Une famille peut en cacher une autre

Afin de décrocher un gros contrat, Romain, un jeune patron d’entreprise, a accepté l’étrange
caprice de son client qui exigeait de venir conclure l’affaire à domicile, en présence de la
famille de Romain. Le seul hic est que Romain a rompu avec sa véritable famille; il va donc
louer les services de la famille d’un de ses fidèles employés qu’il installe dans une
magnifique demeure ; seulement, on ne s’improvise pas grands bourgeois du jour au
lendemain, c’est ce que découvrent peu à peu les membres de cette fausse famille. Des rôles
très contrastés: d’un côté des bourgeois snobs et suffisants et leur fille, grande bringue
totalement inhibée , de l’autre, les parents de «substitution», braves prolos très nature, la
grand-mère qui l’est tout autant et la fille plutôt baba-cool. Pour soutenir Micheline, la mère,
Juliette, la copine de toujours acceptera, en prenant son rôle très à cœur, de venir jouer les
employées de maison. Mais… Au fait… Qu’est ce qui peut bien pousser l’industriel à venir
signer des contrats en présence de la famille de Romain? Aurait-il une idée derrière la tête?
Jeux de mots, situations comiques et personnages hauts en couleur sont les ingrédients de
cette joyeuse comédie

Décor (1)

Un décor uniqueUn salon bourgeois. Au mur des tableaux contemporains

ACTE 1

 

(Victor entre sur scène, il est vêtu d’un bleu de travail. Après avoir tâté le canapé pour en vérifier le confort, il s’installe, s’adosse puis finit par mettre les pieds sur la table basse du salon. Il savoure le moment, visiblement heureux. En coulisse, on entend la voix de Micheline qui pousse des cris d’extase ponctués de «Oh la la!»)

 

Micheline- (voix off) Oh la la!.... Oh la la!

(Un temps, puis elle entre, côté jardin. Elle est vêtue d’une blouse)

 

Micheline- Non mais, tu as vu ? Tu as vu la salle de bain ? Je ne sais pas pourquoi je dis salle de bain, vue la taille de la baignoire, je pourrais aussi bien dire la piscine… Tu as vu, on pourrait se tenir à quinze dans la baignoire. C’est incroyable non ?

 

Victor- Micheline, je ne vois pas ce qu’on ferait à quinze dans une baignoire, tu peux toujours inviter une équipe de rugby si ça te chante, moi, à partir du moment où je ne suis pas obligé de leur gratter le dos et de leur passer la savonnette.

 

Micheline- Et la température pré réglée ? Tu tournes le robinet et tout de suite tu as de l’eau tiède ! Tu te rends compte ! De l’eau tiède ! Tu ne trouves pas cela génial ?

 

Victor- Je vois que tu as découvert l’eau tiède, c’est bien Micheline, c’est bien.

 

Micheline- C’est ça ! Moque-toi de moi ! Dis donc ! Tu crois que ça t’autorise à mettre les pieds sur la table ? Fais attention ! Tu vas l’abîmer. Victor ! Voyons !

 

Victor- (enlevant ses pieds) Oh ! C’est bon ! Je fais comme je veux…Après tout je suis chez moi… Enfin presque.

 

Micheline- Oui presque… Je ne te le fais pas dire… Nous sommes… presque chez nous, seulement ce n’est pas chez nous… Je vais te dire Victor, moi ça me fait peur. Tout ce luxe, tous ces machins… C’est bien simple, je n’ose même pas m’asseoir tellement j’ai peur de salir… Nous n’aurions jamais dû accepter…Tu crois qu’on y arrivera ?

 

Victor- Bien sûr qu’on y arrivera ! Ce n’est tout de même pas compliqué de jouer les riches ! Moi je trouve plutôt ça bien comme job… C’est tranquille ! (Il remet ses pieds sur la table.)

 

Micheline- Victor ! Tes pieds !

 

Victor- Micheline ! Arrête de me les casser mes pieds. J’ai tout de même droit de les mettre où je veux. Tiens ! Viens t’asseoir un peu, toi aussi… Fais comme moi ! Entraîne-toi à ne rien faire, tu verras, c’est très facile. Allez ! Viens que je te dis ! Assieds-toi ! (Elle s’assied avec précaution sur le bord du canapé.) Maintenant, tu fais comme moi. (En décomposant lentement ses gestes, il croise ses doigts puis tourne ses pouces.) Tu as bien vu ? À toi. (Micheline, à son tour se tourne les pouces.)

Holà ! Moins vite ! Rappelle-toi que tu es riche. Tu n’as rien d’autre à faire que de te tourner les pouces… Dou-ce-ment. (Il tourne ses pouces au ralenti, bientôt imité par Micheline.) C’est bien ! Tu vois que tu y arrives.

 

Micheline- (Elle sourit puis s’arrête et jette un regard circulaire sur les tableaux) Toutes ces horreurs ! Qu’est-ce que c’est moche !

 

Victor- Ce n’est pas moche, c’est de l’art.

 

Micheline- Tu trouves que c’est de l’art ? Ben moi, je trouve que c’est plutôt du cochon.

 

Victor- Faut reconnaître que c’est différent de ta collection de calendriers de la poste. A chacun ses goûts.

 

Micheline- Victor ! Dis-moi tout de même que j’ai raison. Ma collection de « petits chatons dans la corbeille » c’est tout de même plus joli que ça. Non ?

 

Victor- Chacun ses goûts ! Faut que tu le saches, les riches, ils n’aiment pas trop « les petits chatons dans la corbeille. »

 

Micheline- Et pourquoi ils n’aiment pas « les petits chatons dans la corbeille » ?

 

Victor- Parce que… C’est comme ça ! … Ils les prennent pour faire plaisir au facteur mais après ils les fourguent dans un tiroir.

 

Micheline- Je ne te crois pas.

 

Victor- Si je te le dis !

 

Micheline- Comment peut-on mettre les « petits chatons dans la corbeille » dans un tiroir ? C’est insensé ! Et tout ça pour préférer des barbouillages ?

 

Victor- Ce ne sont pas des barbouillages… Tiens !... Prends ce tableau par exemple… Tu sais ce que ça représente ? Non ? Et bien figure-toi qu’il représente tout simplement l’exact reflet de nos angoisses existentielles.

 

Micheline- Non !

 

Victor- Et ben si !

 

Micheline- Et qu’est-ce que ça veut dire ?

 

Victor- Je n’en sais rien. C’est Romain qui m’a dit de dire ça.

 

Micheline- Et toi tu répètes bêtement sans savoir ce que ça veut dire ?

 

Victor- Ça n’a pas d’importance. L’essentiel, c’est que ça fasse riche parce que vois-tu, si tu veux jouer les riches, tu as intérêt à causer riche.

 

Micheline- T’as intérêt ! T’as intérêt ! Tu en as de bonnes ! Si tu crois que ça va être facile ! Je n’ai jamais appris à causer riche, moi !

 

Victor- Ce n’est pas compliqué, tu auras qu’à reprendre ce qu’ils disent, ils ne s’en rendront pas compte parce que, vois-tu, les riches, on leur a peut-être appris à parler mais pas forcément à écouter. La plupart d’entre eux n’entendent que leurs propres mots, il te suffira de les répéter.

 

Micheline- Ca va être gai !

(Entrée d’Émilie. Elle est habillée baba-cool.)

 

Émilie- Ben alors ? Je vous cherche partout ! C’est quoi ce délire ?

 

Micheline - Ah ! Ma fille, te voilà !

(Elles s’embrassent.)

 

Victor- Et moi ? Je sens mauvais de la bouche ou quoi ?

(Elle l’embrasse.)

 

Émilie- Bonjour Pa ! Alors ? Expliquez ! Qu’est-ce que c’est que ce plan ? J’arrive à la maison et je trouve votre mot :« Rendez-vous 8 rue des marronniers » Je déboule ici et je tombe sur cette baraque super « bourge ». Qu’est-ce que ça veut dire ?

 

Victor- T’as vu ça ? La classe, pas vrai ?

 

Émilie- Ouais ! C’est clair ! T’as changé de boulot ?

 

Victor- Pourquoi dis-tu cela ?

 

Émilie- Ben… j’sais pas… T’es devenu gardien de propriété, c’est toi qui vas entretenir le jardin, tondre la pelouse…

 

Micheline- Et oui ! Et pendant ce temps-là, moi je ferai la cuisine et le ménage et toi tu feras les carreaux.

 

Émilie- C’est pour cela que vous m’avez fait venir ? Pour faire les carreaux ? Merci ! C’est gentil d’avoir pensé à moi.

(Elle croise les bras et commence à bouder.)

 

Victor- Et quand tu auras fini, tu pourras m’aider à tailler les haies. N’est-ce pas génial ?

 

Émilie- Ben voyons ! Ça tombe bien, je n’ai que ça à faire ! Écoute bien mon cher Papa ! C’est d’accord ! On va se partager le boulot, toi, tu vas commencer à tailler tes haies et moi je vais me tailler toute seule. Allez ! Salut ! A la prochaine !

(Elle s’apprête à sortir.)

 

Victor- Holà ! Bijou ! Ne t’emballe pas comme ça ! C’est pour rire.

 

Émilie- Comment ça, pour rire ?

 

Micheline- Tu penses bien qu’on ne t’a pas fait venir pour faire les carreaux, déjà que tu ne les fais pas à la maison, on se doutait bien que tu n’allais pas les faire ici.

 

Victor- Émilie, écoute-moi deux secondes. On ne t’a pas demandé de venir pour travailler.  Non… On t’a appelé pour que tu fasses simplement la même chose que nous.

 

Émilie- C'est-à-dire ?

 

Victor- (à Micheline) Montrons lui !

(Ils croisent leurs doigts et se mettent ensuite à tourner leurs pouces en affichant un air satisfait.)

 

Émilie- Qu’est-ce que vous faites ?

 

Victor- Tu ne vois pas bien ? Regarde… Tu tournes tes pouces dans le sens des aiguilles d’une montre… Comme ça.

 

Émilie- Vous, vous avez fumé ! A tous les coups vous avez fumé la moquette. Ne dites pas non… Je vois bien que vous n’êtes pas dans votre état normal.

 

Micheline- Mais non, ma chérie, je t’assure, tout va bien.

 

Émilie- Arrêtez de vous payer ma fiole ! Maintenant, expliquez-moi ce que vous faites là.

 

Victor- Nous sommes comme qui dirait en vacances pour quelques jours.

 

Émilie- En vacances ? Ici ? A deux kilomètres de la maison ? Tu parles d’une idée !

 

Victor- C’est vrai que cela peut sembler bizarre… Il faut que je t’explique… En fait, nous ne sommes pas vraiment en vacances… Nous serions plutôt en congés… payés.

 

Émilie- Excuse-moi, mais là… J’avoue ne pas saisir franchement la nuance.

 

Micheline- Ce que ton père veut dire, c’est que nous ne sommes pas en vacances mais que nous sommes payés pour rester ici à ne rien faire.

 

Émilie- Ouais c’est ça… Je vais te croire.

 

Micheline- Mais si ! Je t’assure !

 

Émilie- Si c’est vrai, donnez-moi tout de suite l’adresse de votre employeur parce que moi je veux bien m’inscrire.

 

Victor- Ne t’inquiète pas ! C’est fait.

 

Émilie- Qu’est-ce que tu dis ?

 

Victor- Je dis qu’à partir de maintenant toi aussi t’es embauchée… embauchée comme nous, à rester ici à ne rien faire.

 

Émilie- Et si tu voulais bien m’expliquer tout cela très posément ? Tu veux bien mon petit Papa ?

 

Victor- C’est vrai que tout ceci vaut bien une explication. Tu connais Monsieur Romain ?

 

Émilie- Romain Le Petit, ton patron ?

 

Victor- Figure toi qu’il a rencontré la semaine dernière un futur client qui est propriétaire de deux usines et qui souhaitait changer tout son parc informatique ; Romain a tout de suite flairé le gros coup alors il ne l’a pas lâché et a persuadé le type que nous étions les mieux placés pour réaliser la vente et la maintenance du matériel.

 

Émilie- Franchement, je ne vois pas le rapport…

 

Victor- J’y arrive… Il faut tout de même que tu te rendes compte que si la boite emporte ce contrat, c’est de l’emploi assuré pour quelques années …  C’est pour cela que Monsieur Romain a voulu mettre le paquet pour chercher à séduire le client… Alors quand l’autre lui a vanté les mérites et les vertus de la famille, le Romain a commencé à le caresser dans le sens du poil, lui aussi y est allé de son petit couplet : « Comme vous, je suis attaché aux valeurs familiales inculquées par mon père. ..Tu vois le genre de baratin… Enfin bref ! Il en a tellement rajouté que l’autre a voulu à tout prix connaître cette famille si attachante et il a même suggéré avec insistance de signer le contrat dans la demeure familiale.

 

Émilie- Elle est bien ton histoire mais ça n’explique toujours pas…

 

Victor- Le gros hic dans cette histoire, c’est que le Romain, il n’a pas de famille.

 

Émilie- Comment cela, il n’a pas de famille ?

 

Victor- Un père alcoolique et une mère prostituée, des gens qu’il ne voit plus trop souvent… Mettons-nous à sa place, d’habitude, il n’a pas honte de son passé, mais là, après l’histoire qu’il venait de servir, il se voyait mal avouer la vérité ; c’est pourquoi il a pensé à moi…Enfin je veux dire à nous.

 

Émilie- Mais pour quoi faire ?

 

Micheline- Pour lui servir de famille pardi ! Tu n’as pas encore compris ? C'est pourtant simple... Il a loué cette grande demeure toute meublée et il n’y avait plus qu’à y mettre une famille… Alors, il en a parlé à Victor.

 

Émilie- Mais pourquoi c’est tombé sur toi ? Il y a eu un tirage au sort ou quoi ?

 

Victor- Non, c’est simplement parce j’entretiens de bonnes relations avec Romain. Tu sais, nous ne sommes pas beaucoup à connaitre son passé familial…. C’est pour ça que lorsqu’il m’en a parlé, j’ai accepté de le dépanner. Ne faites pas cette tête-là ! Vous verrez, ça risque d’être marrant.  .. Il suffit de prendre cela comme un jeu.

 

Émilie- T’en as de bonnes, toi ! Tu parles d’un jeu ! La prochaine fois que tu voudras jouer, je te conseille le jeu du solitaire, au moins tu n’embêteras personne.

 

Micheline- Moi aussi je te l’ai dit, Victor, tu aurais pu nous en parler avant de donner ton accord... Et je te le redis, je ne le sens pas du tout, du tout, ton truc.

 

Victor- Ce sera juste l’histoire de quelques jours, le temps que le contrat soit signé, vous pouvez bien faire un effort.

 

Micheline- Mais pourquoi a-t-il fallu qu’il dise que son père était dans l’import-export ! Je ne sais même pas ce que c’est ! Je vais encore avoir l’air malin si on me pose des questions.

 

Victor- Il n’allait tout de même pas dire que je n’étais qu’un simple petit employé dans sa boite… Après les bobards qu’il avait racontés, il lui fallait rester crédible… C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il nous a fait emménager dans cette splendide bâtisse. Ne vous faites pas de souci les filles ! Je vous assure que ça va aller. Vous vous faites du mouron pour rien.

 

Émilie- Pourquoi vous vous faites ? Doucement mon cher paternel ! Je n’ai rien à voir là-dedans moi ! Je vais te dire, votre petit jeu, ça ne m’intéresse pas.

 

Victor- Et bien si justement ! Toi aussi tu es concernée.

 

Émilie- Je voudrais bien voir ça ! Et pourquoi donc ?

 

Victor- Parce que pendant l’entretien avec son industriel, Romain lui a sorti que dans sa famille trois générations cohabitaient en harmonie sous le même toit, il y avait la grand-mère, les parents, sa sœur et lui-même. Sa sœur, à partir de maintenant, ce sera toi, donc tu seras priée de rester dans cette maison.

 

Émilie- Et si je refusais ?

 

Victor- Tu serais sans doute alors responsable du plus grand fiasco commercial de la région.  Mesure bien les conséquences, ma fille… Je ne veux rien t’imposer mais sache que si le contrat n’est pas signé, notre cher patron ne se privera pas d’en expliquer les raisons et personne ne pourra lui donner tort…  Ce jour-là, si tu veux te regarder dans la glace, ne compte pas sur moi pour te tenir le miroir.

 

Émilie- C’est du chantage ! C’est dégoûtant ! Ton cher patron, je ne le connais pas mais ça m’a l’air d’être un drôle de malade. Des abrutis pareils, il ne faudrait pas les laisser en liberté, il faudrait… Il faudrait les enfermer dans des placards.

 

Victor- Ma fille, le jour où on enfermera les abrutis dans les placards, crois-moi, il ne restera pas beaucoup de monde pour fermer les portes.

 

Micheline- Il n’empêche ! Reconnais qu'il n'est pas très net, ton Romain.

 

Victor- Je sais, Astérix le disait déjà : « Ils sont fous ces Romains » … En attendant, moi je me suis engagé, alors nous n’allons pas nous désister maintenant… Et puis Romain sait se montrer généreux… Regardez ! (Il montre un chèque.)

 

Micheline- Ah oui ! Tout de même !

 

Émilie- Libre à vous de vous faire acheter, en tous cas, moi je ne suis pas à vendre.

 

Victor- Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le au moins pour nous. Pour une fois qu’on te demande quelque chose ! Tu ne voudrais tout de même pas que je me retrouve au chômage ?

 

Émilie- Ne me dis pas que tu serais viré si tu refusais tout ce cirque.

 

Victor- Bien sûr que non ! Mais… Je me sentirais peut-être un peu responsable si par notre faute le contrat n’était pas signé, et dans ce cas-là, la seule solution qui me resterait, vois-tu, ce serait de partir sur la pointe des pieds en courbant l’échine comme un pauvre malheureux accablé par le poids de sa responsabilité.

 

Émilie- Arrête, je chiale. Tu sais, ce n’est pas la peine de faire semblant de jouer les martyrs pour me convaincre… Bon… D’accord… Il n’y a qu’à me rajouter dans le casting.  .. Mais… Dites-vous bien que c’est pour vous que je le fais et ne comptez pas sur moi pour être agréable avec votre Romain.

 

Victor- Merci ma fille ! C’est gentil de venir en aide à son vieux papa… Je vois que tu es encore capable de louables attentions.

 

Émilie- Louables ! C’est vraiment le terme approprié ! Rappelle-toi ! Je veux bien louer mes services mais pas question de me vendre en faisant n’importe quoi. C’est bien compris ?

 

Victor- Mais oui, mais oui… Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer.

 

Émilie- Bon… Ben, puisque je suis là, je vais en profiter pour visiter.

 

Micheline- Tu verras, ta chambre est celle qui se trouve à côté de la salle de billard. Bonne visite !

(Émilie sort tandis qu’on sonne à la porte d’entrée. Micheline va ouvrir, arrivée de Jules.)

 

Jules- Salut la compagnie ! Vous allez bien ? Dites donc ! C’est vachement chou ici ! (Il embrasse Micheline) Salut ma sœur, tu vas bien ?  Il embrasse Victor.) Et mon Totor, comment il va ?

