévoué, qui se ferait tuer.

Même sur le marché, on ne trouve plus d'esclave,

Qui soit tout disposé, à finir en cadavre.

Sicrassus / Si ça vous fait plaisir, je peux le faire occire,

Le fait de périr le fera réfléchir.


Nicomac / Surtout ne fais pas ça, ce serait une bêtise.

Mon fils, il ne faut pas gâcher la marchandise.

Sicrassus / Assurément cet homme mérite une punition.

Il déshonore en somme toute sa garnison.

Nicomac / Envoie moi le ce soir, il fera garde de nuit.

Je dormirai mieux s'il reste près de mon lit.

Mais il faudra sûrement que longtemps je l'éduque.

Sicrassus / Ma pauvre chère maman, ce garde est un eunuque.

Nicomac / Je me disais aussi qu'il lui manquait un truc.

Sicrassus / Dans ce cas là, hélas, la chose devient caduque.

Nicomac / Quel dommage que cela, et quelle immense tristesse !

C'eut été une joie qu'il s'occupe de mes siestes.

Sicrassus / Vous êtes si bonne ma mère, et tellement généreuse.

J'aimerais tant vous plaire, ne soyez pas moqueuse.

Comme vous je pardonnerai, je ferai des poèmes,

Il prend une lyre et s'accompagne avec

Je me réinventerai, je changerai le système.

Je donnerai du lait, généreux comme une vache,

Du non pasteurisé, j'accomplirai ma tâche,

Je crierai «Je vous aime ! Je suis à votre service !»

Je ferai de la crème, je donnerai des saucisses,

Distribuerai mes biens, et toute ma richesse

J'irai par les chemins, tout empli d’allégresse.

Nicomac / Mais ça va pas la tête !

Sicrassus / Plaît-il ?

Nicomac / T'es malade ?


Sicrassus
/ Je suis las.


Nicomac
/ Moi aussi, je suis là

Sicrassus / Mais non ! Je suis las, mais sans accent grave

Et de plus en plus las, quand le péril s'aggrave.

Nicomac / On ne lâche rien ! On garde tout pour nous !

Sicrassus / Parfois cela me pèse, et je deviens tout mou.

Je serai plus à l'aise en n'foutant rien du tout.

Le devoir d'être roi n'est pas de tout repos,

Et je n'ai que deux bras..

Nicomac /................................ Mais as tu un cerveau ?

Sicrassus / Tout autour on chuchote, on conspire, on complote,

Il y'a vraiment des jours où j'en ai plein les bottes !

On me casse sans arrêt du sucre sur le dos,

On veut me faire passer pour le roi des idiots.

Nicomac / Allons ! Voyons mon fils, un roi on le dénigre,

Un roi est fait pour ça, le peuple aime l'intrigue

S'en prendre à ceux qui sont tout au dessus de toi,

Cela est tellement mieux que de s'en prendre à soi.

Moi, même je le sais, je suis très critiquée,

Je sens bien dans mon dos ces petits quolibets,

On va même jusqu'à dire que je suis tyrannique !

Que je ferais souffrir, je serais colérique.

Colérique moi ? Mais qui pourrait y croire ?

Y'a pas plus sympa qu'moi ! Ce sont tous des ignares.

Je les ferais griller, couper en p'tits morceaux,

Je les ferais jeter, bouffer par les pourceaux..

Pendant ce temps, Ambitiède va en coulisses puis revient avec une chaise. Il s'assoit.

Sicrassus / Mais calmez-vous ma mère, prenez votre pilule !

Revenons à mon affaire, car la crapule pullule

Un bon petit calmant avec un verre d'eau.

Buvez très lentement... (Elle boit)

Nicomac / …........................... Au fait, à propos d'eau ?

Il paraît que l'on coule. Bientôt dans ce palais,

On pêchera des moules, on pourra naviguer.

Sicrassus / Sans compter le volcan qui maintenant «refume».

Tout devient menaçant, même le prix des légumes.

Nicomac / Et ces gros sénateurs qui se disent perspicaces,

Qui vendraient leur belle sœur pour être à ta place,

Sicrassus / N'oublions pas Typhus, et ses sombres dessins,

Qui parle de consensus et qui n'en pense rien.

Nicomac / Cet homme a l'âme si basse qu'il veut être tout en haut.

Je pense que sa place se trouve au cachot.

Sicrassus / Mère, si..

Nicomac / Y'a pas d'quoi.

Sicrassus / Non mère ! Mère, virgule, si tout le temps j'enfermais, les cachots seraient pleins

Il faut bien gouverner, ces petits moins que rien.

Et puis je ne peux pas tous les jeter aux lions

Qui serviraient le roi, sinon ces cornichons !

Nicomac / Tous ces menteurs te flattent et ils ne valent rien.

Ils disent se mettre en quatre, te lèchent comme des chiens.

Nicomac / (Elle s'aperçoit qu'Ambitiède est assis) Mais qu'est-ce qu'il fout !

Ambitiède cherche des yeux à qui elle s'adresse

Sicrassus / Qu'y a t-il mère ? Qu'est est l'objet de votre colère ?

Nicomac / Pendant qu'il y est, il n'a qu'à se coucher ?

Ambitiède continue à chercher des yeux

Sicrassus / Ah d'accord. Monsieur est déjà fatigué.

Nicomac / Tu cherches à saboter la pièce ?

Ambitiède / J'ai pensé qu'assis, ça pouvait l'faire.


Scène 6 : Populum / Agrippée / Sicrassus / Ambitiède

Pompulum entre, affolé

Populum / Qu'est-ce qu'y s'passe ?


Agrippée / Monsieur est fatigué.


Populum / (Chuchoté) C'est le fils du propriétaire..

Agrippée / Ah bon ? Alors, il peut jouer couché si c'est trop dur.

Populum / Ok. Alors, tu t’assois là, et de temps en temps, quand tu l'sens, t'hésites pas à te lever. Bien, on reprend. Acte 1 ! Scène 7 / Entrée de Typhus !

Scène 7 : Sicrassus / Populum / Ambitiède / Agrippée / Populum / Typhus

Typhus entre sur scène

Ambitiède / Typhus. Grand Sénateur. Grand admirateur de Sicrassus. «Gloire à Sicrassus ! Fils de Grosrumus et Nicomac ! Petit cousin de Pompigénie du côté de son père, etc, etc..

Sicrassus / Mon Typhus ! Mon ami ! Quel bon vent t'amène ici ?

Typhus / Hé Robert ? Y'a une fuite d'eau dans la salle de bains.

Sicrassus / T'es au courant qu'on répète ?

Typhus / C'est pas moi, c'est ta femme. Elle a téléphoné au théâtre. Faut qu'tu la rappelles.

Sicrassus / Mais elle m'emmerde !


Typhus / Elle demande si faut qu'elle appelle le plombier ?

Sicrassus / Mais forcément qu'il faut l'appeler le plombier ? Elle va pas appeler un garagiste ! Elle m'emmerde avec ces histoires de tuyaux. Me déranger en pleine répet. Bon.. j'y vais.. (il sort)

Populum / Mais où tu vas ? Et la pièce !

Sicrassus / Vous pouvez répéter sans moi. Je connais mon rôle, moi ! (Il part)

Populum / Ben moi, je vais faire une pause.

Agrippée / Mais comment on fait sans le metteur en scène ?

Populum / Vous vous démerdez !

Agrippée / Mais ! Ma grande scène !

Populum / La grande scène, c'est vite dit. Allez, salut les ringards !

Je vais m'en j'ter un p'tit, vous me trouverez au bar. (Il part)

Scène 8 : Ambitiède / Typhus / Agrippée

Agrippée / Non, mais t'as vu ça ! Pour qui ça s'prend ! Ça joue comme des manches, ça se croit à la Comédie française !

Typhus / Et l'autre. Si c'est le roi ici, chez lui, il joue les carpettes.

Agrippée / L'autre jour, sa femme l'a appelé pour la machine à laver, y'a toujours un truc qui va pas chez elle.


Typhus / Remarque, si ça s'trouve, peut-être qu'avec le plombier.

Agrippée / A son âge ?

Typhus / Y'a pas d'âge.. «Le volcan ne dort plus, je suis maudit des Dieux ! Cette vieille cheminée se remet à fumer.»

Agrippée / Elle n'a pas la tête à ça.


Typhus / Y'a pas que la tête..

Agrippée / Elle est jalouse. Forcément, des femmes qui jouent avec son mari, ça l'énerve.

Typhus / Le jour de la première, elle est capable de téléphoner. Je vois la scène. (Imitant Sicrassus)

Jamais une seule femme de moi, ne s'est plainte,

Critiquant mes émois, rabaissant mes étreintes,

Agrippée / Robert ! Y'a une fuite au radiateur ! Faut-y qu'j'appelle le plombier ?

Typhus / C'est comme si c'était fait, ma douce, mon petit bout de cœur.

Mais que fait un plombier devant un radiateur ?

Agrippée / J'entends bien, mon amour, ta remarque simpliste,

Mais cet homme est plombier et aussi chauffagiste.

Ambitiède / Je peux faire une pause ? S'il vous plaît ?

Agrippée / Mais bien sûr. Toi, t'as un p'tit rôle.

Ambitiède / J'ai rien à dire.

