Parcours
Etudiant au collège de Corpus Christi à Cambridge. Marlowe est immatriculé le 17 mars 1581 à l’Université de Cambridge où, grâce à une bourse de l’archevêque Parker, il passera six années de sa vie. Au fur et à mesure de l’avancement de ses études qui le destinaient à la carrière ecclésiastique, Marlowe devient de moins en moins assidu aux cours. Ainsi, pour l’année universitaire 1584-85, il n’est présent à Cambridge que dix-neuf semaines sur cinquante-deux. Etant donné la situation modeste de sa famille, il a dû être amené à chercher des ressources financières ailleurs. On pense que c’est alors qu’il accepta de servir la couronne en se livrant à des missions d’espionnage auprès des milieux catholiques en France et peut-être en Flandre.
En 1587 Marlowe obtient son Master of Arts sur intervention directe du Conseil privé de la Reine pour “ s’être comporté avec convenance et discrétion (…) et rendu de bons services à sa Majesté (…) La requête de Leurs Seigneuries est qu’on le confirme dans le grade qu’il devait recevoir… ”
1587-1593 : En dehors de la rédaction de ses huit pièces de théâtre connues, on ignore à peu près tout de ce qu’a pu être l’activité de Marlowe à cette époque. A-t-il été acteur de la troupe des Gens de l’Amiral au théâtre de la Rose ? Une ballade de cette époque suggère qu’il aurait abandonné ce métier après s’être cassé la jambe au cours d’une représentation licencieuse. A-t-il poursuivi ses activités clandestines au service du Secrétaire aux Affaires intérieures d’Elisabeth, Sir Francis Walsingham, comme on le suspecte ? Faute de revenus sur lesquels il pouvait compter, il est probable que certaines missions secrètes ont pu lui être confiées, lui permettant ainsi de garnir sa bourse.
A la suite d’une perquisition chez l’auteur de la Tragédie espagnole, le dramaturge Thomas Kyd, chez qui Marlowe avait habité et travaillé quelque temps, on découvre des passages d’un traité séditieux attaquant la sainte Trinité et datant de 1549. Soumis à la question, Kyd dénonce son ami et l’accuse d’athéisme et de blasphème. Marlowe aurait avec Kyd, le mathématicien et astronome Thomas Harriot, le mathématicien William Warner, le poète Matthew Roydon et des libraires du quartier de Saint Paul, appartenu à un cercle de libres-penseurs parfois désigné sous le nom d’Ecole de la nuit.
Le 20 mai, Marlowe est appréhendé à Chislehurst près de Scadbury dans le Kent, dans la résidence de Thomas Walsingham, le frère de Francis récemment décédé, pour être interrogé devant le Conseil Privé du royaume. Il est relâché après avoir répondu aux questions des juges.
Dix jours plus tard, le 30 mai, Marlowe se rend en compagnie de trois hommes douteux, les dénommés Robert Poley, Nicholas Skeres et Ingram Fritzer, à Deptford, dans l’auberge de la veuve Eléonore Bull située sur la Tamise aux environs de Londres. Après avoir pris le repas de midi et s’être promenés dans le jardin, une querelle assez violente éclata entre Marlowe et Fritzer après dîner, au moment de régler l’addition. Marlowe aurait été l’assaillant, attaquant Fritzer par-derrière en tentant de lui arracher son arme. C’est pour se défendre que ce dernier lui aurait logé sa dague au-dessus de l’œil droit, tuant ainsi sur le coup, à l’âge de vingt-neuf ans, le poète et le dramaturge le plus doué de sa génération. Il s’agit évidemment de la version officielle établie à partir des témoignages des présents et il est possible que Marlowe, libéré dix jours plus tôt par le Conseil Privé, ait été liquidé en secret… La trajectoire météorique de sa carrière trouvait ainsi une fin aussi brutale que sordide et mystérieuse. Plus de quatre cents ans après sa mort, on n’a pas fini de parler de l’auteur du Docteur Faust.