 

Victor- Le Totor, il t’a déjà dit de ne pas l’appeler comme ça. Il s’appelle Victor et pas Totor !

 

Jules- Totor ! Tu t’entêtes et t’as tort !... Et méfie-toi parce que … Le tort tue !

 

Victor- Écoute Jules ! T’es gentil, mais vois-tu, aujourd’hui ce n’est pas le bon moment pour les visites. J’ignore comment tu as eu cette adresse, mais…

 

Micheline- C’est moi qui la lui aie donnée.

 

Victor- Toi ? Mais pourquoi ?

 

Micheline- Tu m’as bien dit qu’il nous fallait un ou une employée de maison, alors moi j’ai tout de suite pensé à Jules.

 

Jules- Et qui c’est qui a des bonnes idées ? C’est la Mimi, c’est la Mimi, c’est la Micheline. Pas vrai Totor ?

 

Victor- Ben… Euh… Euh… Je ne sais pas si… Euh…

 

Jules- Heu ! Heu ! Qu’est- ce qu’il y a ma poule? Tu sais qu’à force de faire des heu, tu vas finir par pondre. Ça ne te plait pas de m’avoir comme employé ? C’est ça ? Dis-le !

 

Victor- Je ne dis pas ça, mais …Euh…

 

Juliette- Arrête de pondre que je te dis ! Tu crois que je n’y arriverai pas ?

 

Victor- Mais Jules, tu n’as jamais fait ça ! Tu n’as aucune référence.

 

Jules- Je t’en ficherai des références ! Depuis le temps que je regarde les séries à la télé, j’ai bien vu comment il fallait faire ... Et puis… Regardez ! (Il enlève son manteau qu’il donne à Victor et apparait vêtu d’un gilet sans manches.) Alors ? Vous avez vu ? La classe, non ?  (A Victor qui tient son manteau) Monsieur a l’air embarrassé, puis je le débarrasser ?

 

Victor- (lui redonnant le manteau) Bien sûr que vous pouvez me débarrasser et puis vous en profiterez aussi pour débarrasser le plancher.

 

Jules- Monsieur me fout à la porte ? Monsieur est trop injuste ! Monsieur n’est pas content de mes services ?

 

Victor- Non, Monsieur n’est pas content.

 

Jules - Si je comprends bien, Monsieur souhaite me remercier ?

 

Victor- Oui, c’est ça… Monsieur le souhaite.

 

Jules- Monsieur dit qu’il n’est pas content et dans le même temps il veut me remercier ? Moi, je trouve que Monsieur débloque complètement.

 

Victor- Jules ! Arrête ton cinéma, tu veux bien ? Le film n’est même pas encore commencé ! Alors tu vas tranquillement rentrer chez toi et on se verra la semaine prochaine, d’accord ?

 

Micheline- Victor ! Je te préviens, c’est Jules ou personne. Moi, sa présence me rassure… Avec lui, je me sentirai plus en confiance. Je préfère te prévenir, si mon frère n’est pas avec moi, j’arrête tout et je rentre à la maison.

 

Victor- Allons Micheline ! Tu ne ferais pas ça.

 

Micheline- Si je te le dis, tu peux me croire ! C’est lui ou rien.

 

Jules- C’est bon ? Le problème est réglé ? Ne fais pas la gueule Totor, puisque je te dis que ça va le faire… (À Micheline) Dis donc, tu me fais visiter ?

 

Micheline- Bien sûr ! Tu vas voir, ça vaut le détour.

(Ils s’apprêtent à sortir vers les appartements. on sonne à la porte.)

 

Jules- (revenant) Monsieur veut que j’aille ouvrir ?

 

Victor- Monsieur te rappelle que tu n’es pas encore en service alors laisse-moi ouvrir les portes tout seul.

 

Jules- Comme tu veux mon Totor !

 

Victor- Et cesse de m’appeler Totor. Tu sais bien que ça m’énerve.

 

Jules- Ne t’inquiète pas Totor ! Quand je serais larbin, je n’oublierai pas de t’appeler Milord.

(Il sort tandis que Victor va ouvrir. Entrée de Romain)

 

Romain- Bonjour Victor ! Ça va ? L’installation se passe bien ? La maison vous plait ?

 

Victor- La maison dites-vous ? Ce n’est pas une maison, c’est un château. Vous n’avez pas fait les choses à moitié, Monsieur Romain.

 

Romain- N’exagérons rien ! Mais c’est vrai qu’elle a de la gueule. C’est bien pour cela que je l’ai choisie …Rappelez-vous, mon cher Victor, que si nous voulons décrocher le marché, il va falloir qu’on sorte le grand jeu.

 

Victor- Comptez sur nous Monsieur Romain, nous allons y arriver.

 

Romain- Mon cher Victor, je vous rappelle que vous êtes supposé être mon père, il faudrait peut-être arrêter de m’appeler Monsieur Romain ne croyez-vous pas ?

 

Victor- Bien entendu… Euh… Romain. Dites-moi ? Comment s’appellent nos futurs invités ?

 

Romain- Hubert et Jacinthe De la Mortadelle. Rien qu’à l’évocation de leur patronyme, on se fait déjà une petite idée du genre de clients que cela peut être, n’est-ce pas ?

 

Victor- En effet ! On peut imaginer.

 

Romain- Et bien, figurez-vous que ce que vous imaginez n'est rien à côté de la réalité.

 

Victor- Que voulez-vous dire ?

 

Romain- Vous comprendrez quand vous les aurez vus mais croyez-moi, si je mets en place tout ce cinoche ce n’est pas pour rien. La conversation que j’ai eue avec De la Mortadelle m’a rapidement permis de constater que j’avais à faire au genre de client qui ne partage son opinion qu’avec lui-même.

 

Victor- Je commence à cerner la bête… En somme quelqu’un de souple et de très ouvert, n’est-ce pas ?

 

Romain- Oui ! C’est cela même…  Donc il n’y a pas à tortiller, si nous voulons signer le contrat, il va nous falloir abonder dans leur sens. Puisque ces gens sont tellement attachés à la tradition, nous allons leur en donner pour leur fric… C’est donc pour cela, mon cher père, que je vous vouvoierai et que je vous prierai de faire de même.

 

Victor- Et ben ! On n’a pas fini de rigoler.

 

Romain- Surtout pas, malheureux ! Si d’aventure il vous prenait l’envie de rire, faites-le discrètement… Je vous rappelle qu’il y a tout de même quelques millions en jeu.

 

Victor- Pas de problèmes ! On saura se tenir.

 

Romain- Dites, il va falloir songer à aller vous habiller. N’oubliez pas ! Gilet et cravate obligatoires.

(Entrée d’Émilie)

 

Émilie- Dis donc P’pa! T’aurais pu me prévenir avant… Si j’avais su, j’aurais apporté mes rollers pour visiter la bicoque. Purée ! C’est vachement grand ! (Apercevant Romain) Bonjour !

 

Victor- Émilie, ma chère enfant, j’ai le plaisir de vous présenter votre frère Romain.

(Émilie, changeant de tête)

 

Émilie- Ah !...  C’est vous.

 

Romain- Je vois que ça a l’air de vous ravir.

 

Victor- Je vais vous laisser faire connaissance, je vais voir où en est Micheline et puis il faut que j’aille me changer…

 

Romain- Oui, je pense qu’il est temps.

 

Victor- A tout à l’heure !

(Il sort.)

 

Romain- Vous aussi, vous ne pouvez pas rester comme cela.

 

Émilie- Pardon ?

 

Romain- Je dis que vous aussi, vous ne pouvez pas rester fringuée ainsi… Croyez-vous que je puisse avoir une sœur babacool ? Réfléchissez deux secondes, enfin !

 

Émilie- Et pourquoi pas ? Même dans les familles de bourges il y a des baba-cool comme vous dites.

 

Romain- Et bien, pas chez nous ! Voyez-vous, nous avons des valeurs et des traditions qui ne nous autorisent absolument pas ce genre d’excentricités. Vous trouverez dans l’armoire de votre chambre des tenues qui conviendront beaucoup mieux à votre nouvelle personnalité. Je vous invite à les essayer sans tarder.

 

Émilie- Oh ! Doucement ! Je n’aime pas qu’on soit directif comme ça avec moi. Je le ferai si j’ai envie.

 

Romain- Non ! Vous le ferez parce que votre famille est payée pour le faire et vous le ferez pour que la boite puisse obtenir ce fabuleux contrat qui profitera à moi-même mais aussi à tous les employés, y compris votre père.

 

Émilie- Vous, vous êtes un gros malade.

 

Romain- Pas du tout Mademoiselle. Vous savez, je ne fais que réécrire une musique que je n’ai pas moi-même composée.

 

Émilie- Il n’y a pas de doute, vous semblez avoir des dispositions. Au bal des faux-culs vous seriez chef d’orchestre. Je vous vois bien diriger la valse des hypocrites.

 

Romain- Vous-même, j’ai un peu de mal à vous imaginer sur la piste de danse parce que voyez-vous, d’habitude les sales gosses, on ne les envoie pas au bal, non, les sales gosses mal élevés, on les envoie directement au lit. (On sonne à la porte d’entrée.) Laissez ! Je vais ouvrir. Allez-vous habiller !

 

Émilie- Je peux vous faire une confidence ?

 

Romain- Allez-y !

 

Émilie- Je crois que je ne vais avoir aucun mal à vous détester.

 

Romain- Soyez rassurée ma chère sœur, je pense moi-même pouvoir partager ce sentiment.

(Elle sort tandis que Romain se dirige vers la porte d’entrée pour aller ouvrir. Entrée de Papy, un panier à la main.)

 

Papy- C’est bien ici qu’il est, Victor?

 

Romain- Victor ? Oui… Mais… Qu’est-ce que vous lui voulez ?

 

Papy- Moi ? Je lui veux que du bien, vu que c’est mon fils. Un bon gars, d’ailleurs puisqu’il m’a invitée à passer quelques jours de vacances avec lui et sûrement avec vous aussi, Romain… C‘est bien ça ?

 

Romain- Oui… Mais… Comment cela… Quelques jours de vacances.

 

Papy- On a besoin d’un Papy qu’il m’a dit le Victor… T’auras rien à faire, simplement te faire beau et t’entraîner à boire du thé en levant le petit doigt. Je n’ai pas bien compris ce qu’il voulait dire, le Victor, mais je me suis dit : « Allons-y ! On verra bien » … Quelques jours, nourri, logé, blanchi, ça ne se refuse pas… Comme on dit, c‘est l‘occasion qui fait le «lardon», pas vrai ?

 

Romain- Le larron … On dit le larron, pas le lardon.

 

Papy- (l’ignorant) Ben dis donc ! Ben dis donc ! Ça m’a l’air ben cossu … Doit y en avoir pour des sous, là-dedans. Moi, ce n’est pas avec ma petite retraite que je pourrais me payer ça… Pour une fois, j’ai l’impression qu’il ne m’a pas raconté de salades, le Victor… Oh ! Tiens ! A propos de salades… (Il sort de son panier une botte de poireaux.) Je vous ai apporté des poireaux, ils viennent de mon potager. Tenez ! C’est pour vous.

 

Romain- Non merci.

 

Papy- Pourquoi non ? Vous n’aimez pas les poireaux ? Si vous ne savez pas les préparer, je pourrais vous aider.

 

Romain- Non merci ! Ça ne m’intéresse pas.

 

Papy- On ne vous a jamais dit que c’est très mal poli de refuser un cadeau ? Prenez-les que je vous dis.

 

Romain- Si vous y tenez… Mais… Comment vous dire… Je pense que cela ne va pas le faire… Il serait préférable que vous rentriez chez vous.

 

Papy- Rentrer chez moi ? Vous rigolez ! Je me suis tapé deux heures de train pour venir, ce n’est pas pour repartir aussi sec dans l’autre sens.

 

Romain - Écoutez… Vous n’avez pas du tout le profil que j’attendais.

 

Papy- Comment cela, je n’ai pas le profil ! Qu’est-ce qu’il dit le gars ! Qu’est-ce qu’il a mon profil ? S’il ne vous plait pas, il vous suffira de me regarder de face… Si y a que ça pour vous faire plaisir… Vous, vous êtes un drôle !

 

Romain - (sortant plusieurs billets et les lui tendant) Tenez ! Prenez ceci et retournez chez vous… Si nous n’avons pas de grand-père, tant pis ! …  Je trouverai bien une explication… Je dirai qu’il est parti à l’hôpital…

 

Papy- Et puis quoi encore ! Je ne suis pas malade ! A l’hôpital ! Pourquoi pas à la morgue pendant que vous y êtes ! Vous voulez me porter la poisse ? Non, non…Vous vouliez un grand-père, vous l’avez alors je ne vois vraiment pas où est le problème.

 

Romain - Je n’ai pas le temps de vous expliquer… Mais franchement … Je ne vous vois pas du tout en grand-père bourgeois.

 

Mamie- Et c’est quoi un grand-père bourgeois ?

 

Romain - C’est un vieux monsieur capable de siroter une tasse de thé tout en parlant de son dernier bridge. Voyez-vous, sans vous chagriner, il me semble que vous manquez, comment dire… De prestance… Mais j’imagine que je vous parle en hébreu… Savez-vous seulement ce qu‘est le bridge.

 

Papy- Ce n’est pas parce que je porte un dentier que je ne sais pas ce que c’est que le bridge. Non mais ! Vous me prenez pour un « anana phalbête » ou quoi ?

 

Romain - Mais non ! Je vous demande simplement de reprendre le train et de rentrer chez vous

 

Papy-  Vous voulez que ce soit moi qui reprenne le train alors que c’est vous qui déraillez ? Vous rigolez !  Non, non… Pour une fois que je pars en vacances… Moi, j’y suis… J’y suis !  Qu’est-ce qu’il y a qui ne vous convient pas ? Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?

 

Romain- Bon ! Je vais aller droit au but… Ce n’est pas du tout comme cela que je vous imaginais. Ne le prenez pas mal mais vous n’avez pas vraiment la tête de l’emploi…

 

Papy- Ne dites pas ça ! Faites-moi confiance… Vous jugerez à l’usure.

 

Romain- Vous voulez dire à l’usage ?

 

Papy- Si vous voulez…

 

Romain- Tout de même…

 

Papy- Oh le petit fils !  Ça suffit ! On se calme ! Comme dit monsieur le curé : « faudrait tout de même pas pousser pépé dans les hosties » alors on arrête de faire son « critiqueur » et à partir de maintenant on fait confiance à Papy. D’accord ?

 

Romain- Heu… Oui… Mais…

 

Papy- Y a pas de mais qui tienne. Si vous croyez qu’on peut se débarrasser de son grand-père aussi facilement… Vous vous mettez le doigt dans l’oreille mon petit monsieur.

 

Romain- Dans l’œil… Pas dans l’oreille, on dit dans l’œil.

 

Papy- Mettez-le où vous voulez mais maintenant fichez moi la paix ! Ah mais ! A-t-on jamais vu cela ! C’est qu’il ferait enrager un mouton, l’animal !

 

Romain- Enfin ! Puisque je vous dis…

 

Papy- Quoi encore ? Vous savez que ce n’est pas beau de contrarier son grand-père… (lui enlevant les billets qu’il tenait toujours en main) Et puis d’abord, donnez-moi ça… Ça vous apprendra à me les agiter sous mon nez et ça me fera toujours un peu d’argent de poche.

 

Romain- D’accord ! D’accord ! Vous avez gagné ! Au point où nous en sommes, nous verrons bien.

 

Papy- Micheline et Victor sont vers là ? Allons les retrouver…

Et bien ! ... Vous ne venez pas ?

 

Romain- Non merci ! Vous savez, j’ai besoin d’un peu de temps pour m’habituer à ma nouvelle famille (Lui redonnant la botte de poireaux) Tenez ! Je vous les rends… C’était gentil de votre part, mais … Voyez-vous… Je n’ai pas de vase.

(Il reprend les poireaux et sort vers les appartements tandis que Romain s’assied, l’air abattu. Arrivée de Jules)

 

Jules- Monsieur a besoin de quelque chose ?

 

Romain- Non merci ! … Au fait… Vous êtes qui ?

 

Jules- Je suis le valet de chambre… Je suis au service de Monsieur.

 

Romain- Vous vous appelez ?

 

Jules- Je ne sais pas, je n’ai pas encore réfléchi à la question. J’hésite encore entre John et Miguel. Monsieur aurait une préférence ?

 

Romain- Qu’est-ce qu’il me raconte encore celui-là ! Vous hésitez entre deux prénoms, c’est cela ?

 

Jules- Oui Monsieur.

 

Romain - Que vous vous appeliez John ou Miguel, dites-le-moi, quelle importance ?

 

Jules- Monsieur plaisante ! Monsieur ne peut ignorer qu’actuellement l’employé de maison anglais est très tendance… Maintenant, si Monsieur veut rester tradition, le portugais se porte toujours bien. C’est pourquoi je laisse le choix à Monsieur.

 

Romain- Vous êtes gentil mais là… Si vous pouviez me laisser un peu tranquille, ça m’arrangerait.

 

Jules- Que Monsieur compte sur moi, je vais réfléchir.

(Entrée de Victor, il est habillé en costume, une cravate dénouée autour du cou.)

 

Victor- Jules qui s’apprête à réfléchir ? Ça, ce n’est pas courant, Quel événement !

 

Jules- Et un Totor qui se croit plus fin qu’un fil de fer ! Quel événement !

 

Victor- Dis donc Jules ! Si tu veux être dans ton rôle, tu ferais bien d’imaginer que tu parles à ton employeur.

 

Jules- Du calme Totor ! Tu ne vas pas commencer à te la péter. Ce n’est pas parce que tu t’es habillé comme un pingouin qu’il faut t’y croire.

 

Victor- Attends ! Jules ! Excuse-moi ! Ne te fâche pas comme ça !

(Il sort en claquant la porte. Victor regarde Romain)

Ne vous inquiétez pas… Ce n’est rien… Je le connais, dans cinq minutes il n’y pensera plus. Ne faites pas cette tête, je vous assure que ça va bien se passer. Au fait…Vous devez savoir faire les nœuds de cravate mieux que moi … Parce que moi…

 

Romain- Victor, vous savez quoi ?

 

Victor- : Euh… Non.

 

Romain- Je commence à me rendre compte que lorsque j’étais orphelin, je ne connaissais pas mon bonheur.

 

 

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FIN DU PREMIER ACTE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Acte deux.

 

(Entrée de Victor, il termine la visite.)

 

Victor- Et puis enfin le salon… C’est par là que tu es arrivé. (S’apercevant qu’il est seul) Mais… Où est-elle donc passée ? (Se tournant vers la coulisse) Papa ? Où es-tu ?

 

Papy- (voix off) Voilà ! Voilà ! J’arrive… (Il apparaît, un bol et une petite cuillère à la main.)

 

Victor- Qu’est-ce que tu fabriquais ?

 

Papy- J’ai fait un petit détour par la cuisine. Tu sais bien que j’aime faire mon gourmand… (Il commence à manger puis fait la grimace) Qu’est-ce que c’est que ça ? Ce n’est pas de la confiture de mûres !

 

Victor- Fais voir… Mais ce n’est pas de la confiture, c’est du caviar ! Ne mange pas tout, c’est pour les invités.