Typhus / Rester sans rien dire c'est le plus dur au théâtre. Tout le monde te regarde. Les gens s'interrogent. «Pourquoi qu'y dit rien. Qu'est-ce qu'y fout là ?» Alors le plus important c'est de sentir la scène. Suffit de regarder le public et t'en fais c'que tu veux du public. Tiens, regarde comment je regarde. (Typhus regarde la salle). .. Le théâtre, c'est pas compliqué. Et puis toi, t'as un truc, tu dégages.


Ambitiède / Je dégage quoi ?

Agrippée / Le plancher ! (Elle rit) Tu dégages !


Ambitiède sort, vexé..

Ambitiède / Moi je voulais faire du rugby..

Scène 9 : Typhus / Agrippée / Femme de ménage

Agrippée / Quand on n'a pas d'talent, on a un papa.

Typhus / Le fils du propriétaire ! Et après on s'étonne que les gens n'aillent pas au théâtre.

Agrippée / Si ça s'trouve, il est là pour espionner.

Typhus / Tu crois qu'il écoutait ?

Agrippée / Nous deux ?

Typhus / Et après, je vais tout dire à papa.

Agrippée / T'imagines, s'il racontait tout à ta femme. Mais quelle idée aussi t'as eu de jouer avec ta femme !

Typhus / C'est pas moi. C'est l'proprio qu'a voulu. Josette est très bien avec. Et puis, c'est aussi un peu grâce à ma femme si je joue.

Agrippée / Remarque ! Ta femme dans Nombritule, c'est complètement Josette ! Pour jouer les cinglées, ta femme, c'est la femme idéale

Typhus / Quand même c'est risqué. Si elle nous tombe dessus, on est mal.

Agrippée / Comme ça, elle sera au courant.

Typhus / Je t'ai déjà dit, on ne quitte pas sa femme comme ça. Ma femme, c'est quand même un être humain.


Agrippée / Alors, moi, je suis quoi, moi ?

Typhus / Allons, ma bichounette...

Agrippée / La bichounette, elle en a ras l'bol !


Typhus / Bon. D'accord, t'as raison, mais là, faut qu'on répète.

Agrippée / Ok. Mais on en r'causera


Typhus / Surtout que cette scène là, elle est super. Le type qui l'a écrit, c'est un génie. Le mec, il a tout compris. Je résume le tableau : Agrippée, la femme délaissée.........,

Agrippée / Mais où y'a rien à j'ter.

Typhus / Et en face... le méchant, le vicieux, le traître.. Moi.

Agrippée / Typhus, cette petite ordure, convoite Agrippée, la reine et l'épouse de Sicrassus.

Typhus / C'est normal, c'est à peine s'il s'en sert.


Agrippée / Seulement, Sicrassus a sa fierté. Un roi ne peut être cocufié.

Typhus / J'adore la scène de la déclaration.

Agrippée / (Prenant la pose) O mon beau Typhus, que viens tu m'faire ici ?

Typhus / Je passais dans l'coin. Le patron n'est pas la ?

Agrippée / Ah non ! La scène d'amour, faut que tu la joues à fond !

Typhus / Agrippée ! O ma reine, le roi est il ici ?

Agrippée / Non le roi n'est pas là, et encore moins ici,

Mais où que le roi soit, il est toujours chez lui.

Typhus / Ok, poupée. (Ppuis prenant la pose)

Cette petite voilerie te va comme une merveille

Tout mon cœur en frémit, les sens se réveillent.

Agrippée / De grâce, mon Typhus, reprends donc tes esprits

Ton beau petit laïus me trouble moi aussi

Mais te rends tu bien compte, qu'un jour le roi l'apprenne,

Et c'en serait fini, de toi et de ta reine.

Typhus / Je mesure à tes mots l'étendue du danger.

Mais je mesure aussi ceux de tes attraits.

Car c'est plus fort que moi, je n'puis me retenir

Pendant ce temps, la femme de ménage entre, costumée en lapin. Elle passe le balai. Les deux acteurs la regardent, puis s'arrêtent de parler.

Agrippée / C'est quoi ce déguisement ?


Femme de ménage / J'ai trouvé ça dans les loges. En plus, c'est ma taille.

Typhus / On est à l'époque romaine, les lapins n'ont rien à faire dans cette histoire.


Femme de ménage / Quand j'étais petite, j'aimais bien me déguiser en lapin.

Typhus / En plus, c'est mon costume.

Agrippée / Ton costume ?

Typhus / Après la répet, je fais un lapin pour un anniversaire.

Agrippée / Tu fais un lapin ?

Typhus / C'est pas avec cette pièce à la con que j'vais payer mon loyer !

Agrippée / Je l'crois pas.

Femme de Ménage / Qu'est-ce que je fais, moi ?


Agrippée / Vous continuez en lapin, mais à la prochaine scène, vous changez de costume.

Typhus / Faîtes gaffe ! C'est ma tenue d'scène !

Femme de ménage / D'accord, je, changerai plus tard. J'trouverai bien un truc à ma taille.

Agrippée / (Chuchoté) Je vais la tuer. .. Bon !

Arrête là Typhus, de toi, je crains le pire.

Typhus/ Ta bouche, tes yeux, ton.. nez, j'y pense toutes les nuits

Laisses-moi te toucher, car je viens en ami.

Agrippée / En ami, tu es sûr ? Ferais tu plutôt mine ?

Typhus / En amour mais bien sûr, j'disais ça pour la rime.

Tu es tellement trop belle, je ne trouve pas les mots

Veux tu palper mon bras, et voir comme il est chaud.

Agrippée / Si le bras est ainsi, qu'en est-il de.. Tes mains ?

Typhus / Ôte cette dentelle, je trouv'rai le chemin

Femme de ménage / Pour mon rôle, ça va ? J'en fais pas trop ?

Agrippée / C'est super. Continuez le balayage !

Typhus / Pendant que nous.. Faisons le bavardage.

Agrippée / Du calme vaillant Typhus ! Modère ton ardeur !

Le roi pourrait entrer, je ne suis pas ta sœur.


Typhus / Que m'importe Sicrassus ! Que m'importe ce tyran !

Ce vieux diplodocus y laissera toutes ses dents.

Un mot de toi, ma reine, d'un coup je le trucide,

L'amour mène à la haine, pourquoi pas l'homicide ?

Agrippée / Tes paroles inconscientes, me rendent toute chose,

Elles me semblent démentes, mais utiles à ma cause ?

A ta proposition, O Typhus, j'hésite,

Ça mérite réflexion, la chose n'est pas fortuite.

Typhus / Ta vue quand je la vois tout en moi fait grandir

Mes espoirs et la joie d'être ton avenir.

Laisse moi Agrippée, «paretager» ta couche,

Te pincer tout ton nez, respirer par ta bouche

Te faire chanter la nuit, te faire chanter le jour,

Te garder dans mon lit, dans un grand nid d'amour.

Agrippée / Mon valeureux Typhus, ainsi tu veux me prendre,

Mais si quelqu'un entrait, il pourrait nous surprendre.

Typhus / Je sais que mon amour n'a rien de raisonnable

Mais tu ne sais pas encore de quoi je suis capable

Agrippée / Ce serait plus pudique que de moi tu t'éloignes

Typhus / Tu es mon Amérique, mon grand mât de cocagne

Agrippée / Tu devrais m'adorer avec moins de passion

Typhus / Comment puis-je t'aimer avec modération ?

A peine je t'entrevois, je suis fou de désir

Et quand je n'te vois plus, c'est au moins deux fois pire

Je me ferais fouetter, pour toi jusqu'aux galères,

Je ne veux que t'aimer, le reste m'indiffère

Agrippée / Je me sens défaillir, je redoute ma conduite,

Mais s'il faut en finir, finissons en tout d'suite !

Typhus / Vite fait sur le gaz...

Agrippée / Arrête de faire des phrases !

Femme de ménage / J'vais p't'être y'aller, moi.. (Elle crie et part) Bon, j'vais chercher un costume ! (Elle sort et croise Nombritule qui entre) Bonsoir madame..

Scène 10 : Nombritule / Typhus / Agrippée / Femme de ménage

Agrippée / Ras l'bol du protocole !

Typhus / Fait chauffer la cass'role !

Nombritule entre, ils ne la voient pas.

Agrippée / Mais Typhus, lâchez moi, laissez-moi m'en aller !

Je n'peux faire ça au roi, je suis femme dévouée.

Typhus / Tu ne fais rien au roi, c'est à moi que tu l'fais !

Agrippée / Bon mais alors juste une fois, mais faut pas r'commencer !

Typhus / Je te prie d'm'excuser, j'étais ensorcelé

Agrippée / Mais non, continue ! Pourquoi t'arrêter au milieu d'la bataille ?

Typhus / Majesté, je ne peux, ce serait la pagaille.

Agrippée / De ton grand dévouement, je ne peux point douter,

Mais pour le petit agrément, tu te ferais prier ?

Typhus / C'est que vois tu, ma Reine, la guerre est déclarée.


Agrippée / Ah c'est vrai, j'oubliais, le Roi m'en a parlé.

Typhus / Mais que veut donc le Roi maintenant ? Veut-il que je lève le camp ?

Agrippée / Le roi veut que tu tues.. Que tu tues Nombritule.

Typhus / Moi, tu er Nombritule ?

Agrippée / Cette horrible pustule ?

Typhus / Vous êtes sûre ?

Agrippée / Vas t'en écrire l'histoire, en lettres majuscules !

Typhus / Je cours, je vole, je m'range, bref, en deux mots je pars.

Je relève le challenge, et tuerai cette barbare.

