Radiation (Clément, un café)

Dans une agence de retour à l’emploi, la vie suit son cours. On essaye de trouver du travail aux allocataires, et accessoirement, on radie quelques-uns pour infléchir la courbe du chômage. Cette petite mécanique à broyer les gens semble parfaitement fonctionner jusqu’au jour où un chômeur déchu de ses droit , vient demander un emploi de manière “véhémente” et armes à la main. “Radiation” est une pièce en deux actes qui aborde le destin croisé de gens privés d’emploi et qui rêvent d’en trouver un et de salariés qui en sont pourvus pour leur plus grand malheur.

Liste des personnages (8)

Patrick MelinHomme • Adulte
Chargé d'insertion auprès des demandeurs d'emplois. Personnage méprisant à l'égard de son public, obnubilé par le besoin de "faire du chiffre"
Rita Joncquet Femme/Indifferent • Adulte
Directrice de l'agence, travailleuse sociale qui a perdu ses illusions, dépressive et en burn out constant.
Chantal DessoutèreFemme • Adulte
Secrétaire de l'agence. Serviable et débonnaire, elle n'en demeure pas moins naïve et manipulable
Clément Belval Homme • Jeune adulte
Stagiaire lunaire et incompétent. Derrière le manque de sérieux qu'il met dans son travail, n'est-t-il vraiment, comme le soupçonne Patrick, qu'un bon à rien?
Charles Bertillon Homme • Adulte
Demandeur d'emploi, ex-commercial. Radié et déchu de ses droits d'allocataire, il va se lancer dans un acte désespéré pour retrouver ses droits
Eliane DeneullinFemme • Adulte/Senior
Demandeuse d'emploi, quasi-SDF, elle vit devant l'agence dans une caravane.
Carmen SimonFemme • Jeune adulte
Jeune demandeuse d'emploi, elle était écuyère dans un cirque. Elle cherche un emploi et peut-être aussi, le grand amour.
Emile GoosensHomme/Femme • Senior
Demandeur d'emploi et délégué syndical, c'est un ancien ouvrier désenchanté mais qui a su garder un sens de la révolte

Décor (2)

Acte 1 Agence France Travail de Roucoing Bureaux en configuration accueil individuel
Acte 2 Agence France Travail de Roucoing Tables et chaises, Paperboard en configuration réunion de groupe

Acte 1 : intérieur jour dans une agence Pole emploi, un employé est assis à son bureau et prépare l'ouverture, un jeune stagiaire est installé à son poste

 

 

Acte 1 scène 1:

Patrick, Clément

 

Patrick (il claque des doigts) : Clément, café !

Le jeune stagiaire sort dans une pièce adjacente

 

Acte 1 scène 2 :

Chantal, Patrick

 

Chantal entre

Chantal : Bonjour Patrick,

Patrick (sans lever les yeux de son ordinateur) : Bonjour

Chantal : Vous avez passé une bonne soirée ?...

Patrick : Très bonne, merci

Chantal : Madame Jonquet n'est pas encore arrivée ?

Patrick : Je ne sais pas. Je ne l'ai pas vue, en tout cas !

Chantal : Oh, la pauvre, en ce moment ça ne va pas fort ! Je n'ai pas bien compris, il paraît que c'est un ...burlout !

Patrick : On dit Burn-out ! Mais c’est bien aujourd'hui qu'elle rentrait ?

Chantal : Oui, je suppose qu'elle ne devrait pas tarder

Patrick : Déjà en retard le jour de son retour, Ça promet. En plus, je sens qu'elle va encore être joyeux !

 

Acte 1 scène 3 :

Chantal, Patrick, Clément

 

Clément revient avec le café, Patrick prend la tasse et regarde le contenu

Patrick : Clément ? Y'a pas un problème, là ? (Il tend la tasse, Clément regarde à l’intérieur)

Clément : Ben non, je ne vois pas !

Patrick : Y'a quoi dans la tasse ?

Clément : Heu du café, ce n’est pas ce que vous m'avez demandé ?

Patrick : Oui, y'a du café... mais tu n'as pas mis d'eau !

Clément : Ah ben fallait me dire que c'était un café à l'eau que vous vouliez !

Patrick (consterné) : Clément, peux-tu me servir un café à l'eau, s'il te plaît ?