 

Papy- Je sens que j’ai bien fait d’apporter mes poireaux parce que s’il n’y a que ce genre de machins à manger…  Ça ne va pas être la fête.

 

(Arrivée de Micheline. Elle porte un tailleur.)

 

Micheline - Ah ! Vous êtes là ! Bonjour Papy ! Vous aussi, il a réussi à vous convaincre ? Pauvres de nous ! Plus j’y pense, plus je suis persuadée que c’est une erreur d’avoir accepté cette folie. Qu’allons-nous devenir ! Mais juste ciel ! Victor ! Pourquoi as-tu accepté une telle épreuve ? Pourquoi ? Pourquoi ? Dis-le-moi !

 

Victor- Un petit séjour en pension complète et tu n’es pas contente ? Honnêtement je ne vois pas pourquoi tu râles.

 

Papy- Il a raison le Victor, y a pas de soucis à se faire… Dans une belle maison comme ça ? On va être comme des coqs en plâtre.

 

Victor- Des coqs en pâte, pas en plâtre.

 

Papy- Si tu veux ! N’empêche qu’on va être bien.

 

Micheline- Il aurait fallu qu’on fasse des répétitions… Faire la grande dame vous croyez que ça s’improvise ? Et tous ces gadgets, ces télécommandes, y en a partout ! Impossible d’ouvrir un volet où d’allumer une lumière sans ces maudits trucs… Ça m’énerve ! Si vous saviez comme ça m’énerve.

 

Victor- Arrête un peu de te soucier à l’avance ! Puisqu’on te dit que ça va aller. Holà ! Papa, il est temps que tu ailles t’habiller. Suis-moi ! Micheline, tu viens ?

 

Micheline- Non. Je reste ici. J’ai besoin de me calmer.

(Sortie de Victor et Papy. Micheline sort à son tour pour revenir très rapidement avec un plumeau, elle entreprend alors de dépoussiérer les meubles. Entrée de Jules.)

 

Jules- Micheline ! Ça ne va pas ? Lâche- moi ce plumeau tout de suite !

 

Micheline- Ce n’est pas de ma faute, c’est plus fort que moi. Et en plus, ça me fait du bien, ça me calme.

 

Jules- Tu imagines… Si Romain arrivait.

 

Micheline- (continuant à dépoussiérer) Un dernier petit coup…

 

Jules- (Prenant l’accent anglais) Je dois dire à Madame que je trouve tout à fait incorrect que Madame cherche à me prendre mon travail. Do you understand ?

 

Micheline- (s’arrêtant) Qu’est-ce que tu nous fais Jules ? C’est quoi cet accent ?

 

Jules- My name is John, Madame. Dans une maison comme “le” votre, il est recommandé d’avoir des employées de nationalité britannique.

 

Micheline- Ah bon? Pourquoi?

 

Jules- Because c’est le must of the must, Madame.

 

Micheline- Mon pauvre Jules, tu débloques complètement !

 

Jules- (reprenant son accent français) Je ne débloque pas du tout, je cherche simplement à me mettre dans la peau du personnage ; et crois-moi, tu ferais bien d’en faire autant parce que là !  Avec ton plumeau, on ne peut pas dire que tu fasses grande bourgeoise. Allez ! Donne-moi ça ! (Il lui prend le plumeau.)

 

Micheline- Ce n’est pas de ma faute… Je ne le sens pas… Tiens ! Moi j’aurais préféré faire la boniche. Ça, ça m’aurait bien plu. T’as du pot ! … Tu vas pouvoir faire briller toutes ces belles choses toute la journée…

 

Jules- Mais ne t’inquiète pas, ma petite Mimi, tout ira bien. (Entrée de Victor et de Romain)

 

Victor- (à Romain) La cravate, vous croyez vraiment que c’est indispensable ?

 

Romain- Évidemment Victor ! Évidemment !

 

Victor- Moi, ça me sert le kiki, ce truc ! Je ne suis pas habitué… Vous savez, la dernière fois que j’en ai porté une, c’était pour la communion de la petite, c’est vous dire !

 

Romain- Vous vous habituerez… Je vous l’ai déjà dit, il est primordial que vous vous sentiez à l’aise… Vous êtes un patron de grande société…Le costume cravate est censé être votre habit de tous les jours.

 

Victor- (les mains dans les poches) Ouais ! Ben moi, je préfère mon bleu. Il est tout de même plus pratique.

 

Romain- Victor ! Enlevez vos mains de vos poches ! On dirait un marchand de bestiaux ! Un peu d’élégance, que diable ! Faites un effort ! (Apercevant Micheline) Et vous ? Voyons … (l’air dubitatif) Ouais… Marchez un peu pour voir…

(Micheline traverse la pièce lourdement, tête baissée) Mais… Qu’est- ce qu’elle me fait ! On dirait une vache qu’on amène à l’abattoir… Non ! Je rêve ! Ça vous dérangerait de faire un petit effort ?

(Micheline retraverse en prenant la même attitude)

 

Romain- C’est ça que vous appelez faire un effort ? Écoutez Micheline... Ce n'est pas parce que je loue vos services qu'il faut prendre un air aussi ... emprunté.

 

Micheline- Mais je ne sais pas comment faire… Je ne suis pas mannequin.

 

Romain- Ah non ! Ça c’est sûr !

 

Victor- Regarde Mimi ! Je vais te montrer. (Il arpente la scène en roulant des hanches exagérément, s’arrêtant de temps en temps pour prendre la pose.)

 

Victor- (minaudant à la manière d’un travesti) Tu vois ! Ce n’est pourtant pas très compliqué.

 

Jules- Il a raison le Totor ! Micheline regarde ! C’est simple.

(Il se met à son tour à arpenter la pièce en roulant des hanches et en prenant lui aussi des poses caricaturales.)

 

Romain- Ce n’est pas un peu fini vos singeries ? Vous vous croyez où ? Je ne vous demande pas de tortiller des fesses, je vous demande simplement de vous redresser pour essayer d’avoir un semblant d’allure. Il me semble que ce n’est pas trop vous demander ? N’importe quel abruti peut comprendre ça ! Non ?

 

Micheline- Tout à l’heure, il me traite de vache, maintenant, on se fait traiter d’abrutis ! Et après, on va nous dire que c’est nous qui manquons d’éducation ? Alors là ! Bravo ! (À Victor) Je t’avais dit que je ne voulais pas le faire.

(Elle sort.)

 

Victor- Micheline ! Attends ! Ne pars pas !

(Il sort à son tour.)

 

Romain- Qu’est- ce qu’ils me font ! Ce n’est pas vrai ! (À Jules) Non mais !... Vous avez vu ?

 

Jules- Yes Sir ! I ‘ve seen… But you know, je crois que vous les avez secoués un petit peu trop…  Keep cool et listen to me ! Comme on dit chez moi : Si tu mélanges du pudding et du caviar, ne sois pas surpris si cela a un drôle de goût. Do you understand?

 

Romain- Ouais… C’est ça… (Regardant sa montre) Holà ! Ils ne devraient pas tarder à arriver… Il faut que je me dépêche de rattraper le coup.

(Il sort. Jules reprend son plumeau et continue son ménage. On sonne à la porte d’entrée.)

 

Jules- Ce doit être eux… Rappelle-toi Jules… De la classe ! De la tenue ! Yes ! Yes ! J’arrive !

(Jules va ouvrir. Entrée de Jimmy. Il porte un blouson et … un nez rouge.)

 

Jimmy- Bonjour ma p’tit Papa !

 

Jules- Jimmy ! Qu’est-ce que tu fais là ?

 

Jimmy- C’est plutôt moi qui devrais te poser la question… Mais ne te fatigue pas, j’ai eu Émilie au téléphone, elle m’a tout expliqué. C’est génial ! Laisse-moi te regarder ! Qu’est- ce que tu es beau ! Tourne-toi un peu pour voir… Parfait ! J’ai l’impression que vous allez bien rigoler !

 

Jules- J’espère bien ! Nous sommes là pour ça, du moins… moi… Les autres… Je n’en suis pas si sûr… Dis donc, toi ! Tu as encore oublié d’enlever ton nez.

 

Jimmy- (l’enlevant) Ah oui ! A force de le porter, je ne m’en rends même plus compte.

 

Jules- Ce n’est pas parce que tu es clown qu’il te faut faire des heures supplémentaires. Ça a été hier ?

 

Jimmy- Ne m’en parle pas, je suis crevé ! Un spectacle et deux anniversaires. Tu sais, la vie de clown, ce n’est pas tous les jours de tout repos...

(Entrée d’Émilie. Elle porte à présent une jupe droite, un chemisier blanc et ses cheveux sont attachés.) « Mais qu’est-ce que c’est que ça que c’est ?» Émilie ! C’est toi ! Ouah ! Ouah ! Mais qu’est-ce que tu es mignonne ! (Il éclate de rire de plus en plus fort.)

 

Émilie- Bon ça va ! Ça suffit !

 

Jimmy- Excuse-moi, c’est nerveux… Sais-tu que, comme ça, t’es vraiment «canon».

 

Émilie- Ben voyons ! Moi, je suis peut-être « canon » mais toi, je t’assure que tu ne vas pas tarder à devenir « boulet ».

 

Jimmy- Le look d’enfer ! Vraiment la classe ! Cause un peu pour voir ?

 

Émilie- Arrête ton cirque, pauvre clown !

 

Jimmy- L’image c’est bien… Pour la bande son, il y aura encore quelques petits réglages à faire.

 

Émilie- T’en as pas marre d’être con ?

 

Jimmy- Holà ! De petits réglages ? Que dis-je ! De gros réglages ! Mais non ! Je plaisante ! Ne fais pas la tronche ! Tu es magnifique !

 

Émilie- Si tu crois que ça m’amuse ! Tu sais, si je fais ça, c’est uniquement pour faire plaisir aux parents. S’il ne tenait qu’à moi, il y a longtemps que je me serais cassée.

 

Jules- Si je peux intervenir, je dirais qu’il ne faut pas s’énerver, no, no , no! Miss Émilie est très pretty woman comme ça !  Je dirais même que Mademoiselle est encore plus jolie qu’une rose.

 

Jimmy- C’est quoi cet accent ? C’est ridicule.

 

Jules- Ridicuioule? Why not?

 

Jimmy- Parce que tu n’as pas l’air d’un anglais, c’est tout.

 

Jules- Tu as peut-être raison...  J’ai une meilleure idée ! Je vais le faire en portugais. Je pense que je serais pas mal en portugais.

 

Émilie- Mais reste comme tu es, Tonton Jules ! Je t’assure, en français, ça te va très bien.

 

Jules- Ah non ! Certainement pas ! Pour une fois que je peux m’amuser. Quand j’étais petit, je rêvais de faire du théâtre alors si aujourd’hui je peux réaliser mon rêve, je ne vais pas m’en priver.

 

Émilie- Aussi cabotin que son fils ! Nous voilà bien.

 

Jimmy- Les chiens ne font pas des chats, c’est bien connu.

 

Jules- J’ai trouvé, je suis portugaiche, je m’appelle Miguel Antonio Da Costa et je chuis au cherviche de Mademoichelle.

 

Jimmy- Si tu t’appelles Miguel Antonio, comment vas-tu appeler ton fils ?

 

Jules- Mon fiche ? Je vais l’appeler Manuel. Oui, Manuel ! Cha lui va bien Manuel.

 

Emilie- Ouais t’as raison. Manuel ça lui va mieux qu’intellectuel.

 

Jimmy- Ah ! Ça c’est fin ! Si, si ! Je t’assure, c’est amusant.

(Entrée de Romain)

 

Romain- J’ai entendu sonner mais… Manifestement ce n’est pas du tout ceux que j’attendais… (S’adressant à Jimmy) Vous êtes qui, vous ? Qu’est-ce que vous faites là ?

 

Jimmy- Salut ! Moi, c'est Jimmy, je passais dans le coin, je me suis dit que c’était l’occase de rendre visite à ma cousine Émilie.

 

Romain- (à Émilie) J’ai donné des consignes à vos parents et c’est valable pour tout le monde. Tenue stricte exigée et visites interdites. La famille ne doit pas s’afficher avec n’importe qui.

 

Émilie- Ce n’est pas n’importe qui ! C’est Jimmy, mon cousin.

 

Romain- Nous aurons déjà du mal à maîtriser la situation, je ne vois pas l’utilité de rajouter des impondérables.

 

Jimmy- C’est moi l’impondérable ?

 

Romain- Vous pourriez en faire partie… Écoutez ! Je n’ai rien contre vous et je ne peux rien vous expliquer mais croyez-moi dans l’intérêt de la famille, je vous prierai de ne pas fréquenter cette maison.

 

Émilie- Décidément ! Je constate encore une fois que vous êtes un vrai petit dictateur.

 

Romain- Vous ne comprenez donc pas que pour les De La Mortadelle, un type habillé comme ça pour eux, c’est de la racaille. Monsieur, ici présent, est considéré comme indésirable. C’est clair ?

 

Émilie- Très clair ! (Elle s’apprête à sortir puis revient sur ses pas.) Je vais tout de même vous dire un truc… Savez-vous que vous êtes encore plus bête qu’une prison ?

 

Romain- Une prison ? Je ne vois vraiment pas le rapport.

 

Émilie- Je vais vous le dire… Dans une prison, on peut trouver des cellules grises, chez vous, ça ne risque pas.

(Elle sort, furieuse en claquant la porte.)

 

Jimmy- Ben dites donc ! Vous, on sent que vous êtes copains.

 

Romain- (l’ignorant) Jules ! Vous pouvez raccompagner Monsieur ?

 

Jules- Je ne m’appelle pas Jules, Monchieur. Je chuis Miguel Antonio, je chuis portugaiche.

 

Romain- Tiens voilà encore autre chose ! Bon ! On s’en fout ! Que vous soyez Miguel, Antonio, ou les Beatles, fichez-moi ce type à la porte s’il vous plait !

 

Jules- (s’approchant de Romain) Allez ! Venez Monsieur !

 

Jimmy- Oh ! « Qu’est-ce que ce que ça que c’est » ! Ne me touchez pas où j’appelle mon Père ! (Il crie.) Au secours Papa ! Non… Je rigole ! Je m’en vais… Je ne voudrais surtout pas le contrarier mon petit Papa chéri.

 

Jules- Et vous auriez bien raison parche qu’il ne faut jamais contrarier les papas.

(Il le pousse vers la sortie. Il sort.)

 

Romain- A partir de maintenant… Heu… Miguel…C’est bien cela ?

 

Jules- Oui Monchieur ?

 

Romain- Il n’est plus question de faire entrer n’importe qui dans cette maison. Je me suis bien fait comprendre ? (Il acquiesce.) C’est bon ! Vous pouvez disposer.

 

Jules- Monchieur veut que je le laiche ?

 

Romain- Pardon ?

 

Jules- Je dis : Monsieur veut que je le laiche ?

 

Romain- Non ! Monsieur ne veut pas qu’on le lèche, Monsieur veut qu’on le laisse. Ce n’est tout de même pas pareil. Dites donc ! Vous êtes obligé de prendre cet accent ? C’est épouvantable. Je vous assure, on ne comprend rien.

 

Jules- Vous n’aimez pas l’accent portugaiche?

 

Romain- Non pas du tout !

 

Jules- Ce n’est pas grave ! Moi je ne suis pas là pour vous contrarier… Je vais changer… Et si je le faisais avec l’accent des pays de l’est ? Pourquoi pas ? Je suis sûr que ça fera bien… Ça être bonne idée, non ?  A partir de maintenant, je m’appeler Dimitri. Ça vous plaire Dimitri ?

 

Romain- Mais ce n’est pas vrai ! Vous, vous êtes vraiment grave !

(On sonne.) Ce doit être eux ! Allez ouvrir !

 

Jules- Je aller ouvrir tout de suite Monsieur !

(Il ouvre. Entrée de Hubert, Jacinthe et Aliénore.)

 

Romain- Entrez ! Entrez ! Je vous en prie ! Bonjour Monsieur De La Mortadelle !

 

Hubert- Bonjour cher ami ! Comment allez-vous ? Bien n’est-ce pas ? Puisque vous avez le plaisir de me revoir.

 

Romain- Mais… Bien sûr ! Monsieur De La Mortadelle. Vous avez fait bon voyage ?

 

Hubert- Il était exécrable… De nos jours, le premier bipède venu se réjouit de posséder une automobile… Il ne faut donc pas s’étonner de voir se multiplier les embouteillages… Enfin bref, nous sommes arrivés. Mon jeune ami, laissez-moi vous présenter mon épouse Jacinthe De La Mortadelle.

 

Romain- (tout en lui faisant un baisemain) Chère Madame, je suis ravi de faire votre connaissance.

 

Jacinthe- Et moi donc ! Monsieur De La Mortadelle m’a beaucoup parlé de vous et, je dois le dire, en des termes plutôt élogieux.

 

Romain- N’en croyez pas un mot, chère Madame ! Connaissant la mansuétude de Monsieur votre mari, le portrait était sans nul doute très exagéré.

 

Hubert- Madame De La Mortadelle, vous pouvez constater la modestie de notre hôte… Voilà à n’en pas douter le signe d’une belle éducation ! Décidément mon garçon, vous me plaisez ! Je l’ai vu dès le premier instant, c’est bien pourquoi j’ai tenu à vous présenter ma fille Aliénore.

 

Romain- Votre fille… Ah… Euh… Mademoiselle…Charmé, vraiment charmé !

(Il lui prend la main et s’apprête à lui faire un baisemain mais elle retire précipitamment sa main.)

Hubert- Aliénore! Voyons ! (Aliénore regarde Romain d’un air anxieux et commence à se ronger les ongles.) Et cessez de vous ronger les ongles ainsi ! C’est indécent ! (À Romain) Surtout n’en prenez pas ombrage et n’allez pas vous offusquer devant un tel comportement mais je dois vous dire que ma fille est d’une timidité maladive.

 

Jacinthe- Il faut l’excuser ! Notre enfant n’est pas habituée à rencontrer des jeunes gens de son âge

 

Hubert- Néanmoins ce n’est pas une raison pour céder à tous ses caprices. Aliénore! Je vous prierai d’accepter ce baisemain.

 

Romain- Laissez ! Ce n’est pas grave.

 

Hubert- Vous plaisantez j’espère ? Sachez Jeune homme que c’est avec ce genre de raisonnement que la France d’aujourd’hui se trouve dans cet état de déliquescence. La politesse est une vertu essentielle sur laquelle on ne peut transiger. Alors, je vous en prie, n’encouragez pas ce comportement. Allons, Aliénore! J’attends ! Tendez votre main ! (Aliénore retend sa main.  Dès que Romain s’est exécuté, elle se frotte le dos de sa main avec la paume de son autre main comme pour effacer la trace du baiser.)

Parfait ! J’espère que ce séjour et la fréquentation de ce jeune homme vous feront perdre vos mauvaises habitudes. N’est-ce pas Romain ?

 

Romain- Euh…Certes, certes… Dites-moi Monsieur De la Mortadelle… Nous allons nous occuper de vos bagages. Votre véhicule est en bas ?