Nombritule / (Elle applaudit) Oh c'est beau. On s'y croirait.

Typhus / Josette ! T'étais là ?

Nombritule / Vous êtes à fond.

Typhus / On a vachement bossé. Euh.. Ça va ma chérie ?

Nombritule / Votre scène est super..

Agrippée / Des fois, ça du mal à rentrer.

Typhus / Et toi avec le rôle de Nombritule, t'as été servie. ..

Nombritule / C'est vrai. Jouer les méchantes, c'est dur quand t'es une femme.

Typhus / Les femmes peuvent tout jouer.

Nombritule / (Très théâtrale) Moi, je ne joue pas, je m'amuse.

Agrippée / Sinon, tu trouves pas qu'il me serre un peu trop quand il joue


Nombritule / Oh ben non. Faut qu'on y croie.

Agrippée / Alors, là ça m'fait plaisir que tu m'dises ça

Nombritule / J'aimerais bien jouer comme toi. Parce que c'est pas facile de jouer une salope.

Femme de ménage / (Elle paraît, emballée dans des rideaux) Ça va ça, comme costume ?

Typhus / C'est super. Mais vous ne jouez pas là.

Femme de ménage / Ah bon ? Je joue plus ?


Typhus / Non. Vous jouez après. Vous faîtes l'armée de Nombritule.


Femme de ménage / Faut que je fasse l'armée ? Mais j'ai même pas mon permis d'chasse.

Typhus / C'est rien du tout. Vous accompagnez Nombritule et vous l'escortez.


Femme de ménage / Ah bon ? Bon, et bien j'y r'tourne ! (Elle part) Faut tout faire dans cette boîte..

Nombritule / C'est quoi ça ?


Typhus / C'est rien. C'est une amateuse. Faut pas y faire attention. Bon, on reprend.

Nombritule / (A Agrippée) Tu disais.. ?

Agrippée / Tu pouvais avoir le rôle. Moi, je voulais bien jouer Nombritule.


Nombritule / Jouer des scènes d'amour avec son mari, c'est pas pareil. Moi j'aime pas faire semblant.

Agrippée / C'est pas faux.

Typhus / Ta scène, quant tu envahis le palais. Ça aussi, c'est fort.

Nombritule / Moi j'aurais aimé jouer la scène de Viviane.

Agrippée / Cupidine ?

Nombritule / Jouer les traînées, ça a toujours été mon rêve.

Agrippée / Pourquoi tu dis ça ?

Nombritule / Viviane joue Cupidine, et Cupidine, c'est quoi ? Elle couche avec le roi, elle couche avec tout c'qui bouge. Alors c'est quoi ?

Agrippée / C'est une femme.

Nombritule / C'est pas une excuse.


Agrippée / C'est une femme libre.

Nombritule / En tout cas, Viviane, elle est faite pour le rôle. Cupidine, c'est elle.

Cupidine (Viviane) entre

Agrippée / (enjouée) Viviane !

Nombritule / Bon. Faut qu'je m'prépare. Allez, à toutes.

Nombritule sort et croise Viviane. Elles se saluent

Nombritule / Un bisou ?

Cupidine / Va chier..

Scène 11 : Cupidine / Typhus / Agrippée

Cupidine fait la bise à Agrippée, puis à Typhus.

Cupidine / Attention à mon maquillage...

Agrippée / On s'inquiétait ?

Cupidine / Et Sicrassus ? Il est pas là ?


Agrippée / On a juste un petit problème. Sa femme l'a appelé.


Cupidine / Encore ?

Typhus / Un problème de robinet.

Agrippée / Il ne devrait pas être trop long.


Cupidine / J'espère.. Parce que j'ai pas que ça à faire. J'ai un casting après. Un rôle pour une pub sur des paquets d'pâtes.

Typhus / Des pâtes ?


Cupidine / Le cinéma, y'a qu'ça. En attendant, je vais en profiter pour me concentrer. Parce que moi, je ne peux jamais jouer à froid. Faut que j'm'intériorise.

Typhus / C'est ça, reste à l'intérieur. En attendant, nous on va sortir cinq minutes. Allez, hop, tout l'monde au bar !

Cupidine cherche la pose idéale, se fige en statue puis attend. Quelques secondes passent, la lumière s'éteint.

Cupidine / Qui c'est qu'a éteint ? Ça s'voit pas que j'répète ? …. Lumière ? Je vais pas y passer la s'maine ! .. Alors ça vient ? .. Y'a quelqu'un ? …

Populum vient sur la scène et s'adresse au public.

Populum / Mesdames et messieurs, la direction du théâtre a le plaisir de vous offrir quelques minutes d'entracte. Allez, hop, les ringards ! Tout l'monde au bar !

ACTE 2

Scène 1 : Cupidine / Nicomac

Cupidine est toujours figée en statue. Nicomac entre

Nicomac / Comme cela est bizarre ! Serais tu en train de sécher ?

Pourtant je ne vois rien qui me paraisse mouillé.

Cupidine / Pas du tout, c'est de l'art, on veut faire mon portrait

Nicomac / Te graver dans la pierre ? C'est là une drôle d'idée.

Cupidine / Je m'entraîne à prendre la pose, quelqu'un veut me sculpter

Nicomac / Ce quelqu'un je suppose, doit être mon fils aimé ?

Cupidine / Votre remarque est très fine, il m'en a suppliée.


Nicomac / Quand une femme est une dame, elle évite de l'montrer.

Cupidine / Ce n'est pas de ma faute si je suis regardée.

Nicomac / Souvent ne rien montrer éveille l'intérêt.

Cupidine / Quand on est une femme, on s'en trouve flattée.

Nicomac / Une femme n'a pas besoin d'être ainsi exposée !

Cupidine / Il est vrai que parfois, il vaut mieux se cacher..

Nicomac / Bien entendu, mon fils ne regarde pas à côté

Cupidine / Il ne saurait point ne point voir ce qu'il a sous le nez.

Nicomac / Mon fils a une femme, c'est déjà bien assez

Cupidine / Ce n'est pas de ma faute, si ses yeux étonnées

Ont vu en moi une autre qui l'a intéressé.

Nicomac / Pourtant, il y a tant d'hommes

Cupidine / …........................... Mais pas autant de rois

Nicomac / L'aimes tu comme un homme ?

Cupidine / …........................... En vrai, je l'aime deux fois

Nicomac / C'est plus facile de plaire, ça l'est moins de rester.

Tu feras moins la fière quand il sera lassé.

Cupidine / Je ne l'crois pas madame, de moi le Roi est fou

Il veut m'avoir comme femme, il veut me voir partout.

Nicomac / Prends garde Cupidine !

Cupidine / …............................ Est-ce là une menace ?

Nicomac / Ta petite combine laisse partout des traces.

Cupidine / Rien n'éteindra la flamme, du roi pour ma jeunesse.

Nicomac / Méfies toi de ces femmes que leur amant délaisse.

D'autres comme toi ici y ont laissé leurs dents

Cupidine / Il faut mordre le fruit avant d'avoir cent ans.

Nicomac / C'est bien là un dessin d'une sombre arriviste.

Cupidine / Le discours ne vaut rien quand il est moraliste.

Je ne suis pas de celles qui pleurent leur vertu

Nicomac / Tu es plutôt de celles qui s'assoiraient dessus

Cupidine / Je m'assois comme je veux, et personne ne m'en veut.

Nicomac / Et de plus, n'est tu pas la sœur de Nombritule ?

Cette vache enragée avec sa tête de mule !

Cupidine / On n'choisit pas sa sœur, mais on choisit son cœur.

Nicomac / Oui mais sur sa tartine, il y'a beaucoup de beurre

Cupidine / Que ferait donc un roi d'une femme trop beurrée ?

Nicomac / Mon fils à tous les coups n'en ferait qu'une bouchée.

Cupidine / Je veux offrir au roi tout le meilleur en moi

Nicomac / Balivernes que cela, je vais rentrer chez moi.

Cupidine / Allez y donc madame, avec tous mes hommages.

Nicomac / Prépare toi aux larmes, bientôt viendra l'orage.

Cupidine / Je ne crains pas l'éclair, je ne crains pas la foudre !

Quand l'amour est dans l'air, je suis pour en découdre !

Nicomac sort

Nicomac / (Chuchoté) Connasse...

Scène 2 : Cupidine / Populum

Cupidine reprend sa pose

Cupidine / Je suis seule ce soir avec la crève.

Je suis seule ce soir sans son amour

Le «jourre» tombe, ma joie s'a.. chève.

Et tout se brise sous l'abat-jour.

Populum entre


Populum / Oh pardon ! Je croyais que tout le monde était en pause.


Cupidine / Et bien pas moi. Y'a des vraies comédiennes ici.

Populum / Tu veux que je t'aide à répéter..

Cupidine / C'est toi qui me met en scène, non ?

Populum / C'est la scène avec Sicrassus. Je vais te donner la réplique.

Cupidine / Ok ! .. L'amour c'est comme un refrain, ça vous glisse entre les mains

Ça s'en va mais pas bien loin. C'est fait de petits lapins.

Populum / Cupidine ! Ma divine !

Cupidine  / O Sicrassus, je porte encore sur moi ton odeur

Quand tu es là je vis, quand tu t'en vas, je meurs.

Populum / C'est normal Cupidine, je fais tellement d'effet,

Cette nuit fut câline, tes doigts furent de fée.