Clément retourne dans la remise

Patrick : Clément

Voix de Clément : oui ?

Patrick : Chaude, l'eau !!! (À Chantal) en parlant d'eau chaude, ce n'est sûrement pas lui qu'il l'a inventé !

Chantal : Oh, il est gentil

Patrick : Ben manquerait plus qu'il morde !

Chantal : Décidément, vous êtes dur, monsieur Patrick.

Patrick : Mais non, je ne suis pas dur, c 'est juste que ce jeune couillon n'est bon à rien. Avec leurs contrats d'insertion, ils nous filent vraiment n'importe qui !

Chantal : Chut, Je pense qu'il nous entend !

Patrick : Qu'il nous entende, c'est probable, mais il ne risque pas de nous comprendre, il est un peu limité !

 

Acte 1 scène 4

Chantal, Patrick, Clément, Rita

 

Rita entre, lunettes noires,

Chantal : Bonjour madame Jonquet, vous nous avez manqué.

Rita : Je suis dans mon bureau s’il y a besoin. (Il entre dans son bureau en claquant la porte)

Patrick : Si on avait besoin d’elle, ça se saurait. Et ben, qu'est-ce que je disais, on est reparti pour la grande rigolade. Enfin tant qu'elle se cache dans son bureau, on a la paix.

Chantal : Ah Patrick, je vois votre rendez-vous de 9h qui arrive

Patrick : D'accord... Clément ! Il arrive ce café ?

 

 

Acte 1 scène 5

Charles, Patrick, Chantal, Clément.

 

Clément : Voilà, Voilà, et avec de l'eau chaude

Patrick : C'est bon, Tu peux retourner à la réserve, je m'occupe de monsieur.

(Clément sort)

Charles : Bonjour monsieur

Patrick : Bonjour, monsieur ? ?

Charles : Monsieur Bertillon, J'avais rendez-vous

Patrick : Ah mon rendez-vous de 9h ! Nous devions nous voir à quel propos ?

Charles : j’ai fait chez vous une série de tests dans le cadre d'une réorientation.

Patrick : D’accord, Bertillon vous dites, alors attendez, Bertillon Bertillon Bert…ah ça y est !!! Bertillon, tests du 24 novembre, donc je regarde... Ah oui c’est vous !!! eh bien voilà, après examen de votre dossier, nous sommes tombés d’accord pour dire que …

Charles : OUI ??

Patrick : Nous vous recommandons un métier en particulier

Charles : LEQUEL

Patrick : Tueur à gages !!

Charles : Pardon ?

Patrick : Oui le test est assez clair vous en avez le profil et les motivations

Charles : C'est-à-dire que…

Patrick : Que quoi ???

Charles : ben je ne sais pas, ça surprend !!!

Patrick : mais monsieur c’est un métier très valorisant !!vous en connaissez beaucoup, vous, des tueurs à gages ???

Charles : Heu oui, mais non... enfin ce n’est pas très légal non plus !!

Patrick : Monsieur, si vous vous arrêtez à la première contrainte !!!

Charles ; Ben c’est quand même une contrainte de poids !!

Patrick : Mais monsieur, plein de gens ont des pratiques illégales dans des métiers légaux !!!vous ferez le contraire !

Charles : Oui, mais c'est-à-dire que tuer quelqu’un est rarement possible... légalement, j'entends.

Patrick : Non, là vous chipotez !!! je vous dis, essayez et puis vous verrez si ça vous plaît

Charles : Je vous avoue que l'idée d'éliminer quelqu'un m'est assez odieuse. Excusez-moi, et puis je ne suis pas certain qu'on embauche sur annonce dans ce métier...mais enfin qu’est-ce qui vous a mis sur cette piste ??

Patrick : Vous !

Charles : Moi ?

Patrick : Oui, vous avez déclaré « dans mon milieux, il faut être prêt à tuer pour réussir » vous en connaissez beaucoup des métiers aussi proches de vos motivations

Charles : Mais enfin, c'est une façon de parler !

Patrick : Mais où voulez- vous que nous trouvions des pistes, si ce n'est dans votre façon de vous exprimer. Vous vous attendiez à quoi ?

Charles : Je ne sais pas, mais je pensais à des métiers plus conventionnels : comptable, jardinier

Patrick : Avez-vous dit : « je suis prêt à planter des fleurs pour réussir ? »

Charles : Heu, non

Patrick : Dans ce cas, c’est ce qu'il fallait nous dire si vous vouliez qu'on vous conseille d'être jardinier !!!