 

Hubert- Oui ! Nous sommes garés dans la cour du parc. (Fouillant ses poches, il en sort des clés de voiture qu’il tend à Jules.) Vous trouverez nos valises dans le coffre. Et bien ? Qu’attendez-vous ?

 

Jules- Je aller tout de suite. Pas de problèmes ! Dimitri s’occuper de tout.

(Il sort.)

 

Hubert- Dites- moi mon ami ? Votre employé n’est pas français ?

 

Romain- Non… Il est slave.

 

Hubert- Vous n’accordez pas votre confiance à la préférence nationale ? Vous devriez, croyez-moi, vous devriez.

(Arrivée de Micheline, lorsqu‘elle voit Hubert et Jacinthe, elle s‘apprête à repartir discrètement.)

 

Romain- Ah ! Mère ! Vous tombez bien ! Venez que je vous présente Monsieur et Madame De La Mortadelle et leur fille Aliénore.

 

Micheline- (serrant alternativement les mains) Bonjour Monsieur ! Bonjour Madame! Bonjour Mademoiselle ! Je vais aller prévenir mon mari… (Elle cherche à sortir.)

 

Hubert- Nous n’allons pas vous faire vous déplacer, je vous en prie, chère madame, restez ! Romain se fera un plaisir de bien vouloir prévenir lui-même son père ? N’est-ce pas Romain ?

 

Romain- Oui, bien sûr ! Bien sûr !

 

Micheline- (A Romain) Jules n’est pas là ?

 

Romain- Vous voulez dire Dimitri, n’est-ce pas ? (A Hubert et Jacinthe) Ma pauvre mère n’a pas la mémoire des noms. (À Micheline) Il s’occupe des bagages… N’ayez crainte, il va revenir… De toute façon, je ne serai pas long.

(Il sort.)

 

Jacinthe- Votre intérieur est vraiment charmant… J’adore votre design ! (Avisant une lampe) Oh ! Avez-vous vu cette lampe mon bon ami, elle est tout bonnement ravissante !

 

Hubert- Oui ! Ce doit être une lampe de la collection Vaselli si je ne m’abuse. Madame a du goût… Vous fréquentez les galeries ?

 

Micheline- (acquiesçant lourdement) Oh oui … Bien sûr ! Les galeries… Toutes les galeries. Surtout les galeries Lafayette.

 

Jacinthe -Les galeries Lafayette ? Très amusant... (Observant les tableaux) Vous vous intéressez à l’art contemporain ?

 

Micheline- A l’art content pour rien… ? Ah ! Ben… Oui !  Bien sûr.

 

Jacinthe- Personnellement j’ai toujours été hermétique à ce genre pictural. Mais je ne demande qu’à être éclairée.

 

Micheline- Vous voulez être éclairée ?

 

Jacinthe- Et bien oui ! Pourquoi pa s?

 

Micheline- Vous trouvez peut-être que ça manque de lumière ? Ne bougez pas !  (Elle se déplace pour prendre une télécommande, elle appuie sur les boutons, d'un coup, tout devient bleu .Elle appuie à nouveau, il s’ensuit toute une série de variations de lumière) Ah non, ce n'est pas ça... Attendez... (Elle appuie à nouveau, d'un coup, il fait tout noir) Ce n'est rien, ne bougez pas! (Finalement, elle trouve le bon bouton et tout s'éclaire.) Ah ! Enfin !  Vous voilà éclairée à présent.

 

Jacinthe- Voyez-vous cela mon bon ami ! Est-elle drôle ! N’est-ce pas qu’elle est drôle ?

 

Hubert- Hilarante ! Vraiment hilarante. Quel esprit ! Si, si ! Vraiment je vous en félicite.

(Ils rient.)

 

Jacinthe- Non…Sérieusement ma chère… Pourriez-vous me dire ce qu’évoque pour vous ce tableau ?

 

Micheline- Ce qu’évoque pour vous ce tableau ?  Heu… Heu… Je ne sais pas moi… Ah si, si ! Je me rappelle… Ceci est l’exact reflet de nos angoisses euh… Comment dire… Ah oui ! Angoisses pestilentielles.

 

Jacinthe- Pestilentielles, dites-vous ?

 

Micheline- Oui ! Pestilentielles.

 

Jacinthe- Vous voulez dire que l’artiste a voulu exprimer ainsi toute la décrépitude du monde environnant ?

 

Micheline- Oui, c’est cela ! La décrépitude.

 

Jacinthe- C’est une vision très nihiliste, ne trouvez-vous pas ?

 

Micheline- Ni… hiliste?  Oui ! C’est très très ni... hiliste, il n'y a pas plus ni...hiliste, c'est clair.

 

Jacinthe- (acquiesçant) Vous avez raison, c’est clair.

 

Micheline- (acquiesçant à son tour) C’est même clair comme de l’eau de roche… Ça ne peut pas être plus clair.

(Entrée de Jules, il porte avec peine une valise.)

 

Jules- Vous avoir mis cailloux dans valise ou quoi ? Ça être très très lourd ! Encore plus lourd que ours de Sibérie.

 

Hubert- Donnez-moi cela ! Je vais vous montrer. Mais non ! Ce n’est pas lourd ! Vous avez simplement du sang de navet ! Enfin… Tout le monde n’a pas la chance d’avoir du sang bleu, du sang noble. N’est-ce pas ?

(Il repose la valise.)

 

Jules- Vous vouloir dire que sang bleu circuler mieux ?

 

Hubert- Assurément ! Grâce à Dieu ! Surtout chez Les De La Mortadelle ! C’est ce qui explique certainement ma vivacité d’esprit… « Un esprit sain dans un corps sain »

 

Jules- Vous faire attention que sang bleu ne circule pas trop vite dans cerveau sinon vous risquer d’attraper grosse tête.

 

Hubert- Je n’aime pas beaucoup ce genre de propos… Que voulez-vous dire ?

 

Jules- Il y a des jours, vaut mieux garder sang-froid sinon risquer de dire trop de vérités.

 

Micheline- Jules ! Euh… Je veux dire… Dimitri. Pouvez-vous prévenir Victor… Je veux dire mon mari ?

 

Jules- Ça être bonne idée ! Je en profiter pour apporter valise pleine de cailloux dans chambre d’amis.

(Il sort.)

 

Hubert- Il est toujours comme cela, cet employé ?

 

Micheline- Oui, il est toujours comme cela.

 

Hubert- Je le trouve d’une familiarité tout à fait inconvenante. Ne trouvez-vous pas ?

 

Micheline- Oh si ! C’est sûr !

 

Hubert- À votre place, je m’en méfierais, je trouve qu’il s’autorise certaines réflexions que personnellement je trouve inacceptable. S’il ne tenait qu’à moi, croyez-moi que je n’hésiterais pas un seul instant à m’en séparer.  Qu’en pensez-vous, très chère ?

 

Jacinthe- Certes mon ami, certes… Mais vous savez de nos jours, nous avons tellement de mal à trouver du petit personnel que je peux comprendre l’indulgence de Madame.

(Entrée de Victor, Romain et Émilie)

 

Victor- Monsieur et Madame De la mortadelle ! Quel plaisir de vous voir.

(Ils se serrent la main tout en discutant)

 

Hubert- Voilà enfin le maître de ces lieux ! Votre fils m’a beaucoup parlé de vous. Je suis enchanté, positivement enchanté de faire votre connaissance.

 

Victor- Voici ma fille, Émilie !  Et j’imagine que c’est la vôtre. (il se dirige vers Alienore, elle esquisse aussitôt un mouvement de recul.) Holà ! La demoiselle est farouche ! N’ayez pas peur…  Mademoiselle ?

 

Hubert- Aliénore. Aliénore De La Mortadelle ! Aliénore! Je vous en prie, ce ne sont pas des manières ! Ma chère amie, je dois vous le confesser, l’attitude de votre fille parfois m’exaspère. Je me demande si le pensionnat de jeunes filles, où nous l’avons placée, justifie sa réputation…

 

Jacinthe- Mon bon ami ! Soyez compréhensif, vous connaissez sa timidité devant les situations nouvelles.

 

 Hubert- Tout à fait indigne d’une De La Mortadelle, vous en conviendrez… Un De La Mortadelle ne subit pas les nouvelles situations, il les affronte. Ma pauvre enfant, vous me décevez.

 

Victor- Écoutez ! J’ai une idée ! Venez donc que je vous montre vos chambres… Pendant ce temps-là, nous laisserons les jeunes faire connaissance.

 

Hubert- Excellente idée !  Ah mon cher, je vois que vous êtes un fin stratège. Je reconnais bien là le négociateur… Vous êtes dans l’import-export si je ne m’abuse… Et … Vous vous intéressez à quel type de secteur ?

 

Victor- Comment vous dire… Vous savez mon cher ami, moi j’achète tout ce qui se vend et je vends tout ce qui s’achète. L’import-export ce n’est pas plus compliqué, il suffit juste de ne pas acheter ce qui ne se vend pas et ne pas vendre ce qui ne s'achète pas… Mais venez plutôt visiter vos appartements…

(Sortie de Victor, Micheline, Jacinthe et Hubert)

 

Romain- Vous désirez un rafraîchissement ?

(Aliénore secoue la tête en signe de négation)

 

Romain- Café ? Thé ?

(Aliénore continue à secouer la tête)

 

Émilie- Thé au jasmin ? …Non…  Thé à la menthe ? …Non… T’es muette ?... Non plus ? Thé au citron ou t'es bête ?

 

Romain- Mais enfin ! Ma sœur ! Qu'est-ce qui vous prend ?

 

Émilie- Oh ça va ! Arrêtez de m’appeler ma sœur, je ne suis ni kiné ni religieuse.

 

Romain- En attendant rien ne vous autorise à tutoyer Mademoiselle. (Très sec) Restez dans votre rôle, c’est tout ce qu’on vous demande. Me suis-je bien fait comprendre ?

 

Émilie- Ouais ! C’est ça ! Cause toujours, tu m’intéresses… Alors t’es muette ?

(Aliénore fait non de la tête)

 

Émilie- Ben alors ? Pourquoi tu ne causes pas ? Ben, vas-y ! Vas-y que je te dis ! On ne va pas te manger !

(Aliénore hausse les épaules en signe d’impuissance puis éclate en sanglots.)

 

Romain- (à Émilie) Vous êtes contente ? Vous avez réussi à la faire pleurer. Bravo ! Quelle délicatesse ! Vous pouvez être fière de vous.

 

Émilie- Ah ! Mais c’est bon ! Je ne lui ai rien fait !

(On sonne à la porte d’entrée. Sans attendre qu’on lui ouvre, entrée de Jimmy.)

 

Jimmy- Bonjour M’sieur Dames ! J’apporte les bagages ! (Il les pose.) Et voilà le travail ! (Il voit Aliénore, secouée par les sanglots, il met alors son nez rouge et prend une voix de clown) Bonjour les petits enfants ! Bonjour les petits enfants ! Ça va ? Oh ben non ! Ça ne va pas ! « Mais qu’est-ce que c’est que ça que c’est ?»  Mais ce sont des yeux pleins de chagrin qui attaquent une demoiselle ! Vite ! Volons à son secours ! Holà ! Les yeux ! Ouvrez ! Jetez vos larmes, vous êtes cernés… Vous m’entendez les yeux ? Cessez de pleurer, vous êtes cernés que je vous dis ! Allez ! Jetez vos larmes ! Plus vite que ça ! (Aliénore cesse de pleurer et le regarde étonnée.) Monsieur le chagrin, au nom de la Joie, je vous arrête !

 

Romain- Dites donc, mon vieux !  Ce n’est pas un peu fini ?

 

Jimmy- Oh ! Mais c’est monsieur La Colère ! L’ami de monsieur Le Chagrin, qu’est-ce que vous voulez monsieur La Colère ?

 

Romain- Barrez-vous ! Vous n’avez rien à faire là !

 

Jimmy- Je ne partirai pas avant d’avoir vu le chagrin quitter les yeux de cette jolie demoiselle. (Il sort un grand mouchoir blanc et le tend à Aliénore.) Drapeau blanc ! Ne coulez plus ! Tenez les yeux !

 

Aliénore- (lui souriant) Merci ! Vous êtes gentil. (Elle s’apprête à sortir vers les chambres. Arrivée à la porte, elle se retourne.) Peut-être que je vous reverrai ?

 

Émilie- Bien sûr que vous allez le revoir ! C’est notre nouveau jardinier, vous ne pourrez pas le rater… Alors ? Comme ça, on a retrouvé la parole ? C'est bien... (Sortie d’Aliénore, affolée) Mais… Qu’est- ce qu’il lui prend ?

 

Romain- (À Jimmy) Je t’en ficherai des jardiniers ! Alors maintenant, du balai !  Disparaissez ! Vous m’entendez ?

 

Émilie- Et pourquoi donc ? Il ne vous dérange pas.

 

Romain- Moi non… Mais je ne voudrais pas que les De La Mortadelle rencontrent cet olibrius, voilà tout ! Avec leurs manières conformistes et bourgeoises, comment voulez-vous qu’ils apprécient ?

 

Jimmy- (se met à chanter) « Les bourgeois c’est comme les cochons

Plus ça devient vieux plus ça devient bête

Les bourgeois c’est comme les cochons

Plus ça devient vieux plus ça devient…

 

Romain- Mais taisez-vous donc, malheureux ! (Il l’agrippe par le col et le traîne vers la sortie.)

 

Jimmy- Lâchez-moi ! Vous ne me reconnaissez pas ? Je suis le nouveau jardinier. (Il chante) Savez-vous planter les choux à la mode à la mode …

 

Romain- C’est ça ! Et bien maintenant, vous allez jardiner ailleurs.

 

Jimmy- Au revoir Émilie ! Tu sais même si je suis viré, je suis content d’avoir réussi à semer ma petite graine.

 

Romain- Barrez-vous que je vous dis !

 

Jimmy- Une seconde ! Émilie, le temps se couvre… Tu aurais un parapluie ?

 

Émilie- (trouvant un parapluie) Tiens ! Je te le prête.

 

Jimmy- Je le prends en cas d’eau.

 

Émilie- Non ! Je ne te le donne pas, je te le prête.

 

Jimmy- J’ai compris ! … Mais tu sais, un parapluie c’est toujours en cas d’eau.

 

Romain- Pour la dernière fois, je te dis : Casse-toi ! Il s’approche de la porte, la sonnette retentit. Quoi encore ! Qu’est-ce que c’est ?

Il ouvre la porte, laissant apparaitre Samantha. Allure assez vulgaire, maquillée comme une voiture volée.

 

Romain- Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu ne peux pas rester là. Lui non plus d’ailleurs.

Il pousse sans ménagement Jimmy.

 

Jimmy- A plus tard !

 

Romain- C’est ça ! Dans tes rêves !

Il claque la porte.

 

Samantha- Ben dis donc ! T’as l’air en forme. Il avait pourtant l’air gentil, ce beau garçon. Tu ne devrais pas t’énerver comme ça, c’est très mauvais, tu sais. Présente-moi plutôt ton amie, elle est mignonne.

 

Romain- Ce n’est pas mon amie, et puis, à quoi bon te la présenter puisque toi aussi, tu vas repartir, n’est-ce pas ?

 

Emilie- Mon cher frère, je constate encore une fois que vous manquez de délicatesse. Croyez-vous que ce soit une façon de recevoir les dames ?

 

Samantha- Comment cela, mon cher frère ? Si tu pouvais m’expliquer parce que là, j’ai dû manquer un épisode.

 

Romain- Ecoute, ce serait trop long à t’expliquer… Ce n’est vraiment pas le moment.

 

Samantha- C’est marrant, avec toi, ce n’est jamais le moment.

 

Romain- Rentre chez toi, je te téléphone, promis !

 

Samantha- Je les connais tes promesses… Tu m’as déjà dit ça la dernière fois… Heureusement que je ne suis pas restée au pied du téléphone à attendre ton coup de fil sinon on m’aurait retrouvée complétement desséchée.

 

Romain- Figure-toi que je bosse. Si tu crois que j’ai cinq minutes à moi… Mais là, je n’oublierai pas, je te téléphonerai puisque je te le dis.

 

Samantha- Tu sais mon Roro, je le connais ton baratin. Loin des yeux, loin du cœur et on oublie ! Si tu m’avais téléphoné ces derniers temps, je n’aurais pas été obligée d’aller jusqu’à ton bureau pour savoir si t’étais toujours vivant.

 

Romain- Quoi ? Tu es allée à mon bureau ?

 

Samantha- Ben oui Roro, comment crois-tu que j’ai atterri ici, je ne pouvais pas deviner ton adresse… Dis donc ! Pas mal la piaule ! Ça a l’air de bien marcher les affaires… Et moi qui culpabilisais de devoir te demander du fric.

 

Romain- Lorsque tu es allée à mon travail… Euh… Tu as rencontré du monde ? Tu leur as dit qui tu étais ? Enfin, je veux dire…

 

Samantha- Qu’est-ce qu’il y a ? C’est quoi le malaise ? Vas- y, dis le moi.

 

Emilie- Ah ! Là je crois que ça va commencer à devenir intéressant.

 

Romain- Elle est encore là, la baba cool ? Vous feriez mieux de vous occuper de vos fesses. Tenez ! Retournez dans votre chambre et entrainez-vous devant votre miroir pour apprendre les bonnes manières, cela devrait vous occuper un bon moment.

 

Emilie- Ça passe son temps à mettre les gens à la porte et ça voudrait apprendre aux autres les bonnes manières. Vous êtes pathétique ! Pauvre naze !

 

Samantha- Doucement ma jolie ! J’sais bien qu’il n’est pas toujours commode mon Roro mais ce n’est pas une raison pour parler comme ça à mon fils.

 

Emilie- Non ! C’est donc vous la mère prostituée dont il a honte ?

 

Samantha- Prostituée, comme vous y allez ! D’abord, je ne suis pas prostituée, je suis péripatéticienne.

 

Emilie- Vous savez, appelez cela comme vous voulez, moi, ça m’est égal.

 

Romain- Ca y est ? Les présentations sont faites ? Tu vas pouvoir y aller… Comme je te l’ai dit, je te téléphone.

 

Samantha- Attends un peu, mon Roro… C’est quoi, cette histoire de honte qu’elle a racontée, la gamine ? T’as honte de ta mère maintenant ?

 

Romain- Mais non, tu as mal compris, je n’ai pas dit cela… Excuse-moi, mais en ce moment, je n’ai vraiment pas beaucoup de temps… Tiens, prends ça ! (Il lui donne des billets.) Je passerai bientôt te faire un petit coucou, d’accord ?

 

Samantha- Je vois bien que tu cherches à me foutre à la porte. Tu sais, même si de temps en temps, je fais le pied de grue, faut pas me prendre pour une bécasse… J’ai bien compris que je te gêne et je sais bien que tu ne passeras pas me voir… Mais tu sais gamin, moi je n’ai jamais ni tué, ni volé personne, alors ta honte, tu peux te la garder. Salut Gamine !

 

Emilie- Au revoir Madame, ce fut un plaisir de faire votre connaissance.

 

(Elle sort.)

 

Romain- Evidement, cela reste entre nous, n’est-ce pas ? Si quelqu’un d’autre l’apprenait, ce serait…

 

Émilie- Vous me saoulez avec vos inquiétudes

 

Romain- Croyez-moi Émilie, il n’y a pas que vous que ça énerve mais que voulez-vous maintenant que le vin est tiré, nous sommes bien obligés de le boire.