Cupidine / Il est vrai, je m'débrouille, on me dit même douée,

Populum / Pour l'amour et l'embrouille, y'a pas de sot métier.

Une femme telle que toi m'est tant indispensable

Cupidine / Oui, mais tu ne sais pas de quoi je suis capable..

Tu me l'avais promis, tu répudierais l'autre

Populum / Elle veut rester ici, ce n'est pas de ma faute.

Cupidine / Elle t'aime comme une reine, et moi comme une femme

Populum / Une femme trop en peine, ferait un mélodrame.

Cupidine / Mais si tu dois choisir, viens me choisir, moi.

Populum / Bien sûr, y'a pas photo, mais je n'ai pas le droit.

Cupidine / Alors dis moi pourquoi, cela sert d'être roi ?

Je t'ai ouvert mes draps devant ton impatience.

Tu a pris dans mes bras ma secrète innocence,

Le chemin de mon lit mène aussi à mon cœur

Populum / Qu'est-ce que c'est qu'ces conn'ries, tu n'veux pas mon bonheur ?

Il faudrait donc ainsi que je sois pour toi seul !

J't'ai offert un rubis, j't'ai ach'té des glaïeuls !

Peut-être que je devrais te coiffer d'une couronne ?

Cupidine / Elle est déjà portée par ta chère matrone.

Populum / Je n'ose me séparer.. D'cette saleté d'Agrippée.

Cupidine / C'est l'premier pas qui compte, suffit de l'décider.

Populum / C'est très facile à dire, mais moins facile à faire

Cupidine / Pendant que t'y seras, tu vireras ta mère !

Populum / Mais ! Mais ! Ton discours me bouscule et me rend incrédule

Cupidine / Sinon, j'pourrais quérir, un coup d'main d'Nombritule..

Populum / Nombritule, quelle horreur !

Cupidine / Et elle, ne bat pas l'beurre, mais peut battre ton armée

Populum / Ne nous énervons pas, il vaut mieux nous calmer.

Approche Cupidine, afin que je t'enlace

Cupidine / Mais si la reine vient ?

Populum / …............................... Mais c'est là qu'est ta place..

Cupidine s'approche. Populum l'enlace et se montre insistant

Populum / Je m'en fous de la reine, elle peut aller s'faire voir !

Je m'occup'rai de cette chienne, bien avant demain soir !

Cupidine / Qu'est-ce tu fous ?


Populum / C'est du théâtre.


Cupidine / Du théâtre ? Arrête ton char !


Populum / C'est pour t'aider.


Cupidine / Pour m'aider, mon œil !

Populum / Moi quand je joue, je joue à fond.

Cupidine / C'est pas parce que tu m'as engagée que tu peux tout faire.


Populum / Pense à ta carrière..


Cupidine / Ma carrière ? T'a vu la tienne ?

Populum / Forcément ! Tu préfères Robert. Le grand Sicrassus...

Cupidine / C'est dans la pièce.


Populum / C'est pas que dans la pièce.. Avec le p'tit Robert, je sais bien que vous faîtes des répètes sauvages.

Cupidine / Et alors ! On fait c'qu'on veut.

Populum / Pourquoi tu couches avec un homme marié ? Alors que moi, je suis célibataire.


Cupidine / Justement ! Tu devrais te demander pourquoi t'es toujours célibataire !

Populum / Et la femme de Robert, elle est au courant ?


Cupidine / C'est pas tes oignons.

Scène 3 : Sicrassus / Cupidine / Populum

Sicrassus entre. Cupidine et lui reprennent la scène précédente

Sicrassus / Qu'est-ce qui s'passe ?


Populum / Un désaccord sur la mise en scène


Cupidine / On ne voit pas les choses de la même façon.

Sicrassus / Et c'est quoi le désaccord ?


Populum / Elle trouve que je la serre trop fort.


Sicrassus / Attends ! C'est une scène d'amour. Et si on ne serre pas dans une scène d'amour, à quoi ça sert ?

Populum / C'est exactement ce que j'pense.


Sicrassus / Range toi, et regarde le travail. Cupidine ? (Cupidine s'approche et se laisse enlacer par Sicrassus. Il la serre très fortement) Ça va comme ça ?

Cupidine / (Elle a du mal à parler) C'est... parfait.

Sicrassus / Tu vois, les femmes, c'est pas compliqué. Alors maintenant, regarde les pros ! Un Deux Trois ! Moteur !

Cupidine / Mais si la reine vient ?

Sicrassus / …............................ Mais c'est là qu'est ta place.

Cupidine / Où tu iras, j'irai, J'irai seul avec toi.

Sicrassus / Tu me feras un fils. Non tu m'en feras trois !

Cupidine / Je t'en f'rai des douzaines, je t'en f'rais des milliers.

Et l'autre vieille hyène ira se r'habiller.

Sicrassus / On fera des voyages,

Cupidine / Des voyages en bateau

Sicrassus / Avec toute une armée

Cupidine / Je serai ton drapeau !

Sicrassus / La guerre sera féconde

Cupidine / Grâce à notre maison

Sicrassus / On tuera tout le monde

Cupidine / Sauf quelques exceptions.

Sicrassus / On donnera au monde..

Cupidine / La civilisation !

Cupidine l'enlace également de toutes ses forces

Populum / Stop ! C'est bien. C'est très bien... C'est très très bien. … Mais ! .. C'est trop. C'est beaucoup trop. En fait c'est nul. Le désir doit rester dans l'attente.

Cupidine / C'est un palais, pas un camping !

Populum / Non ! L'attente, comme quand t'attend l'train.

Sicrassus / T'es sûr ?

Cupidine / Je n'vais pas l'aimer à distance.

Sicrassus / Moi, ça m'dérange pas qu'elle m'enlace !

Cupidine / Me lâche pas !

Populum / On est pas dans une histoire à l'eau d'rose, on est dans la tragédie. Il faut une vraie douleur. Il s'agit d'un amour impossible.

Sicrassus / Impossible, c'est vite dit.


Populum / Pardon ? C'est qui l'metteur en scène ? C'est qui l'metteur en scène ? Moi, j'ai lu la pièce, monsieur.

Sicrassus / Moi aussi !

Populum / Oui, mais l'as tu compris ? J'explique. Sicrassus est un roi au bord de l’abîme. Tout est contre lui. Et cependant les femmes continuent à le désirer. Mais lui, il est déchiré entre la nécessité de son devoir et la tentation de plonger dans le néant. Il y a dans cette pièce à la fois un drame de l'identité de soi qui revoie à son image inversée, mais déformée par le regard de l'amoureux écorché par le désir obscur de la séduction sans passer à l'acte.

Sicrassus / Comme ça c'est plus clair.

Populum / C'est normal, on ne peut pas tout savoir. Bon.. On arrête.


Cupidine / Ah non, on commence juste à s'échauffer.


Sicrassus / Elle a raison. Et si ça plaît pas à monsieur, il a qu'à aller faire un tour..


Populum / On va couper la scène de la séduction.

Cupidine / Sûrement pas !

Populum / Et ben si.

Sicrassus / C'est une scène vachement importante !

Populum / C'est trop long, les gens ne tiendront pas jusqu'au bout.

Cupidine / Si on supprime la scène, j'vais aller bosser à l’éducation nationale.

Populum / Bon.. d'accord. On la garde. Mais on supprime la scène de l'orgie.

Cupidine / La scène avec Sicrassus ! La scène de l'orgie ?

Sicrassus / Ah non ! Celle là, c'est la meilleure !

Populum / Je la sens pas..

Sicrassus / Moi si. J'la sens bien, la scène de l'orgie. Parce que, une orgie dans un spectacle, ça attire. .. Les histoires de fesses, ça intéresse. .. Tu montres la moitié d'un cul dans un spectacle, tu bourres la salle. (ll veut enlever sa tunique) Allez, on la répète tout d'suite.

Populum / (Il regarde le public) Bon. On la fera plus tard.

Cupidine / D'accord. Ensuite, c'est quoi ?

Sicrassus / C'est l'arrivée de Nombritule.

Populum / Mais avant, y'a ma scène, quand j'ai été capturé par Nombritule et que je reviens parce que j'ai réussi à m'échapper.


Sicrassus / Ok. On y va.


Populum / Je sors, et puis je rentre.

Populum sort puis entre. Ambitiède aussi.

Scène 4 : Populum / Sicrassus / Ambitiède

Populum / Oh mon roi ! Je viens pour te l'apprendre.

La garde est attaquée, et peine à se défendre.

Sicrassus / Comment ? Que l'on s'active ! Qu'on leur envoie Typhus

Populum / Seulement, o mon grand roi, il ont déjà l'Typhus.


Sicrassus / Typhus ? Comment ? Tué mort ?

Populum / Non car Thyphus vit encore. Il s'est retiré à temps.

Sicrassus / Le lâche, il n'est pas mort ? Qu'on le tue sur le champ !

Populum / C'est peut-être pas le moment, sire ?

Sicrassus / C'est jamais l'moment ! Notre ligne est enfoncée ?

Que ma garde royale aille tuer cette armée !

Ambitiède / C'est sûr ?


Sicrassus
/ Et comment que c'est sûr ! La garde est mon rempart

Et préviens les soldats que je serai en retard.

Populum / Rappelle la garde mon roi, car les dés sont jetés

Sicrassus / Allez jacter à l'est ! Aurait-elle gagné ?

Cette barbare infecte qui veut me remplacer ?

Ambitiède / J'fais quoi, moi ? Je pars ou je reste ?

