Parcours
Marguerite Duras est née en Indochine Française. Son père est directeur d’école à Saïgon et sa mère institutrice. Son père va mourir en 1921, à cet événement se succèdent dix ans de vie nomade où sa mère rentre en France, puis repart en Indochine. Cette errance très instable va beaucoup impacter Marguerite qui s’en inspirera beaucoup plus tard dans l’écriture de ses romans.
Marguerite fait ses études en France dans les années 30 et va se marier avec Robert Antelme. Pendant l'Occupation Marguerite accouche d’un enfant mort-né dont elle n’arrivera jamais à faire le deuil. Son appartement va devenir un lieu de rassemblement d’intellectuels, et c’est à cette période qu’elle commence à écrire son premier roman, Les Impudents (1943) qu’elle signera sous le nom de Duras (en hommage à son père et son village natal).
Elle s’inspirera de Betty, une « tondue » libérée qu'elle a aidé, pour écrire le personnage de son roman L’Amant (1984). Elle va aussi aller creuser du côté des maîtresses de soldats allemands, sujet principal d’une autre de ses œuvres phares, Hiroshima mon amour (1959). Enfin, ses Cahiers de guerre et l’année douloureuse qu’elle vivra en tentant de soigner Robert, revenu des camps dans un sale état, lui inspireront un autre de ses romans, La Douleur (1985).
Elle est membre du Parti Communiste et s’engage pour des causes comme le féminisme, la loi à l’avortement et la guerre d’Algérie. Dans les années 50, elle rencontre Gérard Jarlot, et commence à s’intéresser au cinéma et à vouloir adapter ses œuvres en travaillant sur les scénarios. Dans les années 60, elle commence à être de plus en plus connue et reconnue aussi bien en littérature et au cinéma qu’au théâtre. Elle s’inspire beaucoup de faits divers. Insatisfaite de l’adaptation qu’on fait de ses ouvrages elle décide de devenir réalisatrice. Le 5 avril, elle signe, notamment aux côtés de Simone de Beauvoir, le manifeste des 343 qui abolit la loi contre l’avortement.
Dans les années 1970, l’alcool devient un vrai problème. Marguerite commencera une histoire d'amour avec Yann Lemée (qu’elle appellera Yann Andréa), un de ses admirateurs de 30 ans plus jeune qu’elle, qui sera en quelque sorte son compagnon et son secrétaire particulier. Il l’accompagnera jusqu’à sa mort.
En 1984, L’Amant remporte le Prix Goncourt, c’est un succès mondial. Elle abordera ses problèmes d’alcool dans La vie matérielle (1988). C’est en écrivant le scénario de L’Amant pour son adaptation qu’elle est hospitalisée et tombe dans le coma pendant cinq mois. Pendant ce temps, Jean-Jacques Annaud reprend le projet du film. En 1995, l’opus C’est Tout, ses propos recueillis par Yann Andréa. Marguerite s’éteint le 3 mars 1996.
Aujourd’hui, elle reste une des auteures les plus étudiée dans le monde et un mythe littéraire. Certains de ses textes sont traduits dans plus de 35 langues. En 2001, le Prix Marguerite Duras est créé (et offre une dotation de 15 000€). On se souvient d’elle comme d’une femme forte, qui fait polémique, qui se confronte et se battra toute sa vie.
Son écriture et son théâtre
L'écriture de Duras se caractérise par une économie de moyens remarquable. Elle privilégie les phrases courtes, épurées, presque minimalistes, créant un rythme particulier fait de silences et de non-dits. Son style repose sur la répétition, les échos, les variations autour de mêmes thèmes ou formulations, comme des vagues qui reviennent inlassablement.
Sa narration fragmente le temps et brouille les repères chronologiques. Elle explore l'obsession amoureuse, le désir, l'attente et la mémoire à travers une langue qui cherche à dire l'indicible. Les dialogues sont souvent elliptiques, laissant une large part au silence et au sous-texte. Duras cultive une forme d'ambiguïté délibérée, refusant d'expliquer ou de psychologiser ses personnages. Elle préfère suggérer, laisser planer le mystère, créer une atmosphère plutôt que raconter une intrigue linéaire.
Le théâtre durassien prolonge ces caractéristiques avec une radicalité encore plus grande. Ses pièces se situent souvent à la frontière du théâtre et de l'oratorio, privilégiant la parole poétique sur l'action dramatique traditionnelle.
Traits distinctifs :
- Personnages souvent statiques, enfermés dans des espaces clos
- Dialogues construits sur des décalages, des malentendus volontaires
- Présence obsédante de l'absence, de l'attente, de la mort
- Didascalies minimales qui laissent une grande liberté d'interprétation
- Utilisation du silence comme élément dramaturgique essentiel
Dans des œuvres comme India Song ou L'Amante anglaise, Duras dissocie parfois la voix du corps, créant des effets de distanciation où les voix commentent l'action ou racontent des histoires parallèles. Cette séparation entre le dire et le montrer devient un principe esthétique fondamental. Son théâtre explore les mêmes obsessions que sa prose : la passion destructrice, la colonisation, la guerre, la folie, toujours à travers une langue dépouillée qui fait du manque et du vide sa matière première.