(Entrée de Juliette, Victor et Micheline. Victor soutient Micheline.)

 

Victor- Ça va aller… Ça va aller que je te dis.

 

Romain- Ah ! Vous tombez bien… Où sont les De La Mortadelle ?

 

Victor- Ils sont en train de s’installer dans leurs chambres. (Pendant ce temps, Micheline pleurniche.)

 

Romain- Que se passe-t-il Micheline ?

 

Micheline- Je n’y arriverai pas… Je savais bien que je n’allais pas y arriver.

 

Romain- Racontez-moi.

 

Micheline- (tout en pleurant) C’est madame De La Mortadelle… Elle m’a demandé de lui montrer la salle de bain parce qu’elle voulait se refaire une beauté où je ne sais quoi…  J’ai voulu lui allumer la lumière… je ne sais pas si je me suis trompée de bouton mais d’un seul coup, ça s’est mis à clignoter de partout avec des lumières vertes, jaunes, violettes…On se serait cru dans une boite de nuit. ! J’ai voulu essayer un autre bouton et là ! et là… on a entendu la mer, les vagues, les mouettes… et tout de suite après, quand j’ai voulu éteindre, ce sont les oiseaux qui se sont mis à chanter dans la forêt…Le pompon, ça a été quand les jets de vapeurs se sont mis en marche. Le stress ! Le stress ! Le stress ! De la vapeur ! De la vapeur ! Y en avait partout ! Madame De La machin truc je ne la voyais plus, et elle pendant ce temps-là, vous savez ce qu'elle faisait ? Elle continuait à me parler avec des tas de mots que je ne comprenais pas ... Alors là ! J’ai jeté l’éponge et je suis partie en courant. …J’en ai marre ! Si vous saviez comme j’en ai marre ! Je veux rentrer chez moi…Ouh! Ouh! (Elle sanglote dans les bras de Jules.)

 

Jules- (la consolant) Te tracasse pas comme ça, ma petite Micheline. Ce n’est pas grave ! Allons ! C’est fini !

 

Micheline- C’est fini ? Tu rigoles! On vient à peine de commencer… Mais moi j’arrête de jouer…Je n’y arrive pas… Vous avez vu … Dans toutes les pièces, il y a des thermostats, des tableaux électriques encore plus compliqués qu’une centrale nucléaire … Tu appuies sur un bouton pour ouvrir les volets, il y a la cafetière et le presse-agrume qui se mettent en marche… Moi, je n’y arrive pas, il m’aurait fallu une semaine d’entraînement… Si vous croyez que c’est facile de jouer les riches… Je vous assure, ça va trop vite pour moi. (Elle se remet à sangloter bruyamment) Bouh ! Bouh !...

 

Victor- Ben alors, ma Mimi ? Faut pas pleurer comme ça.

 

(Entrée de Papy, il est vêtu d‘un costume)

 

Papy- Ah ! Vous êtes là !

 

Victor- Ben dis donc ! Papa, qu’est-ce que t’es bien comme ça. Vous ne trouvez pas qu’il fait chic ?

 

Jules - Carrément ! Dire qu’y en a qui disent que l’habit ne fait pas le moine.

 

Papy - Ah là là! Qu'est-ce qu'on rigole ici. Tiens ! Rien que de voir mon Victor habillé comme ça, et ben, j'ai le boyau de la rigolade qui se met à s'agiter.

 

Romain- (à Victor) Tant qu’il se tait, ça va mais il ne faut pas qu’il parle.

 

Papy- Qu’est-ce qu’il a encore le petit fils ? Il n’est pas content ?

 

Micheline- (séchant ses larmes) Il a raison de ne pas être satisfait… Depuis le début, on a tout faux, on sait bien qu’on ne fait pas riche, qu‘on ne cause pas riche… Nous ne sommes pas comme eux. Ce n’est pas de notre faute.

 

Romain- Je crois qu’il est temps de faire un débriefing.

 

Micheline- Ah non ! Vous n’allez pas vous y mettre vous aussi ! Déjà que je ne comprends rien avec les autres zozos, alors s’il vous plait ! Parlez français !

 

Romain- D’accord… On va faire une petite réunion si vous préférez.

 

Micheline- Ben oui ! Je préfère.

 

Romain- Alors, on commence ? Micheline à part le problème avec le « Jacuzzi » et les petits problèmes matériels, avez-vous rencontré d’autres difficultés ?

 

Micheline- Alors là ! Vous en avez de bonnes ! Vous me laissez à pied sur l’autoroute et après vous me demandez si j’ai rencontré des difficultés.

 

Romain- Que voulez-vous dire Micheline ?

 

Micheline- Vous êtes tous complètements fous de me laisser toute seule avec eux ! La Jacinthe, elle m’a parlé de trucs sur la peinture. Je vous jure, j’avais l’impression qu’elle me parlait en chinois ;

 

Victor- Arrête de toujours te dévaloriser ! T’as dû assurer comme un chef ma mimine parce que tu l’as drôlement impressionnée. Figure-toi qu’elle m’a demandé si tu avais fait des études en histoire de l’art.

 

Romain- Micheline, ne vous en faites pas ! Tout va bien… Vous vous débrouillez, je vous assure… Continuez à acquiescer à ce qu’ils disent… Vous pouvez même rajouter de temps en temps des trucs du genre « j’entends bien ce que vous me dites... cela me parle énormément...quelque part cela m’interpelle … » Vous verrez, ça leur plaira… Victor, pour le moment, rien à dire … Vous êtes plutôt pas mal. Voilà pour les bons points ... En revanche, (se tournant vers Jules) vous le bolchevique, vous n’avez pas été embauché pour faire la révolution alors un peu moins d’insolence et de désinvolture, s’il vous plait !

 

Micheline- C’est vrai que t’as fait fort ! Tu sais ce qu’il m’a dit le Hubert ?

 

Jules- Non ?

 

Micheline- Il m’a dit que s’il avait été à ma place, il n’aurait pas hésité à te virer.

 

Jules- Quel mufle, ce type ! Salaud de patron ! Exploiteur ! Je vais aller lui dire deux mots…

 

Victor- (le rattrapant) Jules ! On se calme.

 

Jules- Qu’est- ce qu’il y a Totor ? Ne me dis pas que tu l’approuves.

 

Victor- Il ne s’agit pas de cela. Souviens-toi que nous devons tous tenir notre rôle. Chez les riches, un employé ne va pas enguirlander son patron. Ça ne se fait pas.

 

Jules- Et ben, ça devrait se faire !

 

Romain- En tous cas, vous, (s’adressant à Jules) vous nous posez un sacré problème. Nous ne pouvons pas prendre le risque de mécontenter Hubert De La Mortadelle.

 

Jules- Ne vous inquiétez pas ! J’ai compris le message… Il n’aime pas Dimitri ? Et ben, on va trouver une autre solution, vous pouvez compter sur moi. Tu vas voir Totor, tu ne seras pas déçu. (Il sort.)

 

Micheline- Qu’est- ce qu’il va encore nous inventer ?

 

Victor- Je ne sais pas mais avec lui, je crains le pire.

 

Romain- Je préfère vous prévenir, frère ou pas frère, à la moindre boulette, je le vire.

 

Émilie- Comme vous avez viré notre jardinier ?

 

Romain- Parfaitement !

 

Victor- Qu’est-ce que c’est encore que cette histoire ?

 

Emilie- C’est Jimmy qu’est venu dire bonjour mais apparemment ça n’a pas plu à tout le monde.

 

Romain- Nous allons déjà avoir du mal à faire bonne figure, ce n’est peut-être pas la peine d’en rajouter. Alors je vous le répète, pas d’erreur dans notre casting, surtout pas de fantaisie supplémentaire.

 

Papy- C’est sûr que vos invités, ils ne sont pas du genre à se taper sur le ventre pour rigoler… On voit tout de suite que ce ne sont pas des « youp la boum » mais le pompon, c’est tout de même leur petite traîne-misère ?

 

Victor- Que veux-tu dire Papa ?

 

Papy- Je veux parler de la gamine qu’ils traînent avec eux… Je l’ai croisée dans le couloir, elle m’a semblé un peu…bizarroïde.

 

Micheline- Alors là ! Je suis entièrement de votre avis, Papy... Non mais ! Vous l’avez vue, la pauvre petite ? Elle n’a pas l’air joyeux.

 

Emilie- C’est le moins qu’on puisse dire. A mon avis, c’est plus facile de lui arracher une dent que de lui arracher un sourire.

 

Micheline- Je vous assure… A moi elle me filerait le bourdon.

 

Victor- Même à une cloche elle refilerait le bourdon.

 

Émilie- Elle n’a surtout pas l’air très « fute-fute » … A part faire la gueule, je ne suis pas persuadée qu’elle sache faire autre chose.

                                                

Papy- Et bien, moi j’ai l’impression qu’elle n’est pas venue pour rien.

 

Romain- Pourquoi dites-vous cela ?

 

Papy- Je n’en sais rien… Mais vous verrez.

 

Victor- Papa, tu te fais des idées.

 

Papy- Vous verrez que l’avenir me donnera raison…

(Entrée d’Hubert)

 

Hubert- Ah ! Je vous cherchais… Je vois que tout le monde est là. Quel charmant tableau !

 

Emilie- Père, permettez que je me retire ?

 

Victor- Je vous en prie mon enfant…  Faites donc.

 

Micheline- Heu… Je vais faire comme Émilie.

 

Hubert- Ah ! Chère amie ! J’oubliais… Jacinthe ne tarit pas d’éloges sur vous… La manière dont vous lui avez fait découvrir le Spa… Elle en est encore tout éblouie. A plus tard !

 

Romain- Grand-père, vous devriez les suivre. Nous allons parler affaires et je doute que ce genre de sujet vous passionne.

 

Papy- Tu as raison mon petit… Pendant que vous parlez affaires, je vais aller repasser les miennes.

 

Hubert- Mais… Que voulez-vous dire, cher monsieur ?

 

Papy- Je vais aller repasser mes affaires… Avec mon fer. Quel grand nigaud ! Il ne comprend rien. Remarque, ça ne m’étonne pas, vous n’avez pas dû souvent repasser vous-même vos chemises dans votre vie.

 

Hubert- Grand nigaud ? Comme vous y allez ! Heureusement que je respecte votre grand âge sinon… Croyez-moi, après de tels propos, je pourrais me sentir froissé.

 

Papy- Si vous êtes froissé, venez me voir, je pourrais toujours vous repasser.

 

Hubert- Très amusant ! (Pendant qu’il sort) Il est … Pittoresque, n’est-ce pas ?

 

Romain- Oui, effectivement… Très pittoresque… Dites-moi, Monsieur De La Mortadelle… Pendant que j’y pense… Voilà que je tombe sur nos contrats… Nous pourrions peut-être les signer maintenant, ainsi nous serions débarrassés. Qu’en pensez-vous ? N’est-ce pas une bonne idée ?

 

Hubert- Mon petit Romain… Je dois d’abord m’entretenir d’un sujet particulier avec vous.

 

Romain- Allez-y ! Je vous en prie.

 

Hubert- C’est que c’est un peu… délicat.

(De la tête, il montre Victor)

 

Romain- Père, je pense qu’il serait temps d’aller choisir le vin… Vous le trouverez en sous-sol.

 

Victor- Je vais appeler notre valet de chambre. Il fera ça très bien. Et puis, ça lui fera les pieds de descendre dans le noir jusqu’à la cave.

 

Romain- (insistant sur les mots) Père, il serait préférable que vous y alliez.

 

Victor- D’accord ! D’accord ! J’y vais.

(Il sort.)

 

Romain- Un petit scotch ?

 

Hubert- Volontiers.

 

Romain- (tout en le servant puis se servant à son tour.) Alors monsieur De La Mortadelle ? De quoi s’agit-il ?

 

Hubert- Je n’irais pas par quatre chemins… Vous avez vu ma fille ?

 

Romain- Votre fille ?

 

Hubert- Oui ! Ma fille Aliénore.

 

Romain- Oui… Et bien ?

 

Hubert- Elle vous plait ?

 

Romain- Euh… Oui… Bien sûr…

 

Hubert- Vous la trouvez comment ?

 

Romain- Charmante… Très charmante… Peut-être un peu timide ?

 

Hubert- Timide dites-vous ? Non, jeune homme, elle n’est pas timide.

 

Romain- Ah ben si… Tout de même… Un petit peu.

 

Hubert- Elle n’est pas timide vous dis-je ! Non…Voyez-vous Romain, à ce point-là… Ce n’est plus de la timidité, c’est de l’inhibition. N’ayons pas peur des mots… Ma fille est totalement inhibée. Cela saute aux yeux… J'ai pourtant tout fait pour lui offrir une bonne éducation en la plaçant dans les meilleures institutions mais ces imbéciles de précepteurs auront simplement réussi à la rendre mutique, les incapables ! De nos jours, nous sommes entourés de charlatans... Qui croire ? A qui accorder sa confiance, je vous le demande... Je ne peux pourtant pas laisser ma fille dans cet état... C’est pourquoi j’ai pensé à vous.

 

Romain- A moi ? Pourquoi moi ? Je ne suis pas médecin.

 

Hubert- Ce n’est pas d’un médecin dont ma fille a besoin, mais d’un fiancé.

(Romain qui buvait, à ce moment-là, manque de s’étrangler.)

 

Romain- Que dites-vous ?

 

Hubert- Vous m’avez très bien compris. Je ne vous demande pas de la courtiser vous-même quoique… Si vous le faisiez je ne serais pas fâché… Non… Je vous demande simplement de favoriser son épanouissement… Votre sœur et vous-même devez lui faire découvrir d’autres horizons… Vous pouvez, j’en suis convaincu l’aider à s’ouvrir un peu plus aux autres, notamment aux jeunes gens de son âge… Je compte sur vous pour qu’elle s’habitue à la gente masculine afin qu’elle n’ait pas l’air trop ridicule le jour où nous lui trouverons un mari… . Ce n’est pas dans son pensionnat de jeunes filles qu’elle pourra faire ce genre d’expériences… D’un autre côté, je ne peux pas la lâcher dans la rue au milieu de n’importe quels sauvageons… C’est pourquoi j’ai souhaité qu’elle vous rencontre. Rendez-moi ce service, cher ami et ensuite je signerai ce contrat.

 

Romain- Mais attendez… Pourquoi voulez-vous que je réussisse…

 

Hubert- Parce que vous êtes un homme de défi, un homme ambitieux… Je l’ai senti tout de suite dans votre discours. Nous sommes de la même trempe Romain et chaque instant que je passe dans cette maison me conforte dans mon opinion. Nous partageons les mêmes valeurs, c’est évident et c’est pour cela que vous surmonterez tous les obstacles.

 

Romain- Et si j’échouais ?

 

Hubert- Cela voudrait dire que je me suis trompé… Nous nous quitterions alors à l’amiable et je déchirerais notre contrat. Mais ne vous inquiétez pas, j’ai confiance en vous… Je sais que vous y arriverez. Bon… Je vais aider Madame De La Mortadelle à défaire les valises. Mon cher ami, je sens que nous allons nous plaire ici. Prenez votre temps pour amadouer ma fille, nous ne sommes pas pressés.

(Il sort. Arrivée de Victor par une autre porte)

 

Romain- Dites-moi Victor ? Vous connaissez « Mission impossible » ?

 

Victor- Ah oui ! Ça c’était un sacré bon film.

 

Romain- Et bien… Figurez-vous, mon cher papa que j’ai la désagréable impression que nous sommes en train d’en tourner la suite.

 

Victor- Que voulez-vous dire ?

 

Romain- Je veux dire que pour obtenir ce fameux contrat, il va falloir s’accrocher. Croyez-moi, Victor ce n’est pas gagné.

                                  FIN DU DEUXIEME ACTE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ACTE TROIS

 

(Sur scène Micheline, Victor et Jacinthe. Ils prennent le thé. Victor et Micheline s’efforcent en buvant de garder le petit doigt en l’air.)

 

Jacinthe- Nous étions l’hiver dernier aux Seychelles… Je dois dire que la réputation de ces îles est très surfaite…Voyez-vous, avec l’émergence des tour-opérateurs, le problème est que de nos jours, partout où que l’on aille, on ne peut plus être tranquilles… Le moindre coin de la planète est envahi… Mais où allons-nous ? Je vous le demande, où allons-nous ? Déjà qu’avant, lorsque nous voyagions, il nous fallait supporter les autochtones maintenant il nous faut supporter les touristes… C’est incroyable ! N’est-ce pas ?

 

Micheline- (prenant le même accent snob) Ouiii ! C’est incroyable !

 

Jacinthe- N’est-ce pas ?

 

Micheline- (récitant) Cela me parle énormément… Je dirais même que cela m’interpelle quelque part.

 

Jacinthe- Ah bon ? Voyez cela… Vous dites que cela vous interpelle quelque part ?

 

Micheline- Oui…Tout à fait quelque part… A vrai dire, je ne sais pas trop vraiment où, mais certainement quelque part.

 

Jacinthe- (Un instant décontenancée, elle se tourne alors vers Victor) Vous-même, cher ami qui œuvrez dans l’import-export, vous devez également beaucoup voyager, j’imagine ?

 

Victor- Ne m’en parlez pas ! Prendre l’avion je ne fais que ça ! A tel point que même quand je suis à terre, Micheline me dit toujours que je plane.

 

Jacinthe- Finalement dans les voyages, ce sont les aéroports les plus intéressants… Moi, dès que je vois un « duty-free » je ne peux résister… Et vous ? Très chère, vous aimez les duty-free ?

 

Micheline- Les duty frits ?

 

Jacinthe- Oui ! Les duty-free.

 

Micheline- Frit ou en sauce, moi je ne suis pas difficile, j’aime tout.

(Entrée d’Hubert et de Papy)

 

Papy- (à Hubert) Vous avez entendu ? Heureusement que tout le monde n’est pas comme vous… Elle au moins, elle mange de tout… Et pourquoi vous ne voulez pas les goûter mes poireaux ? Vous avez peur d’être empoisonné

 

Hubert- Monsieur ! Restons-en là, je vous prie ! Votre insistance est déplacée.

 

Papy- Je n’ai rien déplacé du tout, je veux seulement vous faire goûter mes poireaux. Vous allez voir, ils sont délicieux.

 

Hubert- Je vous ai dit cent fois que je n’en voulais pas de ces fichus poireaux. Allez au diable !

 

Papy- Holà la ! Mais ne vous fâchez pas comme ça, mon petit monsieur… Ne vous inquiétez pas, je n’ai jamais forcé quelqu’un à manger du foin… Continuez donc avec votre caviar, si ça vous chante… Restez donc avec votre mauvais goût et votre sale caractère ! Après tout ! Je ne vais pas continuer à user mon savon à vouloir frotter la tête d’un âne. Pas vrai ?

 

Hubert- Il suffit ! La coupe est pleine ! Je vous demanderai de vous taire. Monsieur, vous m'agacez !

 

Papy- C’est qu’il mordrait l’animal ! Oh ! On se calme. Quel caractère de chien ! (À Jacinthe) Vous savez qu'il n'est vraiment pas à prendre avec du pain sec, votre bonhomme.