Sicrassus / Tu la fermes !

Populum / O mon grand Sicrassus, j'ai vu la Nombritule

Je l'ai vue comme j'ai vu la chouette qui hulule.

Je l'ai vue en personne, je l'ai vue sous sa tente

Quand elle m'a capturé pour que tu parlementes.

Sicrassus / Elle t'a capturé ? L'aurais tu fait exprès ?

Populum / Certainement pas seigneur, je n'aurais pas osé.

Sicrassus / Involontaire ou non, Popu tu as bien fait.

Faut être à l'intérieur pour mieux s'en extirper.

Populum / Et grâce à mon courage, je me suis échappé.

En tuant trente ennemis qui m'avaient attaché.

Sicrassus / Trente, dis tu ?

Populum / Enfin, il faisait nuit. Je n'ai pas tout compté.

Sicrassus / Cette valeureuse action, je la trouve avisée.

Tu as bien fait d'partir, t'aurais pu y rester.

Populum / J'ose croire ô mon roi, que j'ai des qualités

Sicrassus / Mais je ne t'ai pas pris pour tes maigres qualités.

Populum / Ah bon ?

Sicrassus / Tu es fourbe, menteur, peureux comme un agneau,

Tu dénoncerais ta sœur, j'adore tes défauts.

Tu te plierais en quatre pour être sous mon joug,

Tu me laisserais te battre, tu aurais le dessous.

Et puis que n'ai-je à faire de toutes ces qualités !

Ne suis-je pas celui qui a la vérité !

Populum / Oh ben ça c'est sûr !

Sicrassus / Tu te crois conseiller, et je te vois bouffon,

Pour ces p'tits procédés, tu es vraiment très bon.

Populum / Ah.

Sicrassus / Oui. Tu peux bien dire Ah. Ah ah ah ah ah !

Tu peines à vouloir faire le moindre alexandrin,

Là tu n'as fait qu'un ver, et moi j'en ait fait plein.

Populum / Euh..

Sicrassus prend une lyre et déclame ses vers

Sicrassus / Je peux faire des vers à dix, douze ou vingt pieds,

Des vers à la douzaine, avec des rimées en ié.

Car ce qui compte en vers, c'est tenir la distance,

C'est entre toi et moi une autre différence.

Je fais des vers quand on ne s'y attend pas.

Des vers comme je veux, même qui ne riment pas,

Le ver n'est pas un crime quand il est bien trouvé,

Le poète s'affirme, te l'ai-je bien expliqué ?

Populum / Bravo. (Il applaudit). Sicrassus salue le public

Scène 5 : Populum / Sicrassus / Nombritule / Femme de ménage (armée) / Agrippée

Agrippée / (Elle chuchote) Enfin de la douceur dans un monde de brutes.

Sicrassus / Les mots venant du cœur résonnent comme des flûtes.

Agrippée / Sicrassus ! Ainsi, tu as du cœur ?

Sicrassus / Tout autre que mon père l'éprouverait sur l'heure

Et me suis-je blanchi dans des travaux guerriers

Que pour voir en un jour flétrir tans de pommiers !

Nombritule entre, suivie de son armée (femme de ménage)

Ambitiède / Euh.. Madame Nombritule !

Agrippée / Ça y'est ! Vlà la cinglée ! Que l'on in-espérait

Et oui, je le sentais, elle va nous faire chier.

Sicrassus / Enfin, tu viens ici avec un drapeau blanc ?

Et tu admets qu'ainsi, sous mon joug tu te rends.

Nombritule / Je ne me rends ni sous ton joug ni sous quiconque

Mon armée est partout, n'entends tu pas le gong ?

Populum / Le gong ? .. Qu'est qu'y foutent ?

On attend un moment, puis on entend un gong

Nombritule / Il s'agit de mon gong qui proclame mon empire

Et annonce à tout l'monde que ton vieux règne expire.

Agrippée / Derrière cette frimeuse, je vois une peureuse.

Nombritule / Nombritule n'entend pas, la formule est trop creuse.

Mon bras qu'avec respect mes ennemis admirent !

Mon bras qui tant de fois a battu..

Femme de ménage / Des œufs !

Populum / C'est pas drôle !

Femme de ménage / Ça m'a échappé.

Populum / Ça dérange pas si je fais mon boulot ? …. On reprend !

Nombritule / Mon bras qui tant de fois a battu ton empire !

Tant de fois assouvi le trône de bien des rois !

Prends garde à ma querelle, et puis prends garde à toi !

Femme de ménage / (façon Carmen) Prends garde à toi !

Populum / J'vais la tuer..

Sicrassus / O cruel souvenir de ma gloire passée !

Œuvre de tant de jours en un jour effacée !

Nombritule / "Sicrassuusse," je viens, pour un ultimatum

Ou tu déposes les armes, ou bien je te dégomme.

Ambitiède / (crié) Qu'est-ce que j'fais ?


Femme de ménage / Tu bouges pas.

Sicrassus / Un seul mot, Nombritule, et tu serais tout' morte

Nombritule / Ne sois pas ridicule, je suis beaucoup trop forte.

Je serais trucidée qu'il faudrait me pousser.

Celui qui veut m'baiser, il n'est pas encore né.

Femme de ménage / De frites ! .. Pardon, j'ai pas pu m'empêcher.

Sicrassus / Tu veux mettre le feu et apporter le glaive !

Mais tes soldats peureux, contre moi feront grève.

Nombritule / Je t'emmerde Sicrassus ! Tu devrais t'inquiéter,

Car tu ne vois là qu'une part de mon immense armée,

Femme de ménage / Et cette partie là, faut pas v'nir la chercher !

Agrippée / Ah c'est ça son armée ! Elle ne fait pas le poids.

Laisse-moi rigoler, ça n'vaut pas celle du roi.

Nombritule / Depuis quand Sicrassus, les femmes d'intérieur,

Se mêlent-elles du hiatus de leur grand commandeur ?

Agrippée / (Au roi) Mais faut te l'dire comment ? Elle est presque toute seule !

Bon sang ! Qu'est-ce que t'attends ! Pour lui casser la gueule !

Femme de ménage / Viens t'battre si t'es une femme !

Sicrassus / Casse-toi Agrippée ! Casse toi pauvre folle !

Laisse-moi discuter, ou j'te fous une torgnole.

Agrippée s'en va

Femme de ménage / Dehors ! (A Populum) J'en fais pas trop, là ?

Agrippée / Pauv' con..

Sicrassus / Et toi aussi Populum !

Populum / Mais !

Sicrassus / Y'a pas d'mais !

Femme de ménage / Dehors !

Populum sort

Scène 6 : Sicrassus / Nombritule / Ambitiède / Femme de ménage, voix de Populum

Ambitiède / Et moi aussi ?

Sicrassus / Non ! Car la garde meurt et ne se rend jamais.

Et si tout le monde meure, tu mourras le premier.

Ambitiède / Quand on m'a engagé, on m'a pas prévenu ?

Sicrassus / Et maintenant tu l'es, et tu s'ras valeureux,

Car un homme averti en vaut pratiquement deux.

Femme de ménage / Et moi, c'est pareil !

Sicrassus / Maintenant que nous sommes seuls, veux tu bien m'expliquer

Pourquoi dans un linceul, tu désires m'emballer ?

Nombritule / Je sais bien Sicrassus que je te désoriente

Et que tu me trouves bien, bien trop envahissante.

Tremble Sicrassus ! Je ne suis point peureuse,

L'heure est au terminus de ta conduite honteuse

Car je m'en viens ici, pour l'av'nir de ma sœur,

Même si j'aurais pu «conquérire» ton cœur.

Sicrassus / Mon cœur ? Ta sœur ? Que dis tu à cette heure ?

Nombritule / Tu t'amuses, seigneur, et montre ta froideur !

Sicrassus / Comment ? Enfin ! Parle ! Dis ! Raconte !

Quelles sont ces allusions portées à mon encontre ?

Nombritule / Je parle de ma sœur, qu'ici même tu rencontres.

Une jeune femme innocente, tu devrais avoir honte.

Sicrassus / Innocente tu dis, je n'ai pas remarqué.

Mais puisque c'est ainsi, je veux bien m'excuser.

Nombritule / Ça ne suffira pas, même pour une simple femme

Pour l'honneur de ma sœur, tout mon esprit s'enflamme

Sicrassus / Mais que dois je donc faire ? Devenir ton beau frère ?

Nombritule / Il te faudra me plaire, ou aller en enfer.

Sicrassus / C'est que j'avais pas prévu... ?

Nombritule / Tu devras dans une heure, accepter mon marché.

Sicrassus / Un marché ? Mais un roi ne fait pas le marché ?

Nombritule / Y'a un début à tout, je m'en vais t'expliquer.

Tu répudies ta femme, et ma sœur tu épouses.

Sinon je crame tout.. Euh.. Et je rase ta pelouse !

Voix de Populum / (Crié) Et je rase ton épouse !

Nombritule / Je m'goure toujours.


Sicrassus / Je suis à ta merci, tu veux que je fléchisse.

Ou qu'on se batte ici ! Faut que je réfléchisse.

Nombritule / N'réfléchis pas longtemps car ton temps est compté.

Je s'rais ici avant que la nuit soit tombée.

Femme de ménage / Et pas une heure de plus !

Nombritule part avec son armée (femme de ménage)

Sicrassus / Je n'suis là pour personne, même si on me sonne.

Car il faut que le roi, tel un grand roi raisonne.


