Biographie & Formation
Formée comme comédienne au Conservatoire à Rayonnement Régional (CRR) de Poitiers puis à l’ENSATT (École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre) à Lyon.
Elle débute sa carrière comme comédienne sous la direction de Jean-Pierre Vincent et Catherine Anne. En 2015, elle fonde la compagnie Studio Monstre, dédiée aux écritures dramatiques contemporaines.
La compagnie a été associée à plusieurs scènes conventionnées en Nouvelle-Aquitaine (2017-2020) avant de devenir « artiste impliquée » à La Nef à Pantin à partir de 2021.
Œuvre & style
Elle monte des textes contemporains : Le Moche de Marius Von Mayenburg, Mon bras de Tim Crouch, Love & Money de Dennis Kelly, Les Toilettes de l’entreprise de Tristan Choisel.
En 2019, elle signe une adaptation d’Alice au pays des merveilles, intitulée Alice ou le Voyage intérieur.
En tant qu’autrice elle a publié Les Échos de la forêt (2022), un texte repéré par plusieurs comités de lecture, lauréat de prix comme le Prix Tout Public des Écrivains Associés du Théâtre et celui des Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre.
Plus récemment, sa pièce Les Chiennes est parue aux Éditions Théâtrales (septembre 2025).
Thèmes, approche artistique & esthétique
Mathilde Souchaud mêle souvent famille, secret, intrusion de l’étrange ou du perturbant dans le quotidien. Par exemple, dans Les Échos de la forêt, une intrusion animale (un chevreuil qui s’encastre dans une baie vitrée) vient troubler les relations familiales.
Elle semble jouer sur le mélange des genres : drame, farce, épouvante, parfois on sent une porosité entre le réalisme et le fantastique ou le lyrique.
Thèmes majeurs :
Animalité / frontière humain / animal
Dans Les Échos de la forêt, l’irruption d’un chevreuil qui se plante dans une baie vitrée agit comme élément déclencheur. Cet animal mort est à la fois témoin, symbole et déclencheur : il crée une faille entre le monde civilisé (la famille, les convenances) et ce qui se trouve au-delà, ce qui bouscule les identités, les tabous.
Dans Les Chiennes, c’est la transformation — métaphorique mais aussi virale — des femmes en chiennes, à la suite d’une humiliation. L’animalité devient un vecteur de subversion, un retour au primitif, un scandale social, une réfutation des normes ; c’est une manière de creuser la violence, le stigmate, mais aussi de l’utiliser pour une forme de réappropriation.
Secret, tabou, non-dit, dévoilement
Les Échos de la forêt s’articule autour d’un secret familial grave : l’une des sœurs est née d’un adultère, ce qui rend le père ignorant. Ce secret pèse sur les relations, crée des silences, des faux-semblants, et finit par exploser sous la pression des tensions.
De même, Les Chiennes manipule ce qui est caché derrière les lives, les écrans, les apparences : les vies mises en scène sur les réseaux sociaux sont factices, solitaires, violentes, et le dévoilement, l’humiliation, provoque un basculement.
Famille comme laboratoire de tensions humaines
La pièce Les Échos de la forêt rassemble plusieurs générations, des liens de parenté, des retrouvailles familiales qui dégénèrent. Ce cadre est familier, presque classique, et pourtant Souchaud le trouble, le fissure.
Dans Les Chiennes, bien que la famille au sens biologique soit moins centrale, les liens sociaux — milieux, nationalités, solidarité féminine, humiliation sociale — jouent le rôle d’un microcosme. Le rapport aux autres, leur regard, le jugement, et la solidarité naissante ou conflictuelle font partie du « domestique » ou du proche, même hors du cadre traditionnel.
Violence / humour noir / grotesque
Un des traits marquants est ce glissement progressif du comique vers le sombre, voire l’effroi ou l’irrationnel. Les Échos de la forêt commence dans une veine familiale et attendue, évolue vers la farce, le grotesque, le grand-guignol, l’expression exacerbée des pulsions.
Les Chiennes utilise aussi une forme de comédie noire, de fable d’anticipation, un retournement spectaculaire (vidéo virale, transformation en meute) qui installe une tension, un chaos social. La pièce joue sur le surréalisme dans la mesure où le « virus » animal se répand dans le réel.
Identité(s), solitude, apparences, réseaux sociaux
Souchaud s’intéresse beaucoup à ce qui se montre, ce qui est caché, ce qui est performatif. Dans Les Chiennes, les réseaux sociaux sont le lieu de la mise en scène de soi, de la quête de reconnaissance, mais aussi de l’isolement. Le vernis, l’image publique, la pression du regard.
Même dans Les Échos de la forêt, il y a la question du paraître : quoi dire, quoi taire, les convenances, la bienséance, la retenue avant que les choses ne basculent.
Dimension symbolique / métaphorique / imaginaire
Souchaud ne se contente pas du réalisme psychologique pur. Elle utilise l’animal, l’irruption de l’irrationnel, le grotesque, l’hallucination (ou quasi), les métaphores, les symboles. Le chevreuil dans Les Échos… est à la fois décor et catalyseur ; la transformation dans Les Chiennes est un motif symbolique puissant.