 

Jacinthe- Du pain sec ? Que voulez-vous dire ?

 

Victor- Il veut probablement vouloir dire avec des pincettes... Des pincettes, Père, pas du pain sec.

 

Papy- C'est du pareil au même ! En tous cas, quel râleur ! Jamais content !

 

Hubert- Taisez-vous ! Il suffit vous dis-je !

 

Papy- Ce n’est pas la peine de monter sur vos grands cheveux, vous savez moi aussi je peux crier plus fort que vous. Non mais !

 

Victor- (suppliant) Père calmez-vous ! Je vous en prie !

 

Papy- Me calmer ? Ça c’est la meilleure ! C’est lui qui est excité et c’est moi qui dois me calmer. Je n’ai peut-être pas inventé la poudre à couper le beurre mais croyez-moi, je sais encore reconnaître un excité.

 

Hubert- (Hurlant) Je vous demande de vous taire !

 

Jacinthe- Hubert ! Mon bon ami ! Je vous en conjure, sachez raison garder ! Que vous arrive-t-il ?

 

Hubert- Je dois vous avouer, ma mie, qu’une légère irritation commence à me titiller…probablement à cause de certaines personnes… Mais il n’y a pas qu’elles…  J’ai vraiment la désagréable impression de perdre mon temps …  J’en arrive même à me demander ce que, diable, je suis venu faire dans cette demeure.

 

Victor- Voyons cher ami ! ous vous méprenez et comme le dit si bien Madame De La Mortadelle, il nous faut raison garder, (à Micheline) n’est pas, ma douce amie ?

 

Micheline- Victor, je vous comprends… Je dois même vous avouer que cela me parle énormément… quelque part.

 

Jacinthe- Les propos de Monsieur votre père ont probablement dépassé sa pensée et …

 

Hubert- Jacinthe, ne cherchez pas à défendre qui que ce soit… Je dois bien admettre que je me suis trompé… Je pensais nos hôtes plus accueillants mais puisque notre présence n’est pas désirée, il va nous falloir quitter ces lieux au plus vite.

 

Romain- (Entrant) Allons, allons. Qu’est-ce que j’entends ? Ne dites pas cela ! Cher monsieur, vous le savez, c’est un plaisir de vous recevoir.

 

Hubert- Un plaisir ? C’est à voir… En tous les cas, vous-même ne semblez pas manifester un …plaisir, comme vous dites à essayer de distraire ma fille.

 

Romain- C’est que… Mademoiselle votre fille n’est pas très facile dans le contact…

 

Hubert- Vous croyez que je l’ignore ? Je pensais que vous aviez des compétences qui vous auraient permis de la mettre en confiance mais j’ai sans doute dû vous prêter des qualités qu’apparemment vous ne possédez pas… J’en viens même, figurez-vous, à remettre en question vos qualités professionnelles. C’est ballot n’est-ce pas ? Mais je ne peux m’empêcher de penser que vous pourriez être tout aussi inefficace dans la gestion de votre entreprise.

 

Romain- Détrompez-vous ! Notre société est très sérieuse et a depuis longtemps prouvé…

 

Hubert- Je vous en prie ! Épargnez-moi le discours ! Écoutez ! Je vais être bref… Cela fait maintenant trois jours que nous sommes là ; nous nous efforçons, mon épouse et moi-même d’être agréable avec toute votre famille, y compris (regard appuyé vers Papy) auprès de … personnes que l’on pourrait qualifier de séniles et qui manifestement n’ont plus tout leur discernement, toutefois je n’ai pas l’impression que, de votre côté, vous faites beaucoup d’efforts.

 

Papy- C’est de moi qu’il cause, le gazier ?

 

Hubert- Gazier ! Il m’a traité de gazier ! Quelle outrecuidance ! Jamais je n’ai rencontré un tel impudent ! C’en est trop ! Monsieur, je ne vous salue pas ! (Il se dirige vers la porte.)

 

Jacinthe- Hubert ! Mon ami ! Où allez-vous ?  Je vous en prie ! Calmez-vous !

 

Hubert- (se retournant) Madame De La Mortadelle, je vous prierai de rester en dehors de cette discussion.

 

Romain- Monsieur De La Mortadelle, je vous assure…

 

Hubert- (revenant vers Romain) Écoutez-moi Monsieur ! Je vous donne encore une journée… Si le comportement de ma fille ne s’est pas amélioré alors nous en resterons là. (À Victor) Monsieur, je vous demanderai courtoisement mais fermement de tenir à distance certains importuns qui s‘évertuent à nous gâcher notre séjour, me suis-je bien fait comprendre ?  (S’adressant à Romain) Quant à vous, je vous envoie ma fille. Tâchez de la dérider.

 

Arrivée de Samantha.

 

Samantha- C’était ouvert, c’est pour ça que je me suis permise d’entrer. M’ssieurs dames. Ben dites-donc ! Vous en faites des têtes de déterrés. Y a quelqu’un qu’est mort ?

 

Romain- Bonjour Madame ! Ne dites rien ! Vous venez certainement pour le poste de cuisinière malheureusement, il n’est plus disponible. Au revoir Madame, je ne vous raccompagne pas.

 

Samantha- Qu’est-ce que tu jactes là, mon Roro ? J’entrave que dalle. Je suis juste venue récupérer mon écharpe, je suis sûre de l’avoir laissée ici.

 

Romain- Vous avez dû vous tromper de demeure, il est vrai que, dans ce quartier, beaucoup de maisons se ressemblent… Je ne peux vous blâmer mais, comme vous le voyez, nous sommes plutôt occupés…

 

Samantha- Qu’est- ce qu’il y a mon Roro ? Tu fais encore le fier devant tes amis ? C’est ça ?

 

Papy- à Romain- Elle aussi fait partie du jeu ?

 

Romain- Grand-père, je vous prierai de bien vouloir rester en dehors de tout ceci !

 

Samantha- Grand-père ? T’es tombé sur la tête ou quoi ? Tu sais bien que ça fait déjà longtemps que tes deux pépés ont bouffé les pissenlits par la racine. (À Hubert) Dites-donc, vous ? On s’connait, non ?

 

Hubert- pincé- Certainement pas Madame.

 

Samantha- Ah si ! Je suis sûre qu’on s’est déjà rencontré.

 

Jacinthe- Hubert ? Vous connaissez cette… Dame ?

 

Hubert- Je viens de dire que je ne la connais pas.

 

Samantha- désignant Jacinthe- C’est votre bourgeoise, pas vrai ? Faites excuses, je n’avais pas capté mais soyez sans crainte, dans mon métier, on sait rester discret.

 

Hubert- Hurlant- Puisque je vous dis que je ne vous connais pas !

 

Emilie, arrivée en début de conversation, comprend la situation et prend fermement Samantha par le bras.

 

Emilie- Ah ! Vous êtes là ! Je vous attendais pour suivre mon cours particulier… aux autres Cette dame est ma professeure de théâtre. J’espère qu’elle n’a pas commencé un cours d’improvisation avec vous… Comme je sais qu’elle adore jouer… Allons venez ! Aujourd’hui, je n’ai pas beaucoup de temps à vous consacrer.

 

(Elle l’entraine vers les appartements.)

 

Samantha- Mais qu’est-ce que vous faites ? Enfin, Roro ! Dis quelque chose !

Elles sortent.

 

Romain- Ah c’est vrai, je n’avais pas reconnu la professeure de théâtre.

 

Jacinthe- à Hubert- Cette dame avait l’air de vous connaitre… C’est troublant… Pourtant, vous ne faites pas de théâtre… Où diable aurait-elle pu vous rencontrer ?

 

Hubert- Il suffit Madame ! Je commence à en avoir soupé de cette maison de fous !

 

(Il sort, suivi de Victor, Micheline et Jacinthe.)

 

Jacinthe- Hubert, mon ami ! Attendez-moi !

 

Victor- Monsieur De La Mortadelle ! Attendez !

 

Papy- Bon vent ! Du balai ! Ça nous fera des vacances.

 

Romain- Alors ? Vous êtes fier de vous ?

 

Papy- Ça va... Je ne me plains pas.

 

Romain- Vous l’avez rendu furieux ! A cause de vous, il va s’en aller et adieu le contrat. Non mais ! Vous réalisez ! Nous aurions fait tout cela pour rien ? Non ! C’est trop injuste ! Je vous préviens si cela foire à cause de vous, vous allez en entendre parler.

 

Papy- Oh ! Ça va ! C’est facile de crier haro sur le bidet ! Ce n’est pas de ma faute si c’est lui le gros malpoli. Ça se donne des grands airs mais ça n’a aucune éducation. Je vais vous dire, je ne suis pas allé beaucoup à l’école mais y a belle burette que je sais reconnaître quelqu’un de mal élevé.

 

Romain- D’abord on dit belle lurette, pas belle burette, ensuite ne retournez pas la situation, c’est vous qui l’avez énervé en mettant toutes les cinq minutes les pieds dans le plat… Et le plus grave, c’est que vous ne vous en rendez même pas compte.

 

Papy- Vous devriez prendre l’air, ça vous ferait du bien.

 

Romain- Je vais descendre au café du coin acheter des cigarettes, effectivement cela me changera les idées et ça me permettra de réfléchir à la façon de décongeler son glaçon de fille.

 

Papy- Si vous sortez, vous pourriez peut-être me rapporter une petite tranche de pâté de campagne ? Je commence à en avoir marre de manger des saloperies, du caviar, des truffes… Ça va bien cinq minutes mais ça ne vaut pas une bonne tranche de pâté. Pas vrai que j’ai raison ? Moi je n’aimerais pas être riche toute l’année. Non ! Vous avez vu ce qu’ils mangent ? Avec leur « nouvelle cuisine » ils ont trois fois rien dans leur assiette.

 

Romain- Vous êtes incroyable ! Vous ne pensez qu’à manger alors qu’il y a des millions en jeu… Mais Dieu du ciel ! Expliquez-moi ! Qu’est-ce qui vous a pris d’aller le contrarier ? Je vous avais dit de vous taire, au lieu de cela vous n’avez pas pu vous empêcher de mettre votre grain de sel.

 

Papy- Vous savez, si j’ai mis mon grain de sel, c’est parce que j’avais envie d’ajouter un peu de piment… C’est vrai que la moutarde m’est montée au nez mais je ne pensais pas que ça allait tourner vinaigre…  D’accord, je l’ai un peu assaisonné mais lui, il m’a bien pris pour une andouille…  Vous savez, moi, il ne faut pas me chercher sinon ça finit toujours en eau de saucisse.

 

Romain- En eau de boudin, on dit en eau de boudin.

 

Papy- Si vous voulez, n’empêche que c’est de sa faute, je vous dis… Il avait qu’à goûter mes poireaux.

 

Romain- Je vous avais dit de ne pas le provoquer. J’ai l’impression qu’il n’y a que moi qui cherche à arrondir les angles dans cette maison.

 

Papy- Méfiez-vous ! A force de vouloir arrondir les angles, vous allez finir par tourner en rond.

 

Romain- Oui… C’est ça… Maintenant barrez-vous ! Je n’ai pas besoin d’entendre vos sottises, j’en ai déjà assez entendu comme ça.

 

Papy- Vous avez tort parce que…

 

Romain- Barrez-vous que je vous dis ! Qu’est- ce qu’il y a le Papy ? Tu veux que je te fasse un dessin ? Non ? Ben alors, arrête d’user ta salive et d’agiter ton dentier et tu te casses ! C’est compris ?

 

Papy- Ca va ! J’y vais ! Pas la peine de s’énerver ! (Il s’apprête à sortir puis se retourne.) Encore plus malpoli que l’aristo !

(Romain lève la main d’un geste menaçant, il sort.)

 

Romain- (arpentant la pièce nerveusement) Faut que je me calme ! Faut que je me calme ! (Il inspire et expire bruyamment tout en continuant à bouger.) Je sens qu’on est mal barrés ! Ça commence à sentir le pourri, cette histoire ! Ils commencent tous à m’énerver ! À me gonfler ! Mais à me gonfler ! Quelle idée j’ai eue ! Faut-il être tordu pour en arriver là !

 

(Il s’assied, se tenant la tête, très abattu. Entrée d’Émilie. Elle s’apprête à sortir vers l’extérieur. Elle porte un pantalon sous sa jupe stricte. Elle enlève ses barrettes et s’ébouriffe les cheveux puis cherche à enlever sa jupe, trop occupée à essayer de décoincer sa fermeture éclair, elle n’a pas vu Romain.)

 

Émilie- Saloperie de fermeture éclair ! Ah ! Enfin ! (Elle s’extirpe de sa jupe puis passe un grand pull sur son chemisier.)

 

Romain- Faut reconnaître que vous êtes beaucoup plus mignonne comme ça.

 

Émilie- Vous étiez là ? Vous m’avez fait peur ! Ne vous inquiétez pas ! Je me relookerai… Mais là ! Vraiment je n’en peux plus! Faut que je sorte voir de vrais gens… J’en ai un peu marre… En fait, j’étouffe complètement… Jouer toute la journée les filles modèles, ce n’est vraiment pas mon truc… Je ne pensais pas que ce serait si dur de jouer un rôle.

 

Romain- A qui le dites-vous ! Je commence à m’en rendre compte.

 

Émilie- Comment ? Ne me dites pas que vous aussi…

 

Romain- Qu’est-ce que vous croyez ? Que ça me fait plaisir de faire le singe ? Que cet univers est le mien ? Vous me connaissez bien mal… Croyez-moi, s’il n’y avait pas autant d’enjeu, j’aurais tout laissé tomber depuis longtemps… Au fait, merci pour votre intervention auprès de ma mère. Vous êtes arrivée à temps.

 

Émilie- Je lui ai demandé de sortir par la porte de derrière mais ça n’a pas été sans mal. J’ai l’impression qu’elle a le même caractère que son fils.

 

Romain- En tous cas, merci.

 

Emilie- Pour en revenir aux De Machin Truc… Je ne savais pas que ça pouvait exister. Ils sont spéciaux n’est-ce pas ?

 

Romain- Spéciaux ? Je vous trouve bien indulgente tout à coup. Non, ils ne sont pas spéciaux. Ils sont complètement azimutés vous voulez dire ! Des vrais fêlés du bocal ! Si vous saviez comme j'en ai ras le bol... Le Hubert, à chaque fois que je le vois, avec son air suffisant, j'ai envie de l'étriper, de le découper au cutter, de lui faire ravaler sa soi-disant bonne éducation.

 

Émilie- Qui l'eut cru ? Mon cher frère, vous m'étonnez ! Ainsi sous un aspect raffiné se cacherait un dangereux sanguinaire ?

 

Romain- Vous pouvez vous moquer ! ... Non, sérieux... Vous n'avez pas envie de les étrangler par moments ?

 

Émilie- Oh si ! Plus d'une fois !

(Ils se sourient.)

 

Romain- J’aime bien votre façon de sourire… Je m’apprêtais moi aussi à sortir un instant… Il faut que je bouge sinon je crois que je vais péter un câble... Je peux vous accompagner ?

 

Émilie- Volontiers.

(Au moment où ils ouvrent la porte, entrée de Jules, des cabas plein les mains. Il est suivi de Jimmy qui lui aussi porte des paniers à provision. Jules a le visage et les mains entièrement noirs et parlera avec l’accent créole.)

 

Jules- (entrant) C’est gentil de m’ouvrir la po’te! Avec les cabas plein les mains, je n’aurais jamais réussi. Nous ramenons des p’ovisions… Il faut bien le nourrir tout ce monde-là!

 

Émilie- Mais c’est Jules ! Qu’as-tu encore inventé ?

 

Jules- A partir de maintenant, appelez-moi Roméo (prononcer Oméo). C’est joli Oméo.

 

Romain- Encore du grand n’importe quoi … Mais si ça vous fait plaisir, au point où nous en sommes. (Apercevant Jimmy) Et vous ? Qu’est-ce que vous faites encore là ?

 

Jules- Il m’aide à porter les provisions. Heureusement qu’il était là, sinon j’aurais été encore plus chargé qu’une mule. C’est bien mon fils, tu es un gentil garçon.

 

Romain- C’est votre fils ?

 

Jules- Oui pourquoi ? Vous trouvez qu’on ne se ressemble pas ? (À Jimmy) Allez ! Viens m’aider à ranger cela dans la cuisine.

(Ils entrent dans la cuisine pendant que l’on entend la voix d’Hubert en coulisse.)

 

Voix d’Hubert- Aliénore! Dépêchez-vous d’entrer ! Je ne vais pas vous le redire.

(Pendant qu’Émilie se cache, Aliénore est poussée dans la pièce par son père qui referme la porte derrière elle ; Aliénore apercevant Romain reste figée sur le pas de la porte.)

 

Romain- Tiens ! Quelle bonne surprise ! Approchez ! Ne restez pas là… Allons, venez !

 

Émilie- (sortant de sa cachette) N’aie pas peur !  Il ne mord pas.

 

Romain- Ça fait trois jours que vous m’évitez… Dès que je rentre par une porte, vous sortez par l’autre. Je vous assure que c’est agaçant.

 

Émilie- Faut reconnaître que cela ne facilite pas la discussion.

 

Romain- Alors ? C’est quoi le problème ? Pourquoi vous êtes timide comme ça? Hein? Pourquoi vous ne répondez pas ? Ça vous écorcherait la bouche de parler ? Vous n’êtes pas obligée de m’apprécier mais on peut causer tout de même ! Oh ! Je vous parle !

 

(Aliénore semble de plus en plus apeurée)

Émilie- Eh Duchesse ! Tu ne nous trouves pas assez snobs ? C’est pour ça que tu ne causes pas ?

 

Romain- Trois jours ! Vous vous rendez compte ! Ça fait trois jours que ça dure ! Vous ne pensez pas que ça commence à bien faire ? Vous pourriez faire un effort… Non mais ! C’est dingue d’avoir la trouille des gens à ce point ! Qu’est-ce que vous croyez ? Qu’on va vous manger ? Vous savez, nous ne sommes pas des cannibales.

(Jules est sorti de la cuisine pendant la réplique de Romain ; il se penche vers Aliénore)

 

Jules- Vous pouvez le croire ! Nous ne sommes pas des cannibales.

(Aliénore surprise par Jules se met à pleurer. Juliette hausse les épaules en signe d’incompréhension puis repart en cuisine.)

 

Émilie- (à Romain) Laissez tomber ! Vous savez, j’ai l’impression que ce n’est pas Aliénore qu’il faut l’appeler… Ce serait plutôt « aliénée » … Vous ne croyez pas ?

 

Romain- J’avoue ne plus savoir que faire… Cette fille est déconcertante.

 

Émilie- Vous, vous avez besoin de vous aérer la tête… Sortons ensemble quelques instants, ça nous changera les idées.

 

Romain- Sortir avec vous ? Hum… La proposition est tentante.

 

Émilie - Vous savez que je vais finir par vous trouver drôle.

 

Romain- (à Aliénore) Ce n’est pas la peine que je vous propose de nous accompagner ? (Devant l’absence de réaction) Bon… Ce n’est pas grave… Nous reprendrons notre conversation tout à l’heure.