Sicrassus sort

Scène 7 : Ambitiède / Typhus

Typhus surgit

Typhus / Ai-je bien entendu ? Sont-ce les mots d'un vaincu ?

Ambitiède / Typhus ! Typhus ! Grand Sénateur. Grand admirateur de Sicrassus. «Gloire à Sicrassus ! Fils de Grosrumus et Nicomac ! Petit cousin de Pompigénie du côté de son père..

Typhus / On s'en fout. Tu vois bien qu'y a que moi.

Ambitiède / Mais, vous n'êtes pas à la bataille ?


Typhus / La bataille est perdue, je ne vais pas en plus y laisser toute ma vie.

J'ai beaucoup mieux à faire, mon avenir est ici.

Il suffit que l'on ait un peu de diplomatie,

Et l'ennemi d'hier est l'ami d'aujourd'hui.

Ambitiède / Ah bon ?

Typhus / Naturellement. Et toi, qui est tu ?

Ambitiède / Je m'appelle Ambitiède ! Le fils de Dikomute !

Typhus / Le fils de ! J'ai bien connu ton père..

Et je l'aimais autant que j'adorais ta mère..

Ambitiède / Et bien, c'est mon papa.

Typhus / Ton père était féroce, pour l'ennemi un loup

Et toi tu es son gosse, et toi tu n'es pas doux.

Ambitiède / Je suis de Corinthe. Comme le raisin.

Typhus / J'adore le raisin, le raisin est tentant

Et un homme comme toi mérite de l'avancement.

Ambitiède / Dans vingt ans, paraît que j'peux avoir le deuxième échelon.

Typhus / Qui parle d'échelon, je te parle d'échelle.

Tu me parais trop bon, et tout empli de zèle.

Je suis mal entouré, tous les jours on me lèche,

J'en ai que trop soupé de cette bande de faux derches.

Quand on veut gouverner, faut se méfier de tout

Ne jamais s'appuyer, sur quelque chose de mou.

Ambitiède / Ah bon ?

Typhus / Et ce vieux Sicrassus ferait mieux d's'en aller,

A moins qu'un homme susse.. nous en débarrasser.

Ambitiède / Que veux dire par là ainsi quand tu me parles ?

Typhus / Je te dis de ces choses qui font que l'on s'emballe

Je te parle d'une cause, je te parle d'avenir

Qui peut être grandiose ou peut très mal finir.

Je te parle de podium, je te parle de ta vie !

De la grandeur des hommes, même quand ils sont petits.

Ambitiède / Ah bon ?

Typhus / Tu me plais Ambitiède, à ma cause, joins toi.

Viens donc m'offrir mon aide, viens me donner tes bras.

Ambitiède / J'entends bien, O Typhus mais n'y a t-il pas un risque ?

Typhus / On meurt pour trois fois rien, tu devrais changer d'disque.

Ambitiède / Ah. Dis comme cela, ton discours me trouble.

Typhus / Soit d'accord avec moi, ou ma colère redouble.

Ambitiède / Euh... Je m'appliquerai à faire selon tous tes désirs.

Je me ferais fouetter, pour te faire plaisir.

Oui ! Vas y ! Frappe moi !

Frappe-moi je t'en conjure !

Frappe oh oui ! Fais le pour moi !

De bons p'tits coups bien durs.

Typhus / Oh la la ! Mon petit, il vaut mieux te calmer.

Ce n'est pas tout à fait c'que j'voulais te d'mander.

Ambitiède / Me calmer, o Typhus, je n'peux me résigner.

Typhus / Attends, c'est pas pour ça, même si t'es disposé,

Car crois moi, je le vois, que tu veux m'entraider.

La chose est délicate, et demande du doigté

Et tu me sembles être celui qui conviendrait.

Viens maintenant chez moi, j'aimerais te montrer,

Un petit quelque chose qui va t'intéresser.

Ambitiède / Mais je ne peux quitter mon poste, que dira Sicrassus ?

Typhus / Oublie donc ce despote. Fie toi au grand Typhus.

Typhus sort, suivi d'Ambitiède

Ambitiède / Vous habitez où ?

Typhus / Dans ton.. Dans l'palais.

Scène 8 : Delirium / Sicrassus / Populum / Agrippée / Cupidine / Femme de ménage

Sicrassus revient. Il est suivi de Populum, Cupidine, Agrippée.

Sicrassus / Comment ça se fait-il qu'on ne m'annonce pas ?

Où est cet imbécile qui le clame chaque fois ?

Agrippée / Il est parti en guerre, comme est parti Typhus,

Hélas il faut la faire, y'a pas de consensus

Sicrassus / Et bien, qu'il gagnent et vite !

Populum / A moins que pris de peur, Typhus n'ait pris la fuite.

La femme de ménage apparaît, toujours costumée

Femme de ménage / J'peux m'tirer là parce que j'ai fini ma journée ?

Populum / Non. On peut avoir besoin de vous

Femme de ménage / Ok, mais j'préviens, ça va être le tarif de nuit. (Elle part)

Populum / J'vais la tuer... Bon... Reprenons. A moins que pris de peur, Typhus n'ait pris la fuite !

Sicrassus / Ah ah ah ah ! Je te reconnais là, mon sacré Populum,

Ça fait tellement du bien de rire un peu entre hommes.

Agrippée / Cela m'étonnerait que Typhus soit un couard

Sicrassus / (En riant) Peut-être que si ça s'trouve, il écoute dans l'couloir.

Cupidine entre

Cupidine / Il n'y est pas du tout. J'en arrive moi-même

Sinon je l'aurais vu ; doit y'avoir un problème ?

Sicrassus / Certainement Cupidine ! Mais c'est une affaire d'hommes !

Nombritule me somme, et même elle me sermonne.

Je dois me décider, réfléchir à ceci,

Allez donc à côté, allez voir si j'y suis.

Cupidine / Mais ? Mais ?

Agrippée / Y'a pas d'mémé !

Sicrassus / La situation est grave, mais pas désespérée

Réunir un conclave peut-être envisagé

Populum / Ou alors un mariage ?

Agrippée / Un mariage ? Quelle idée !

Sicrassus / Cessez ces bavardages ! Laissez moi arbitrer !

Quand menace l'orage, il urge de se presser

Maintenant, je le sais, que ma grande personne

Ne pourra décider sans l'aide de Delirium.

Agrippée / Non !

Populum / Pas elle ! Sire !

Cupidine / Non !!!!!!

Sicrassus / Que cesse ce symposium ! Qu'on fasse venir Delirium !

Qu'elle m'éclaire de sa sagesse.. Que la grande prêtresse ramène.. son.. ?

Populum / Sa science !

Scène 9 : Sicrassus / Delirium / Populum / Agrippée

On entend des bruits de tonnerre. Puis une fumée apparaît. Delirium en sort. (très hystérique)

Sicrassus / Comment ? Déjà ?

Delirium / Quand je ne suis pas là, je ne suis jamais loin

Et je suis toujours là où on m'attend le moins.

Sicrassus / Delirium ! Entre et montre nous ! L'affaire est d'importance

Agrippée / Il ne s'agit pas moins que de sauver la branche !

Sicrassus / La branche de Sicrassus ! La branche de moi-même !

Auquel un processus veux faire un sort extrême.

Delirirum / C'est que, en ce moment, je suis très occupée

Prenez donc rendez-vous sur mon calendrier.

Sicrassus / Nullement, c'est à l'instant, accède à ma demande !

Agrippée / Dis lui tout ce qu'il veut et ne veut pas entendre !

Delirium / C'est que j'ai plein d'rendez vous, j'ne peux pas être partout.

Sicrassus / Quel est mon avenir ? Quelle est ma destinée ?

Vais-je encore éblouir ? Ou vais-je moins éclairer ?

Delirium / Sire, les dieux savent qu'afin d'y voir plus clair,

il suffit qu'on s'approche d'une petite lumière.

Sicrassus / Ben qu'est-ce que t'attends !

Delirium / J'ai pigé (Elle ouvre un magazine) Alors... Vous êtes de quel signe Sire ? Du Bélier ? Des Poissons ?

Sicrassus / Je suis de tous les signes et j'ai toujours raison.

Delirium / Ok.......... Alors... Bélier.. Côté cœur.. Climat assez houleux. Votre comportement direct peut provoquer des heurts avec votre partenaire. Côté boulot...

Siscrassus / Mais que dis tu ici ? A cela je dis stop !

Tu n'es pas là ici pour lire mon horoscope.

Delirium / D'accord.. Alors.. L'avenir.. Niveau deux..

Monsieur veut que je lui sorte maintenant le grand jeu

Bon, pour l'astronomie, ça ne brille pas beaucoup,

En plus il fait pas nuit, je n'verrai rien du tout..

Sicrassus / La grande Delirium, j'aimerais bien qu'elle cause

Populum / Mais qu'est-ce que tu attends !

Agrippée / …..................................... T'attends la ménopause ?

Delirium / Il est vrai que je lis dans le marc de café,

Dans le pipi d'chat aussi, dans la viande avariée

Je lis vraiment beaucoup, je lis même des bouquins,

Des bouquins qui disent tout, où on ne comprend rien.

Populum / Sicrassus n'a nul besoin de lire, je suis là pour ça.

Delirium / Mais quand on n'sait pas lire, on lit n'importe quoi.

Sicrassus / Dis moi Delirium ! Dis en moi l'maximum.

Delirium / C'est que tu es si grand, ça prendra dix mille ans.