Charles : Mais c'est n'importe quoi ! Si vous vous contentez de reprendre ce que je dis au pied de la lettre, je ne comprends pas bien à quoi vous servez !!!

Patrick : Et bien prenez ma place !!!

Charles : Non, non, c'est bon !!!

Patrick : D'accord, alors je note : « pas le profil non plus »

Charles : Euh pas le profil pour quoi ?

Patrick : Ben pour être chargé d'insertion en bureau de chômage.

Charles : Ah bon ?

Patrick : Ben oui, je vous ai proposé ma place, vous l'avez refusée !!

Charles : Mais enfin, c'est n'importe quoi...

Patrick : Mais pas du tout monsieur !!!

Charles : Vous me dites « prenez ma place » c'est une façon de parler

Patrick : Absolument pas !! ainsi moi... avant d'arriver à ce poste, je suis venu en consultation, comme vous !!

Charles : Et ?

Patrick : Et le type qui était avant moi m’a dit « prenez ma place » ...

Charles : Et alors ?

Patrick : Je l'ai prise et voilà qui explique ma présence ici

Charles : Voilà surtout qui explique bien des choses...Mais enfin, c'est stupide !!! pour être à cette place, il faut des compétences ! Des diplômes !

Patrick : On m'a proposé la place, je l'ai prise !! j'ai su faire preuve de motivation, d'audace et de réactivité, ce qui ne semble pas être votre cas.

Charles : N'importe quoi !!! bon et mon profil de personnalité ?

Patrick : Alors, résultat formel de la part des 3 spécialistes !!! vous êtes... enfin d’après leur diagnostic concerté ... un gros con !

Charles : Quoi ? C'est ça votre test de personnalité ? On insulte les gens ? ils auraient pu développer.

Patrick : Habituellement, ils développent mais là ça serait devenu assez désagréable pour vous

Charles : Parce que vous trouvez que c'est agréable de se faire traiter de gros con ?

Patrick : Ce n'est pas une insulte, monsieur, c'est un diagnostic ! sachez que les personnes qui ont eu à analyser votre cas, sont d'éminents spécialistes, recommandés par les plus brillantes écoles... l'un d'eux a même produit une thèse du plus grand intérêt sur l'épanouissement des gros cons dans le monde contemporain au regard de la pensée Pavlovienne.

Charles : Et ils se limitent à de tels constats ?

Patrick : J'avoue que d'être pris pour un con par des gens aussi brillants peut être assez déplaisant

Charles : Monsieur, je suis venu pour faire un bilan de mes compétences, pas pour qu'on remette en doute mon intelligence !!!

Patrick :  J'entends monsieur, mais, pour que ce bilan ait valeur d'authenticité, nous sommes obligés de prendre en compte vos facultés intellectuelles...enfin si on peut appeler ça des facultés !

Charles : Bon, cessons cette mascarade... appelez-moi votre responsable !!!

Patrick : Je n'ai pas de responsable... mais vous voulez le poste ?

Charles : Pardon ?

Patrick : Vous souhaitez devenir mon responsable ?

Charles : Vous venez de me dire que j'étais un imbécile

Patrick : Pardon, pas un imbécile, un gros con !

Charles : Il y a une différence ?

Patrick : Techniquement, oui.

Charles : Bref, vous me dites que je suis un gros con et vous me proposez de devenir votre chef ?

Patrick : Ah mais monsieur, ce n'est pas incompatible... c'est même souvent très apprécié !!!

Charles : Eh bien j’accepte !!!

Patrick : Tant mieux, (Ils changent de place) Tant mieux, disais-je, parce que je voulais vous dire, monsieur mon supérieur hiérarchique, qu'il y a un emmerdeur qui me tient la grappe depuis 5 minutes... je ne tiens plus à m'en occuper, je vous le laisse !!!

Charles : Non mais dit donc mon petit vieux, un autre ton s'il vous plaît !!! maintenant que je suis votre responsable, ça va changer !!D’abord, on va arrêter ce genre d'entretien absurde et on va aussi arrêter de recruter n'importe comment !

Patrick : Vous avez raison, vous êtes viré !!!