(Ils sortent. Aliénore relève la tête et s’essuie les yeux, à cet instant Jimmy sort de la cuisine. A la vue d’Aliénore, il sort des poches intérieures de son manteau, un grand peigne de quarante centimètres, il entreprend alors de se coiffer puis il range son peigne pour sortir une brosse à dent géante avec laquelle il fera semblant de se brosser les dents pour finir par se passer la brosse dans le dos. Après avoir rangé la brosse, il sort une bombe désodorisante et s’asperge copieusement les aisselles. Après l’avoir rangée, il sort une fleur en plastique qu’il tend à Aliénore . )

 

Jimmy- Tenez ! C’est pour vous… Je m’appelle Jimmy… Et vous ?

 

Aliénore- Je m’appelle Aliénore… Je suis contente de vous revoir.

 

 Jimmy- Et moi donc ! Depuis que je vous ai rencontrée, je ne rêve que de vous… Savez-vous que je vous ai vu la nuit dernière, si, si, je vous assure…Vous chevauchiez un cheval blanc … Vêtue de votre seule beauté virginale, vous galopiez au milieu d’un champ de nuages, escortée par des dizaines de colombes…

 

Aliénore- J’aime beaucoup ce que vous dites.

(Bruits de voix en coulisse)

 

Jimmy- Je crois que je ferais bien d’y aller, je ne suis pas sûr que ma présence plaise à tout le monde.

 

Aliénore- Oh ! Quel dommage ! J’espère que nous nous reverrons très vite !

 

Jimmy- Ne bougez pas ! Je reviens très bientôt avec une surprise.

(Il sort. Entrée de Jacinthe)

 

Jacinthe- Aliénore, je venais m’assurer que vous étiez bien là…Monsieur Romain n’est pas avec vous ?

 

Aliénore- Il s’est absenté.

 

Jacinthe- Et bien, ma fille, nous allons l’attendre. Il est grand temps que vous ayez une conversation avec ce jeune homme.

 

Aliénore- Non ! Je ne veux pas !

 

Jacinthe- Et pourquoi donc je vous prie ?

 

Aliénore- Parce que… Je n’ai pas envie.

 

Jacinthe- Mon enfant, on ne vous demande pas d’avoir des envies mais simplement de vous exercer à la discussion avec quelqu’un de bonne famille.

 

Aliénore- Mère ! Je vous en conjure ! Ne m’obligez pas à discuter avec lui !

 

Jacinthe- Pourquoi donc, Grands Dieux !

 

Aliénore- Je n’aime pas ses manières… Il a l’air autoritaire… Je ne sais jamais quoi lui dire !

 

Jacinthe- Dans ces cas-là, ne dites rien ! Contentez-vous de sourire, ce sera déjà ça !

 

Aliénore- Je ne veux pas sourire ! S’il vous plait ! Ne m’obligez pas ! Ce n’est pas de ma faute si j’ai peur des gens !

(Entrée de Papy pendant la réplique d’Aliénore)

 

Jacinthe- Aliénore! Cela suffit ! Vous vous conduisez comme une petite écervelée… Si vous continuez à vous conduire de la sorte, vous finirez dans un couvent ma pauvre enfant ! Vous êtes exaspérante !

(Aliénore se met à pleurer. Papy lui tend un mouchoir qu’elle prend tout en continuant à sangloter)

 

(Elle sort.)

 

Papy- Aussi aimable que son bonhomme celle-là ! Mon petit cœur, calmez-vous ! A force de perdre les eaux, vous allez finir par vous dessécher. (Il s’empare d’une clochette et sonne.) Je vais demander un grand verre d’eau cela vous fera du bien. (Il refait tinter la clochette.) Ben alors ? Qu’est- ce qu’il fait ? On dirait qu’il est sourd d’une oreille et qu’il n’entend pas de l’autre… Je vais voir ce qu’il fait. Ne bougez pas !

(Il sort par la porte menant vers les chambres. Au même moment, on entend la sonnette de la porte d’entrée. Tétanisée Aliénore ne réagit pas. Irruption de Jules.)

 

Jules- (avec l’accent créole) Voilà ! Voilà ! J’arrive ! Doucement ! Il n’y a pas le feu tout de même ! (Apercevant Aliénore) Ah ! Mais mademoiselle est enco’e là ! Rassurez-moi ! Vous avez bien deux bras ? (Aliénore opine de la tête.) Vous n’êtes pas manchote ? (Aliénore fait non de la tête.) Alors ? Pourquoi vous n’allez pas ouvrir ? Il faut tout faire ici ! (Il ouvre. Entrée de Jimmy, habillé entièrement en clown.) Tiens ! Voilà le plus beau ! Bonjour Monsieur ! Comment allez-vous?

 

Jimmy- (avec un accent de clown) « Mais qu’est-ce que ce que ça que ça que c’est ? » Dites-moi Monsieur, comment vous appelez-vous ?

 

Jules- Je m’appelle Oméo, monsieur.

 

Jimmy- Roméo ? C’est joli Roméo… En plus c’est ma boisson préférée… Rhum et eau, avec un zeste de citron. Mais… Dites-moi, Roméo où sont les autres ?

 

Jules- Les autres ? Quels autres ?

 

Jimmy- Roméo ! Tu as déjà oublié tes collègues ?  John, le britannique ? Miguel Antonio, le portugais, Dimitri, le slave…

 

Jules- Pa’tis! Monsieur, tous pa’tis. Ils sont pa’tis parce que vous savez ici monsieur, tout le monde n’aime pas les ét’angers.

 

Jimmy- Pa’tis! Ils sont tous pa’tis … Pa’tis comme l’amoureuse du pauv’ Roméo… Dites-moi Roméo… Comment s’appelait-elle déjà ? Vous vous en souvenez ?

 

Jules- Évidemment que je m’en souviens ! Elle s’appelait Juliette, monsieur.

 

Jimmy- Oui ! C’est cela ! Juliette ! Qu’est-elle devenue ?

 

Jules- Elle s’est envolée quand oméo pa’ti! Pauv’e Juliette !

 

Jimmy- ‘oméo pa’ti mais où ça ?

 

Jules- Monsieur ne devine pas ?

 

Jimmy- Non.

 

Jules- ‘oméo pa’ti à la pharmacie.

 

Jimmy- Homéopathie à la pharmacie ?

 

Jules- Oui ! Oméo pa’ti toujou’ à la pharmacie.

(Ils éclatent de rire comme des malades en se tenant les côtes devant une Aliénore médusée.)

 

Jimmy- (apercevant Aliénore) Oh ! Mais qui est là ? Qui était cachée derrière le mouchoir ? Mais c’est mademoiselle Chagrin ! Vite Roméo ! Aidez-moi ! Nous allons sortir le vilain chagrin de cette demoiselle. (Il fait semblant de faire tournoyer une corde imaginaire qu’il lance ensuite en direction d’Aliénore) Allez Roméo ! Tirons ! (Jules se place derrière Jimmy et tous deux font semblant de tirer à la corde.) Oh hisse ! Oh hisse !  Ça y est ! On le tient ! Vite ! Écrabouillons-le !  (Ils se mettent à taper du pied) Tiens ! Tiens !

 

Jules- Prends ça ! Maudit chagrin !

 

Jimmy- (s’arrêtant de taper) C’est bon ! Je crois qu’il a son compte. Croyez-moi, il n’est pas prêt de revenir sauf, bien entendu, si vous l’aimez. Vous aimez le chagrin ?

 

Aliénore- Non ! Bien sûr que je ne l’aime pas mais parfois il m’envahit, je n’y peux rien !

 

Jimmy- Comment cela vous n’y pouvez rien ! Vous rigolez ! Quand il pointe son nez, qu’est-ce qui vous empêche de lui tordre le cou ? Qu’est-ce qui vous interdit de lui botter les fesses ?  (Il joint le geste à la parole) Allez-y ! Essayez !

 

Aliénore- Je ne pourrais jamais !

 

Jimmy- Ne dites jamais jamais !(fouillant ses poches) Aliénore! Je vais vous donner un ami… Vous allez voir, il va vous aider à devenir quelqu’un d’autre. Essayez-le ! (Il lui tend un nez rouge qu’elle met.) Parfait ! Venez voir ! (Il l’entraîne vers un miroir.) Regardez ! (Elle se regarde l’air ravi.) Maintenant, répétez après moi :  -Bonjour les petits enfants ! Ça va ?

 

Aliénore- Bonjour les petits enfants ! Ça va ?

 

Jimmy- Bien ! Venez là ! (Il l’entraîne en devant de scène) Vous allez redire la phrase comme si vous aviez un vrai public devant vous.

 

Aliénore- Je n’oserais jamais ! J’ai peur !

 

Jimmy- Allez-y! Vous voyez bien qu’il n’y a personne.

 

Aliénore- (fixant le public) C’est vrai qu’il n’y a personne… Bonjour les petits enfants, ça va bien ? … C’est super ! En fermant les yeux, j’ai cru entendre oui.

 

Jimmy- Bien ! Mettez-vous derrière moi et faites comme moi. Allez ! En piste ! (Aliénore se colle derrière Jimmy et défile derrière lui en reproduisant tous ses gestes. Lorsqu'il balance les bras, elle balance les bras, lorsqu'il met les mains sur les hanches, elle fait de même... Ils arpentent ainsi plusieurs fois la scène.) Bravo mon petit clown ! C’est bien ! Vous apprenez vite. Ça va ?

 

Aliénore- Oh oui ! Je suis contente !

 

Jimmy- Maintenant vous voilà prête à piétiner le chagrin… Allez-y ! Lâchez-vous ! Faites-lui sa fête pour ne plus qu’il revienne.

 

Aliénore- Je veux bien… Mais j’aimerais que vous m’aidiez.

 

Jimmy- Roméo, ça vous dirait d’écraser encore quelques larmes ?

 

Jules- Pas de p’oblèmes!

 

Jimmy- Avec moi ! Allons-y! Fiche le camp maudit chagrin et ne reviens pas demain !

(Ils se mettent avec Jimmy à répéter la phrase de plus en plus fort tout en piétinant le sol avec frénésie.) Arrivée d’Émilie et de Romain venant de l’extérieur. Tous deux restent figés à observer la scène que Romain interrompt au bout d’un instant.)

 

Romain- Holà ! Qu’est ce qui se passe ici ?

(À la vue de Romain, Aliénore s’en va en courant.) Attendez ! Ne partez pas !

 

Jimmy- C’est malin ! Vous lui avez fait peur.

 

Romain- Mais… Qu’est-ce que vous faisiez ?

 

Jimmy- Nous étions en train de tuer le chagrin.

 

Jules- Oui, nous aidions Aliénore à écraser ses larmes… Jimmy lui apprenait à vaincre ses angoisses.

 

Emilie- Avec les parents qu’elle a, ce n’est pas étonnant qu’elle soit coincée, la pauvre…  N’importe qui le serait tout autant à sa place.

 

Romain- (à Jimmy) Quand je suis arrivé, elle avait l’air déchaînée ! Dites-moi… Qu'est-ce que vous lui avez fait ?

 

Jimmy- Ce n’était pas compliqué… Il suffisait de prendre le temps de la regarder. Vous savez, la patience et la bonne humeur améliorent le regard que l’on porte sur les gens… Bien souvent, nous croyons qu’ils sont flous ou même carrément opaques alors qu’il faut bien l’avouer, c’est souvent nous qui avons la vue basse. Pas vrai ?

 

Romain- C’est évident ! Ça parait tellement simple lorsque vous le dites. Je dois le reconnaître, je sais peut-être gérer une entreprise mais je m’aperçois que j’ai encore bien des leçons à apprendre.

 

Emilie- (à Romain) Ça y est ? Vous avez enfin compris ? Ben… Vous avez mis le temps.

 

Romain- C’est vrai… J’ai mis le temps… J’étais obsédé par ce futur contrat … J’étais prêt à tout pour le décrocher, jusqu’à inventer ce stratagème imbécile… Mais je m’aperçois qu’à force d’imiter la bêtise, on devient soi-même de plus en plus bête.

 

Emilie- Bravo ! Belle autocritique ! C’est bien ! Vous progressez !

 

Romain- Allez-y ! Ne vous gênez pas ! Vous pouvez y aller, c’est de bonne guerre… Écoutez ! Ma décision est prise. On arrête tout ce cirque. On leur dit la vérité et on les laisse partir avec leur maudit contrat. Le De La Mortadelle, je vais te le mettre à la porte, lui et son air suffisant.

 

Jimmy- Laissez leur une chance.

 

Romain- Une chance ? Que voulez-vous dire ?

 

Jimmy- S’ils aiment vraiment leur fille, ils accepteront peut-être de changer. Pour le moment ils restent coincés dans leurs certitudes mais s’ils constatent le changement d’Aliénore, peut-être se remettront-ils en question.

 

 Émilie- Tu ne vois donc pas que ces gens-là n’acceptent que leur vérité... Et tu voudrais les faire changer ? Tu rêves !

 

Jimmy- Bien sûr que je rêve ! Je rêve et revendique ma part de rêve pour moi et pourquoi pas pour les autres… A quoi servirait-il de vivre sans illusions et sans espoir ?

 

Romain- Si le clown y croit, pourquoi pas nous ? Mais je vous préviens, à partir de maintenant, plus de concessions… Soyons naturels, ce sera à prendre ou à laisser… Si cela ne leur plait pas, qu’ils partent ! S’ils veulent rester bêtes, ils resteront dans leur bêtise.

 

Jimmy- Je vais essayer de rejoindre Aliénore. Je sens qu’elle a encore besoin de moi.

 

Jules- Je vais te montrer sa chambre. Suis-moi.

(Ils sortent.)

 

Émilie- Romain ?

 

Romain- Oui ?

 

Émilie- Je voulais vous dire… Je regrette toutes les méchancetés que je vous ai dites… Vous ne les méritez pas… Au contraire… Voyez-vous… Finalement je commence à vous trouver très, très, très sympathique.

 

Romain- Confidence pour confidence, Émilie… Figurez-vous que je ne suis pas du tout insensible à votre côté baba-cool.

(Ils se sourient, leurs visages se rapprochent comme s’ils allaient s’embrasser ; soudain la porte s’ouvre, laissant apparaître Samantha.

 

Samantha- Ah ben si ! C’est ouvert ! Tu es là, mon Roro... Ça tombe bien, c’est toi que je voulais voir.

 

Romain- Mais que fais-tu encore là ?

 

Samantha- Je suis revenue parce que je le sais, je le sens que quelque chose ne va pas… Qu’y a-t-il, mon Roro ? Tu peux tout me dire… Tu sais que tu peux compter sur moi.

 

Romain- Tu parles ! Ce serait bien la première fois.

Il se croise les bras en signe de bouderie.

 

Samantha- Je te trouve bien dur, mon Roro. Tu sembles oublier qui t’as torché les fesses quand tu étais bébé.

Elle se croise les bras à son tour

 

Emilie- à Romain- Vous ne croyez pas qu’il serait temps de changer votre regard.

 

Arrivée de Victor et Micheline.

 

Victor- Ah Romain ! Faut qu’on vous dise ! On n’en peut plus de ce jeu idiot. Nous on s’en va… On va vous rendre votre argent… Vous n’aurez qu’à trouver une excuse… Parce que nous… Nous… On en peut plus! Si vous saviez comme il me saoule le Hubert !  Il me saoule ! Même quand je suis à jeun, il me saoule !  C’est bien simple, s’il reste, je crois que je vais finir par l’étrangler… Et puis elle, (désignant Micheline) elle n’en peut plus.

 

Micheline- Faut nous comprendre… Nous, on est des gens simples… Nous ne sommes pas habitués aux chichis, aux tralalas, aux grands discours… Oh ! On a bien essayé mais c’est usant ! Si vous saviez comme c’est fatiguant de devoir toujours se contrôler… D’être toujours obligés de mentir… Et puis je vais vous dire, les « j’entends bien », les « quelque part » tout ça, ce n’est pas pour nous… Nous, on n’a pas l’habitude de se cacher derrière des mots qu’on ne comprend pas… Si on a quelque chose à expliquer, on le dit, et puis c’est tout. Avec toutes ces simagrées, moi j’ai mon ulcère qui s’est réveillé… Alors j’ai dit à Victor : ce n’est pas le tout de faire plaisir à monsieur Romain mais la santé avant tout, pas vrai ?

 

Victor- Ben oui ! La santé avant tout… Si la patronne commence à partir en pièces détachées…On va droit dans le garage, ça c’est sûr ! Je ne serais pas plus avancé si elle commence à péter les durites, vaut mieux en rester là.

 

Romain- Rassurez-vous mes amis… On arrête de faire les clowns… Y en a assez d’un dans la maison.

 

Victor- Qu’est-ce que ça veut dire ?

 

Émilie- Ça veut dire que si les De La Mortadelle ont une fille coincée c’est parce qu’eux-mêmes sont coincés alors si on veut la décoincer, il ne faut pas qu’on reste coincés. C’est clair ?

 

Micheline et Victor- Non.

 

Samantha- Moi non plus, je n’ai rien compris.

 

Victor- à Samantha- Pardon, mais… Vous êtes qui ?

 

Romain- Je vous expliquerai plus tard… Pour le moment, le plus important, c’est d’arrêter ce cirque… à partir de maintenant on arrête de les imiter. Terminées les simagrées ! On finit la semaine tranquillement sans stresser... J’ai loué la maison jusqu’au week-end alors profitons-en ! Considérons cela comme des vacances… Tout le monde va pouvoir en profiter en étant enfin naturels.

 

Samantha- Tout le monde ? Tu veux dire… Même moi ?

 

Romain- Mais oui Maman, même toi.

 

Victor et Micheline- Maman ?

 

Romain- Eh oui ! Si j’arrête de jouer avec la famille De La Mortadelle, autant arrêter de jouer avec sa propre famille. Je vous présente ma mère.

 

Victor- Non ? Vous voulez dire… Celle qui est… Non ? C’est elle ?

 

Samantha- Bien sûr que c’est elle. Mais oui, j’existe… C’est bien moi… Vous pouvez toucher, pour une fois, c’est gratuit.

 

Romain- Maman !

 

Samantha- Mais je déconne !

 

Victor- Alors ? Si je comprends bien, on arrête de jouer les bourgeois ?

 

Romain- Mais oui Victor ! On arrête de jouer tout court. Soyons naturels et tachons de le rester quoiqu’il arrive… Et ne vous inquiétez pas ! Quitte à perdre le contrat, je peux vous assurer que ce seront les plus gênés qui s’en iront.

 

Emilie- à Samantha- Ça vous dis de visiter la baraque ? On va commencer par la cuisine, venez avec moi.

 

Samantha- D’accord la gamine, je te suis.

 

Micheline- Attendez ! Je vous accompagne.

Elles sortent puis irruption de Jacinthe et d’Hubert

 

Hubert- Vite ! A l’aide ! Venez m’aider à enfoncer la porte.

 

Jacinthe- De grâce ! Dépêchez-vous !

 

Victor- Et bien que se passe-t-il ?

 

Hubert- Il se passe que notre fille est enfermée avec une espèce de satyre déguisé en clown. Dépêchons-nous avant qu’ils ne commettent l’irréparable.

 

Romain- Votre fille est bien majeure ?