Sicrassus / Et toi ça ça prendra dix minutes quand tu s'ras dans l'arène.

Delirium / En fait finalement, j'y pass'rai pas la s'maine.

Agrippée / As tu des choses à dire ? As tu d'la matière grise ?

Delirium / J'vous préviens, si c'est trop, faudra qu'on m'exorcise !

Populum / Mets toi vite fait en transe, sens tu que ça sent l'gaz ?

Dis nous tout en deux mots et sans faire trop de phrases.

Delirium / Le lèche-botte, ce s'rait mieux qu'il s'écrase

Je n'ai pas besoin d'lui pour me mettre en extase.

Agrippée / Regarde dans ta cuvette ?

Delirium / Y vois tu des crevettes ?

Sicrassus / Oh ! On n'est pas là pour rigoler.

Delirium / J'ai pas pu m'empêcher.

Populum / Bon !. T'actives !

Delirium / Alors... Voyons dans ma cuvette.. Je ne vois rien là d'dans !

Sicrassus / Voudrais tu des lunettes ?

Delirium / …....................................... Plutôt un p'tit r'montant.

Populum / Ne l'écoute pas sire, elle veut gagner du temps.

Delirium / Avec un peu d'alcool, je vois bien plus clairement.

Sicrassus / Qu'on abreuve Delirium et qu'enfin elle me parle !

Populum / J'ai justement un truc qui f'rait parler un ch'val.

Populum apporte un verre à Delirium.

Agrippée / Un p'ti coup la poch'tronne ?

Delirium boit

Delirium / Mais c'est pas d'la flotte !

Populum / Non mais ça va t'aider

Delirium / Tu confonds avec Depardieu. (Ou autre)

Populum / Avale !

Delirium boit

Sicrassus / Mais elle boit comme un homme.

Delirium / Pas dégueu cet alcool, de derrière les fagots

Ça vous tuerait un homme, moi ça me donne chaud

Agrippée / Pourrais-je moi aussi avoir une petite goutte ?

Sicrassus / Madame, il n'est pas bon que la reine glougloute.

Delirium / Mais moi, faut que je boive, pour que ça devienne clair.

Lorsque l'affaire est grave, faut toujours boire un verre

Populum / (Très théâtral) Et glou ! Et glou ! Et glou ! Et glou ! Et glou !

Sicrassus / J'allais l'dire ! En aurais tu assez ou dois t'on t'en r'servir ?

Delirium / Quand je veux voir à jeun, souvent ma vue se trouble,

Mais avec ce machin, je peux même voir double

Agrippée / Alors ?

Delirium / On dirait d'la betterave, ça doit v'nir de la cave.

Avec un peu de gin, ou un peu de Vermouth ?

Cette boisson est divine, r'mets m'en un pour la route.

Populum / Encore ! Ne vois tu pas sire qu'elle profite de ta faiblesse ?


Sicrassus / Voudrais tu profiter d'un coup d'pied dans les fesses !

Delirium / Je ne peux voir à sec. On n'est pas chez les grecs.

Sicrassus / Vite ! Raconte-moi ? Ou dois-je attendre l'aurore ?

Delirium / R'mets en moi jusque là y'en a pas jusqu'au bord (Populum remplit. Elle boit)

Populum / Oh ! On n'en pas des litres non plus !

Delirium / Alors.. Voyons voir... (Elle examine sa cuvette)

Je vois de grands nuages, et puis de l'eau qui tombe

Je vois un gros orage, et dans un coin une tombe

Sicrassus / Par tous les dieux !

Delirium / J'aperçois une femme, mais non, y'en a dix huit !

Aucune ne t'acclame, pas une seule n'est triste.

Sicrassus / Mais comment c'est possible ? C'est trop inadmissible.

Delirium / Je vois des sauterelles, je vois de la fumée !

Je vois des étincelles, et des gens affamés

Je vois des gens qui courent, d'autres qui leur courent après.

Agrippée / Serait ce bientôt les grands jeux olympiques ?

Populum / A chaque fois c'est pareil y'a plein d'gens qui rappliquent.

Delirium / Je vois plein de tambours, des soldats défiler,

Y'a des gens qui s'éclatent, j'vois qu'y sont pas contents

Je vois des démocrates, qui gueulent tout le temps

Je vois un harmonium, un troupeau d'éléphants,

J'vois un capharnaüm.., et j'te vois pas là d'dans

Sicrassus / Par tous les dieux, je suis perdu !

Delirium / J'vois des machins qui roulent, avec des gens dedans

Je vois toute une foule qui achète tout le temps

Je vois que ça discute, et qu'on se marche dessus,

Quelqu'un qui joue d'la flûte et que l'on n'écoute plus

Populum / Sire, tu ne joues pas de la flûte, toi tu joues du tambour.

Sicrassus / Espèce de fils de.. De quoi déjà ?

Delirium / L'auteur doit en t'nir une sacrée couche !

Agrippée / On peut pas dire ça.

Populum / Des fois pour voir du théâtre, y'a des parents qui viennent avec leurs enfants.

Delirium / Et les enfants c'est chiant.

Agrippée / Faut quand même respecter le public.


Populum / C'est quand même lui qui paye.


Sicrassus / J'ai trouvé ! C'est pas fils de pute, c'est espèce de fils de rien !

Delirium / Ça c'est bien !

Populum / Allez, moteur ! Sire, tu ne joues pas de la flûte, toi tu joues du tambour.

Sicrassus / Espèce de fils de rien ! Toi tu joues dans la Cour.

Delirium / Je vois briller des feux, et brûler des maisons

Je vois des têtes de nœud, Je vois un saucisson.

Je vois que ça explose, je vois un champignon

Agrippée / Est-il comestible ?

Delirium / Ce n'est pas un p'tit rose, je crois qu'il n'est pas bon.

Sicrassus / Arrête ! Cela suffit ! Tu en as assez dit


Delirium / Mais je commence à peine, c'est loin d'être fini.


Sicrassus / Sors d'ici. Laisse moi seul. Faire face dans le garage !

Delirium / Dans l'orage ! Pas l'garage.


Sicrassus / Ah merde. C'est vach'ment dur comme texte.

Sors d'ici. Laisse moi seul. Faire face dans l'orage

Delirium / C'est compris. Le r'dis pas. En moins d'deux je dégage

Sicrassus / Que l'on forme les portes ! Qu'on me fasse rempart !

Que personne ne sorte ! Sans que j'donne le départ !

Sicrassus Cursus Focus est le plus grand.

Ceux qui l'ignorent encore l'apprennent à leurs dépens !

Je ne suis pas de ceux qui courbent leur échine

Qui devant le danger, aussitôt se débinent

Tous les dieux me regardent, et moi je suis le seul

Car le monde est malade

Scène 10 : Sicrassus / Delirium / Populum / Agrippée / Typhus

Typhus entre

Typhus / ….................................... Si tu fermais ta gueule..

Sicrassus / Comment ? Tu veux que j't'en mette une !

Typhus / Attends. Tu t'es vu quand tu joues.

Sicrassus / Arrête. Monsieur est jaloux parce qu'il n'a pas le premier rôle. Et c'est qui la vedette ?

Cupidine / C'est moi.

Agrippée / La vedette ? T'as vu comment qu't'es ?

Cupidine / A côté d'toi, j'ai aucun mérite.


Agrippée / Pétasse !

Delirium / Et moi, comment qu'j'étais. J'étais p't'être un peu trop dans la retenue, non ?

Populum / (Condescendant) C'était pas mal..

Delirium / Parce que si je joue trop sobre, faut l'dire !

Sicrassus / Je veux pas vexer, mais c'est bien que tu t'en rendes compte.

Delirium / Tu t'es r'gardé ?

Sicrassus / Ben non, j'ai pas l'temps.

Delirium / Avec tes grands airs. (Elle le singe) Tous les dieux me regardent, et moi je suis le seul..

Populum / C'était très bien. Mais par contre, t'es pas dans la scène suivante.

Delirium / Et qu'est-ce que j'fais ?


Agrippée / Tu t'barres.

Delirium / Bande de nazes (Elle part)

Populum / On se calme ! Bon ! La scène, on a va la raccourcir. Sinon le public va se barrer. La suivante !


Cupidine / C'est quoi la suivante.

Populum / C'est la scène du messager.


Sicrassus / Et qui c'est qui joue le messager ?


Populum / Ambitiède.


Typhus / Il est nul.

Populum / Mais c'est l'fils du proprio. Et un fils de proprio, ça peut tout jouer. Bon ! Je résume, Sicrassus est là, avec toute sa cour.

Cupidine / Moi aussi ?


Populum / Non. Toi, tu vas en coulisses. Parce que tu ne sais pas ce qui vas passer ? Tu comprends, c'est comme dans la guerre de Troie. C'est à cause de toi si y'a la guerre. Alors forcément, t'es un peu gênée.

Agrippée / Elle pourrait jouer le ch'val.


Poupulum / Comment ça, le ch'val ?

Agrippée / Ben oui. Dans la guerre de Troie, y'a toujours un ch val.

Cupidine / Connasse !


Agrippée / Connasse toi-même !

Cupidine / Non. Mais t'as vu ça. Ça joue encore à son âge ?

Populum / Bon. On arrête les attaques personnelles. Alors ? S'il te plaît, tu sors.