Charles : Mais vous ne pouvez pas, je suis votre supérieur hiérarchique !

Patrick : Ah bon, vous avez un contrat ?

Charles : Ben non !

Patrick : Alors, vous êtes viré ! Donc, je vous invite à revenir à votre place

Charles : Bon, maintenant que la mascarade est finie, nous allons enfin pouvoir revenir à mon cas !

Patrick : Une minute ! Je vois que vous avez travaillé

Charles : Moi ? Mais quand ça ?

Patrick : Mais ici même, en tant que responsable d'agence

Charles : Mais...  C’est complètement absurde ! (S’énervant) Vous allez arrêter de me prendre pour un...

Patrick : Un gros con ?

Charles : Ça suffit ! Faites votre boulot sérieusement ou je sens que ça va mal tourner

Patrick : Pas de soucis, je vais vous réinscrire

Charles : Ce serait bien, oui !

Patrick : Cependant, j'aurais besoin de certains éléments, notamment votre contrat de travail !

Charles : Mon... mais enfin, puisque je n'en ai pas ! Vous le savez bien !

Patrick : Ah mais je ne sais rien, moi monsieur ! Il s'avère que vous avez travaillé ! Il me faut donc votre contrat pour que je puisse valider votre dossier

Charles : Ça suffit ! Appelez-moi votre responsable !

Patrick : Je n'en ai pas, je viens de le renvoyer, mais je vais vous accorder une faveur, je vais vous réinscrire quand même. Mais c'est bien parce que c'est vous !

Charles : bon, on va y arriver

Patrick : Cependant, pour ne rien vous cacher, comme votre dossier est incomplet, vous allez être radié pendant 2 mois

Charles : Pardon

Patrick : Eh oui, monsieur, c'est le règlement !

Charles : Mais, mes allocations

Patrick : Ah, suspendues elles aussi, monsieur !

Charles : Mais comment je fais pour vivre ? Je n'ai pas un centime de côté !

Patrick : Faites une réclamation !

Charles : Mais à qui ?

Patrick : Mais à mon supérieur... enfin, dès que j'en aurais un

Charles : Bon, là, ça suffit ! Tu veux jouer au con ? D'accord, je vais te casser la gueule, espèce de … (Chantal le retient)

Chantal : S'il vous plaît monsieur, pas de violence !

Patrick : Calmez-vous ou j'appelle la sécurité ! Clément !

Clément (sortant de la remise) : Hein ?

Charles : Je vous préviens, ça ne se passera pas comme ça ! J'en référerais à qui de droit !

Patrick : Faites, monsieur, Faites !

(Il sort rageusement)

Patrick : Je vous en prie, monsieur, passez une excellente journée !

Charles(menaçant) ; On se reverra !

 

Acte 1 scène 6 :

Clément Patrick Chantal

 

Patrick : Et voilà, une radiation, une !

Chantal : Vous devriez faire attention, il vous a quand même menacé !

Patrick : Des menaces de chômeurs, pas grand-chose à craindre,

Chantal : Vous savez, le désespoir, ça peut rendre un homme dangereux.

Patrick : Dangereux pour lui-même en général, et un chômeur qui se suicide, c’est aussi très bon pour les chiffres et justement, je dois faire du chiffre

Chantal : Monsieur Patrick, Je ne conteste pas l'efficacité, mais sur la manière, il y a un peu à redire

Patrick : Ma chère Chantal, le ministère du travail nous demande du résultat, eh bien, je fais du résultat !

Chantal : Mais le résultat, n'est-ce pas de trouver du travail aux gens ?

Patrick : Non, le résultat, c'est de faire baisser le chiffre du chômage

Chantal : Mais c'est en les aidant à trouver du travail qu'on fait baisser le chômage !

Patrick : Chantal, vous auriez sans doute raison si nous étions dans une période de plein emploi, mais du travail, regardez ici, il n'y en a pas ! Malgré ça, le gouvernement veut pouvoir annoncer de bonnes nouvelles aux français, avouez que l'intention est louable, donc, j'y contribue à ma modeste échelle !

Chantal : En faisant tourner bourrique les demandeurs d'emploi ?

Patrick : Chantal, comment comptabilise-t-on le...

Il vous reste 90% de ce texte à découvrir.


Connectez vous pour lire la fin de ce texte gratuitement.



Retour en haut
Retour haut de page