 

Hubert- Oui, pourquoi ?

 

Romain- Parce que si elle l’est, je ne pense pas qu’il soit indispensable que ses parents défoncent la porte à chaque fois qu’elle cherche à sympathiser avec un garçon.

 

Hubert- Jeune homme ! Vous rendez vous compte de ce que vous proférez ! Je n’ose comprendre… Ne me dites pas que vous approuvez ?

 

Victor- Bien sûr qu’il approuve ! Et il n’est pas le seul… J’approuve, tu approuves, elle approuve, nous approuvons… Je vais vous dire un truc mon cher Hubert, vous devriez à votre tour essayer de conjuguer…Surtout de conjuguer vos efforts pour réfléchir.

 

Hubert- Que voulez-vous dire ?

 

Victor- C’est bien vous qui vous lamentiez d’avoir une fille inhibée ? Alors vous devriez vous réjouir de la voir se désinhiber.

 

Jacinthe- Mais tout de même avec un clown !

 

Hubert- (d’un air dégoûté) Un clown ! C'est abject !

 

Victor- Et alors ? Qu’est-ce qui vous choque ? Je vais vous dire, des clowns, y en a partout ! Y compris dans les beaux salons ! Et croyez-moi ! Ils ne sont pas tous rigolos… Alors autant qu’elle en rencontre tout de suite un vrai, au moins pourrez-vous espérer qu’il la fasse rire.

(Ils sont interrompus par des bruits de sifflets et de trompette… Arrivée d’une farandole menée par Jimmy, suivi d’Aliénore, qui a le visage entièrement maquillé, Jules et Mamie suivent, affublés d’un nez rouge. Venant des appartements, la farandole traverse la pièce sous les yeux effarés ou amusés des uns et des autres. Émilie, Micheline et Samantha sortent de la cuisine pour se joindre à eux, bientôt suivis par Romain et Victor. Tous s’engouffrent par la porte de la cuisine pour réapparaître aussitôt et repartir vers les appartements. Alors qu’on entend encore en coulisses le bruit des sifflets et trompettes, Romain fait son entrée, il se dirige vers l’endroit où il a rangé son contrat, s’en saisit et s’avance vers Hubert.) 

 

Romain- Cher Monsieur De La Mortadelle, je crois qu’il est temps de tenir vos engagements.

 

Hubert- Que voulez-vous dire ?

 

Romain- Je veux dire que les clauses du contrat ayant été respectées, rien ne s’oppose à présent à la signature. Vous souhaitiez que votre fille se décoince n’est-ce pas ? Et bien ! Comme vous pouvez le constater, cela m’a l’air en bonne voie.

 

Hubert- Espèce de sale petit morveux !

 

Romain- Je vous en prie, restez poli !

 

Hubert- Il offre ma fille à un clown et il voudrait que je signe son contrat. Mais il se fiche de moi ! Proxénète ! Voyou !

(Il cherche à l’empoigner par le col, Romain se débat.)

 

Romain- Holà ! Doucement monsieur l’aristocrate ! On se calme ! Mais où sont passées vos manières raffinées ?

 

Hubert- Tu vas voir ! Je vais t’en donner des manières raffinées. Petit paltoquet !

 

Jacinthe- Mon bon ami ! Je vous en prie ! Calmez-vous ! (Hubert donne une claque à Romain qui aussitôt la lui rend. Ils commencent alors à s’empoigner.) Ils vont s’entretuer ! Au secours ! (Elle hurle.)

(Arrivée d’ Aliénore , de Jimmy et de Victor)

 

Aliénore- (hurlant) Non mais ! Ce n’est pas un peu fini ?

 

Jacinthe- Aliénore! Vous allez bien ?

 

Alénore- Évidemment que je vais bien, en tous cas mieux que vous, j’ai l’impression.

 

Jacinthe- Aliénore! Mon enfant ! J’espère que ce monstre ne vous a pas fait de mal.

 

Aliénore- Oh non ! Rassurez-vous maman ! Il ne m’a fait que du bien.

 

Hubert- Assez perdu de temps ! Aliénore! Venez ! Nous partons sans plus attendre.

 

Aliénore- Père ! Pardonnez-moi de vous contredire mais il faut que je vous le dise… Je ne pars pas… Je préfère rester avec Jimmy.

 

Hubert- Jimmy ?

 

Aliénore- Oui Jimmy… Mon clown magicien qui vient de me faire découvrir la joie de vivre …  Ne m’en veuillez pas mais aujourd’hui, je choisis moi-même mon chemin. Faites-moi confiance, je ne vais pas faire de bêtises.

 

Jimmy- Pas de panique ! Ce n’est pas parce que je suis clown que je vais faire le guignol. Je vous promets que je vais prendre soin d’elle.

 

Hubert- Aliénore ! Cela suffit ! Vous allez me faire le plaisir d'enlever ce maquillage. Vous êtes grotesque ! Et vous allez cesser ce jeu ridicule ! Nous partons sur le champ ! Venez, vous dis- je !

 

Aliénore- Non ! Je ne veux pas !

 

Jacinthe- Ma pauvre fille ! Vous déraisonnez ! Vous n'allez tout de même pas rester avec ce... cet... Individu.

 

Hubert- Aliénore! Nous partons ! Si vous n’obéissez pas, je vous préviens, je vous déshérite.

 

Aliénore- Si vous croyez me retenir avec des arguments pareils, mon cher papa, vous vous trompez ! A chacun son trésor… Vous c’est l’argent, moi ma richesse c’est Jimmy… Si vous n’êtes pas d’accord et bien tant pis pour vous. Dans ce cas-là, nous ne nous verrons plus.

 

Hubert- Jacinthe ! Vous l’entendez ? C’est proprement ahurissant !  Je crains que votre pauvre fille ait définitivement perdu la tête... Après tout ce que nous avons fait pour son bien. Quelle ingratitude ! (À Aliénore) Pour la dernière fois, je vous somme de m'écouter !

 

Aliénore- Non ! C'est vous qui allez m'écouter !  Comprenez-moi, jusqu’à présent, j’étais enfermée dans ma timidité, je hurlais en silence mais jamais personne ne m’entendait. Devant des murs d’indifférence, je venais me cogner tout le temps… J’avais l’impression que tout le monde me jugeait, dès qu’on me mettait en pleine lumière, je cherchais, apeurée, les trous de souris… et puis Jimmy a surgit, pour mettre du baume sur ma douleur et me donner enfin le goût de la vie. Voilà pourquoi je veux rester avec lui.

 

Hubert- Mais… Ce garçon… Vous le connaissez à peine.

 

Aliénore- Justement ! C’est bien pour cela que je veux le découvrir.

 

Jimmy- Je sais bien que ce n’est pas facile à comprendre… Pour tout vous dire, même chez les clowns, ça n’arrive pas souvent… Ça s’appelle…  Un coup de foudre, je crois.

 

Hubert- J'en ai soupé d'entendre de telles balivernes ! (Se tournant vers Romain) Quant à vous, si vous souhaitez que je réfléchisse un jour à votre contrat, montrez-vous persuasif afin qu'elle abandonne toutes ces lubies que vos amis dégénérés lui ont mis dans sa pauvre cervelle. Tâchez de la convaincre de nous suivre immédiatement.

 

Romain- (à Victor) Victor, mon cher papa... Voudriez-vous avoir l'obligeance de m'apporter le contrat.

 

Victor- Avec plaisir mon petit. (Il le lui tend. Romain le prend et entreprend d'arracher et de mettre en boule chaque feuille du contrat.)

 

Hubert- Mais... Que faites-vous ?

 

Romain- Ce que je fais ? Je fais ce que j'aurais dû faire depuis longtemps.

 

Hubert- (à Victor) Et vous le laissez faire ? Vous le laissez déchirer un contrat de plusieurs millions ?

 

Victor- Non seulement je le laisse faire mais en plus je l'applaudis. Bravo Romain ! Je suis fier de vous. (À Hubert) Mon pauvre Monsieur ! Sincèrement, je vous plains. Vous croyez qu'avec votre argent vous pouvez tout acheter ? Si vous pensez cela, vous devez être bien pauvre... Pauvre en sentiments, avare en affection... Votre petit cœur doit être bien ratatiné s'il n'est pas capable de s'ouvrir alors que votre fille découvre pour la première fois l'amour. Pauvre, pauvre petit monsieur !

 

Hubert - (hurlant) Cessez de me traiter de pauvre ! Je ne suis pas pauvre ! Je suis riche, vous m'entendez ? Riche ! Je peux tout acheter, vous m’entendez, tout acheter.

 

Romain- Tout sauf le cœur de votre fille.

 

Hubert- Taisez-vous ! Vous n’avez pas le droit.

 

Romain- Même si je me taisais, vous savez très bien que j’ai raison.

 

Aliènore- Mais oui, Père, il a raison.

 

Hubert- (commençant à réaliser, il geint, tandis qu’Aliènore retourne se réfugier dans les bras de Jimmy.) Taisez-vous ! Vous n’avez pas le droit.

 

Jacinthe- Hubert, il faut nous rendre à l’évidence, prenez le temps je vous prie de regarder l’expression qui se lit sur le visage de notre fille… Calmez-vous et regardez…  Que voyez-vous ? Y voyez-vous, comme moi, fleurir un sourire ? Oui, n’est- ce pas ? C’est bien un sourire ! J’en suis toute bouleversée… Hubert, mon ami…Vous rendez vous compte !  Et nous qui croyions que notre fille ne savait pas sourire… Engloutie qu’elle était dans une perpétuelle mélancolie, nous la pensions malade alors qu’elle n’était qu’apeurée… Il a suffi que ce garçon lui donne un peu d’amour pour que ce miracle s’accomplisse. (À Jimmy) Merci Monsieur !

 

Hubert- Jacinthe, vous déraisonnez ! Cessez donc de le remercier. Regardez-le, c’est un clown !

 

Jacinthe- Peu importe qui il est ! Je constate simplement qu’il a réussi là où nous avons échoué. Pardonnez-nous ma chérie.

 

Aliénore- Ne soyez pas tristes mes chers parents. Nous avons construit notre malheur ensemble. A quoi bon chercher des responsables, Regardons plutôt vers l’avenir en essayant de ne pas renouveler les erreurs du passé, laissez-moi simplement vivre ma vie tout en me gardant votre affection. Père, est-ce vraiment trop vous demander ?

 

Victor- C’est vrai, à quoi bon s’offusquer… Les enfants sont comme les oiseaux, une fois qu’ils savent voler, il ne sert à rien de vouloir les retenir.

 

Hubert- Tout de même ! Ce n’est encore qu’une enfant.

 

Romain- C’est vous qui la voyez ainsi… Mais sans vouloir vous offenser, réveillez-vous, Monsieur De La Mortadelle. Vous constaterez alors qu’Aliénore n’est plus une petite fille et qu’il est normal qu’elle veuille s’émanciper…  Si vous vous décidez à regarder autour de vous, vous finirez bien par admettre qu’il ne sert à rien de vouloir stopper la course du temps en reniflant toujours le passé… Nous sommes bel et bien au vingt et unième siècle, un siècle peut être pas plus beau que celui que vous aviez imaginé mais un siècle où fort heureusement même un simple clown peut subitement tomber follement amoureux d’une jolie princesse.

 

Jacinthe- Hubert, mon ami, puis-je vous faire remarquer que ce monsieur nous parle sans contrainte puisqu’il a déchiré votre contrat. Y aurait-il un fond de vérité dans ses propos ? En tous les cas, cela nous interpelle quelque part, n’est-ce pas ?

 

Hubert- Soit ! Mais… Que faire ?

 

Jimmy- D’abord, leçon numéro un : apprendre à calmer sa colère et à étouffer sa rancœur, leçon numéro deux : sourire à la vie et apprendre à aimer ceux qui vous font eux-mêmes le cadeau de l’amour et du pardon, leçon numéro trois : essayer de faire confiance même aux gens que vous ne connaissez pas si vous ressentez qu’ils ne veulent que votre bien. Alors ? Etes-vous prêt à essayer ?

 

Hubert- Je ne sais pas… Euh…

 

Jacinthe- Moi je veux bien ! Hubert, ne voyez-vous pas que nous étions en train de nous noyer dans notre océan de certitudes ? Ne soyons pas frileux et jetons-nous à l’eau puisque c’est pour le bien de notre fille.

 

 Hubert- Je ne sais que vous dire … Tout ceci est si saugrenu.

 

Alienore- Alors ne dites rien, écoutez simplement votre cœur qui ne souhaite que le bonheur de votre épouse et de votre fille.

 

Jimmy- Suivez-moi ! Nous allons nous préparer pour la leçon numéro un. Venez, je vais vous expliquer.

 

Jacinthe- Hubert, mon ami, venez !

 

Hubert- Vraiment ? Vous croyez…

 

(Elle lui prend la main et l’entraîne à la suite d’Aliènore et Jimmy, à peine sont-ils sortis qu’arrivent par la cuisine, Jules, Papy et Micheline, Samantha et Emilie)

 

Micheline- Alors ? Nous venons aux nouvelles. Que se passe-t-il ?

 

Romain- Il se passe que les De La Mortadelle sont peut-être en train de négocier un virage à 180 degrés.

 

Victor- Ils risquent d’être un peu secoués, il va falloir qu’ils s’accrochent.

 

Micheline- Qu’est-ce que tu racontes ? Encore une fois, je ne comprends rien.

 

Samantha- Moi non plus, rien de rien.

 

Jules- Où sont-ils ?

 

Romain- Ils sont avec Jimmy. Il est en train de les persuader qu’ils peuvent changer.

 

Emilie- Alors là ! Ça m’étonnerait ! Comment voulez-vous qu’ils changent… C’est comme si on leur demandait d’escalader le Mont Blanc, pieds nus… ce n’est pas possible.

 

Victor- Bien sûr que c’est possible. En faisant un effort, tout le monde peut y arriver… Même un escargot peut gravir une montagne… D’accord, il en bave mais il peut y arriver.

 

Jules- Je connais mon Jimmy, avec lui, ils peuvent changer.

 

Emilie- Moi, je ne crois pas, ils sont indécrottables, je vous dis !

 

Papy- Ne commence pas à vouloir jeter la charrue avec l’eau des bœufs, ce n’est pas parce qu’ils n’aiment pas les poireaux qu’ils n’y arriveront pas.

 

Victor- Nous verrons bien mais quelque chose me dit que cette histoire va bien finir par s’arranger.

 

Samantha- C’est bien vrai. Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, quand on le veut, tout fini toujours par s’arranger, n’est-ce pas, mon Roro ?

 

(Bruit en coulisses et arrivée de Jimmy, il tient une casserole et une louche et s’en sert comme d’une grosse caisse, Aliènore le suit et fait de même. Jacinthe, chapeau pointu sur la tête et nez rouge sur le nez est en troisième position, elle tient deux couvercles de casseroles et les cognent comme des cymbales, Hubert ferme la marche, il a lui aussi un chapeau et un nez rouge, il a un sifflet dans la bouche et porte une tarte à la crème à la main. Après avoir pris le temps de faire une farandole, ils arrêtent de taper sur leurs instruments.)

 

Jimmy- Oh mais « Qu’est-ce que ce que ça que c’est » ?

 

Alienore- « Qu’est-ce que ce que ça que c’est » ?

 

Jacinthe- « Qu’est-ce que ce que ça que c’est » ?

 

Hubert- « Qu’est-ce que ce que ça que c’est » ?

 

Jimmy- Ce sont des gens étonnés, on dirait… Et pourquoi ce sont des gens étonnés ?

 

Aliénore- Parce qu’ils ne savent pas que nous sommes des clowns musiciens.

 

(Ils tapent tous alors frénétiquement sur leurs instruments pendant dix secondes puis s’arrêtent net.)

Jimmy- Et encore pourquoi ce sont des gens étonnés ?

 

Jacinthe- Parce qu’ils vont découvrir que nous sommes de bons pâtissiers.

 

Hubert- Et que si nous n’aimons pas les poireaux, nous adorons les tartes à la crème, n’est-ce pas Grand-père ?

(Il s’approche de Papy, la tarte à la main.)

 

Papy- Non ! Non ! (Il se réfugie près de Romain, poursuivi par Hubert qui s’apprête à lui coller la tarte sur la figure ; au dernier moment, il se baisse et c’est Romain qui reçoit la tarte. Puis sans plus attendre, en reprenant leur musique, Hubert, Jacinthe, Aliènore et Jimmy quittent la pièce.)

 

Jules- Ben dites donc ! J’ai l’impression qu’il apprend vite le Hubert.

 

Victor- Remarquez, une histoire de clown sans tarte à la crème, c’eut été dommage !

 

Micheline- Venez Romain, je vais vous nettoyer.

 

Emilie- Certainement pas, c’est moi qui vais m’en occuper.

 

Romain- Laissez ! Nous verrons cela plus tard… Sacré Hubert ! J’avoue qu’il m’a surpris mais s’il croit que je vais en rester là…

 

Jules- (complice) Savez-vous qu’il reste des tartes dans la réserve ?

 

Romain- Des tartes dites-vous ? Hé, hé… Tu viens Emilie ? On va s’amuser.

(Ils sortent.)

 

Papy- Ca, ce n’est pas tombé dans l’orteil d’un sourd.

 

Micheline- L’oreille Papy, pas l’orteil.

 

Victor- Allons voir ça, ce serait bête de rater la grande parade.

 

Samantha- J’ai bien fait de venir. Qu’est-ce qu’on rigole !

 

(Tous sortent par la porte menant aux appartements et tandis que démarre une musique de cirque, irruption d’Hubert par la porte de la cuisine, il est poursuivi par Romain et Emilie qui tiennent chacun une tarte à la main tandis que suivent Aliènore, Jimmy, Jacinthe bientôt rejointe par Jules, Papy, Micheline et Victor et Samantha.  Hubert, suivi de tous est reparti par la porte menant aux appartements et la ronde continue jusqu’au baisser de rideau.)

 

 

FIN

Variante : Si l’acteur qui joue Romain ne souhaite pas recevoir de tarte, à ce moment-là, lorsqu’Hubert s’approche avec la tarte, Romain s’enfuit.

 

Victor- Remarquez, une histoire de clown sans tarte à la crème, c’eut été dommage !

 

Jules- (complice) Savez-vous qu’il reste des tartes dans la réserve ?

 

Emilie- Des tartes dis-tu ? Hé, hé… Vous venez ? Nous aussi, on va s’amuser.

(Ils sortent.)

 

Papy- Ca, ce n’est pas tombé dans l’orteil d’un sourd.

 

Micheline- L’oreille Papy, pas l’orteil.

 

Mamie- Allons voir ça, ce serait bête de rater la grande parade.

 

(Tous sortent par la porte menant aux appartements et tandis que démarre une musique de cirque, irruption d’Hubert par la porte de la cuisine, il est poursuivi par Romain et Émilie qui tiennent chacun une tarte à la main tandis que suivent Aliènore, Jimmy, Jacinthe bientôt rejointe par Jules, Papy, Micheline et Victor.  Hubert, suivi de tous est reparti par la porte menant aux appartements et la ronde continue jusqu’au baisser de rideau.)

 


Connectez vous pour lire ce texte gratuitement.


Donner votre avis !

Retour en haut
Retour haut de page