Cupidine sort

Populum / Je rappelle le contexte. C'est une tragédie. Le messager arrive en courant, il est épuisé, à bout de forces, il n'en peu plus. Il apporte un message de la part de Typhus, qui lui annonce que Nombritule vient de franchir le fleuve et risque d'arriver d'une minute à l'autre. Un message écrit car le messager ne sait pas lire. C'est très important que le messager ne connaisse pas le contenu du message ! A la lecture du message, Sicrassus est bouleversé. Ensuite, Nombritule fait son entrée, et là, c'est la panique ! Vous courez dans tous les sens, puis vous vous réfugiez dans les coulisses. Alors, celui qui déconne, je l'vire. Compris ?

Tous / Oui chef !

Populum / Tout l'monde en place !

Scène 11 : Sicrassus / Populum / Ambitiède / Agrippée / Typhus

Populum / Sicrassus, entends tu la clameur ?

On peut entendre les bruits d’une manifestation ou d’un stade de foot

Sicrassus / Je l'entends en effet mais un roi n'a pas peur

Agrippée / La clameur se rapproche, et toute emplie de cris

Sicrassus / Je sais, la mort est moche, lorsque l'on est en vie.

Populum / On mon roi, le temps presse,

Agrippée / …....................................... Sicrassus doit agir

Sicrassus / Occupez vous d'vos fesses, et laissez moi brandir..

Agrippée / Quoi, Sicrassus ?

Sicrassus / Cette épée, cette lance, ce bouclier si lourd,

Maintiendront à distance l'ennemi de toujours.

Populum / Tes paroles sont bonnes, je n'aurais pas mieux dit

Sicrassus / Nombritule cette cochonne, y laissera la vie.

Ambitiède arrive en courant dans la salle. Il monte sur scène, fait plusieurs fois le tour de la scène et se jette épuisé aux pieds de Sicrassus.


Agrippée / On dirait que quelqu'un d'épuisé vient d'entrer !

Populum / Il me semblerait bien que c'est le messager.

Sicrassus / Parle ! Qu'il y a t-il d'important que tu veuilles me dire ?

Ambitiède gémit toujours. Agrippée le secoue pour qu'il parle

Agrippée / Répond ! On n'a pas l'temps de te voir agonir.

Sicrassus / Il refuse de parler ? Mais je m'en vais l'occire !

Agrippée / Inutile de le tuer, il va bientôt périr.

Sicrassus / J'ai compris ! J'ai compris ! J'ai compris ! J'ai compris !

Populum / Compris quoi majesté ? Compris quoi majesté ?

Sicrassus / A sa mine défaite, j'entrevois la victoire

De l'autre trouble-fête, qui vient mettre le chambard

Agrippée / Non !.. Non ! Non ! Elle ne m'aura pas. Elle ne me «mourrera pas»

Sicrassus / Et ben si.

Agrippée / Elle perdra son temps, je me tuerai avant !

Sicrassus / Et ben oui.

Populum / Que fait-on maintenant ? Hisse-ton le drapeau blanc ?

Sicrassus / O rage, O désespoir, O vieillesse ennemie !

La guerre est terminée avant que j'l'ai finie.

Au moment où j'allais enfin y prendre part

Voilà qu'avant la fin débarque cette barbare.

Maintenant, il faut sauver ce qui se peut encore

Je dois me préserver avant que soit l'aurore

Car moi toujours vivant, l'empire a un espoir

Laissez-moi fout' le camp, quand la nuit sera noire

Ambitiède gémit puis tend son bras vers Sicrassus

Sicrassus / Mais ? Que veut-il ? Veut-il me serrer la main ?

Oui Ambitiède, merci, c'était très bien

Populum / Il a quelque chose de caché dans sa main.

Sicrassus / Quelqu'un m'aurait écrit ?

Ambitiède / ….................................... Ce plis doit être pour vous.

Agrippée / Ainsi quelqu'un t'écrit ! .. Une femme à tous les coups !

Populum, lis le nous, qu'on sache ce qu'il contient !

Sicrassus / Ce plis n'est pas pour vous, c'est à moi qu'il revient

Agrippée / (Elle arrache le plis des mains de Sicrassus)

Donne moi ce machin. (Elle le lit) .. Mais c'est dégueulasse..

Populum prend aussi le papier et le lit

Populum / Arnaud couche avec Véronique !

Agrippée / Arnaud tu veux dire le mari de Nombritule couche avec Véronique ?

Sicrassus / Typhus se tape Agrippée ?

Agrippée / Qui c'est la salope qu'a écrit ça ?

Sicrassus (Tentant d'étrangler Ambitiède) Parle ! Fumier ! Dis le que c'est toi !

Ambitiède gémit puis meurt sur la scène. Personne n'y fait attention.

Ambitiède / C'est pas moi !

Agrippée / Fais gaffe, c'est le fils du proprio.

Ambitiède / Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !

Typhus entre, affolé..

Typhus / Alerte ! Au abris ! Nombritule est ici ? … Ben....... Qu'est-ce qu'y s'passe ?

Populum / Paraît que tu couches avec Véronique

Typhus / Véronique ?

Agrippée / C'est moi.

Populum / Et Cupidine avec Sicrassus !

Agrippée / Viviane avec Robert ?

Sicrassus / C'est dégueulasse..

Typhus / Qui c'est qu'a écrit ça ?

Sicrassus / (Regardant Populum) T'as une idée ?

Populum / Pourquoi moi ?

Sicrassus / T'as une tête à écrire.

Scène 12 : Sicrassus / Populum / Ambitiède / Agrippée / Nombritule / Typhus

Nombritule entre à son tour..

Nombritule / En garde ! Car voici que vient la bataille finale

Qui verra sonner toute votre heure fatale !

Sicrassus / Attends, que je te fasse le portrait.

Crois moi tu n'risques pas de très bien l'apprécier.

Agrippée / Je ne vais pas t'rater, tu peux me faire confiance.

Car en moi sonne l'heure de ma grande vengeance.

Populum se sauve en coulisses, poursuivi par Typhus, Sicrassus, Ambitiède, et Agrippée.


Nombritule / Arrêtez ! C'est pas fini

Typhus / On s'en fout d'la pièce

Delirium entre

Delirium / Soyez raisonnable !

Nombritule / Mais qu'est-ce qu'ils ont tous ?


Delirium / Je crois que c'est une histoire de fesses.

Populum / Du boulevard !

Nombritule / Du boulevard ? Mais c'est une tragédie.

Delirium / Tu n''as qu'à demander cela à ton mari..

Nombritule / Comment ça mon mari ?

Delirium / Ben oui, ton mari. Ton mari et Cupidine Viviane, Cupidine..

Nombritule / Quoi ? Typhus ! (Elle part en coulisses, suivie de Delirium) Fumier !

On entend des voix en coulisses

Populum / Mais arrêtez ! C'est demain la première !

Sicrassus / La ferme !

Nombritule / Alors comme ça tu découches !

Typhus / J't'emmerde !

Agrippée / Has been !

Sicrassus / Vieille peau

Delirium / Qui qu'a éteint la lumière ?

On entend des râles et des cris puis Sicrassus revient sur scène en titubant. Il a quelques couteaux (et éventuellement une fourchette), dans le dos.

Populum / On reprend ! On reprend !

Sicrassus / Ah ! Je me meurs ! Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh

Les autres accourent, affolés

Agrippée / On a assassiné le roi, une main scélérate !

Typhus / Qui qu'a fait ce forfait que je le coupe en quatre ?

Sicrassus / Je pensais à l'av'nir, je n'ai rien vu venir

Un mal intentionné a voulu m'refroidir.

Agrippée / Qui c'est ?

Voix en coulisses / C'est l'plombier !

Sicrassus / Ahhhhhhhhhhhhhh Je suis la pauvre victime d'une horrible traîtrise

On a commis un crime méchamment par surprise

Populum / Vite ! Un médecin ! Qu'on lui prodigue les derniers soins.

Sicrassus / Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh (Sicrassus meurt sur scène)

Nombritule / Euh.. Y'aurait-il un médecin dans la salle ?

Populum / Il est ?

Agrippée / Non ! C'est affreux !

Populum / Je l'ai très bien connu.

Nombritule / C'est un perte immense !

Delirium / Pour notre immense empire

Populum / Il aurait pu faire une grande carrière..

Typhus / Et pour les conséquences, elles n'en seront que pires

Populum / Non. Je rigole pas. Il es vraiment mort.

Nombritule / Mince. Mais demain on joue ! Ça va nous faire du tort !

Populum / Qui c'est qui va l'remplacer ?

Agrippée / Y'en avait pas deux comme lui

Agrippée / Non ! C'est affreux !

Populum / Je l'ai très bien connu.

Nombritule / C'est un perte immense !

Agrippée / Il pouvait tout jouer.

Populum / Tout.. Faut pas non plus..

Delirium / Y'a t--il un comédien dans la salle ?

Nombritule / C'est une perte immense

Typhus / Pour le théâtre ?

Populum / Parle, je t'en supplie ! … Dis nous une dernière fois si t'es encore en vie ?

Typhus / (Prenant les mains d'Agrippée) Nous avions tant en commun.

Nombritule / (Très théâtrale, elle se jette sur Ambitiède) Parle ! Dis nous qui qu'a fait l'coup ?

Ambitiède / C'est pas moi !

Populum / Mais alors ?

Tous / Qui a tué Sicrassus ?

Sicrassus / (Il se redresse) J'en sais rien, mais si ça peut aider, tout c'que j'peux dire, c'est qu'c'est pas un suicide !

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