Ses débuts
Stéphanie Félicité du Crest de Saint-Aubin, comtesse de Genlis a traversé son époque comme une comète, laissant derrière elle une œuvre immense, en particulier dans le domaine du théâtre.
Née en 1746, dans une famille de petite noblesse provinciale, la jeune Félicité grandit en Bourgogne. Très tôt, elle se passionne pour la musique, la lecture, et surtout pour l’art dramatique. Elle a l’esprit vif, une mémoire étonnante et une ambition peu commune pour une femme de son temps.
Arrivée à Paris, elle entre à la cour et devient dame d’honneur de la duchesse de Chartres. C’est là que commence sa véritable carrière : elle se fait remarquer par son intelligence, son goût de l’éducation, et bientôt, elle est choisie pour une mission inédite – élever les enfants d’Orléans, dont le futur roi Louis-Philippe. Gouvernante modèle mais sévère, elle impose une pédagogie nouvelle, fondée sur la discipline, l’expérience concrète et la morale. Elle invente même des petites pièces de théâtre pour instruire tout en divertissant.
Une autrice passionnée
Car le théâtre est son arme et sa passion. Genlis écrit, imagine, compose des drames moraux et éducatifs, souvent destinés à être joués dans l’intimité des salons aristocratiques ou des familles. Ses pièces mettent en scène des situations simples mais pleines de sens, où triomphent la vertu, l’honnêteté et la piété. Ce n’est pas le grand théâtre de la Comédie-Française : c’est un théâtre intime, presque domestique, pensé comme une école de la vie.
Mais Genlis ne s’arrête pas là. Elle publie romans, essais, traités d’éducation – notamment Adèle et Théodore (1782), véritable somme pédagogique dissimulée sous les atours d’un roman épistolaire. Sa plume ne connaît pas de repos : elle écrit pour vivre, et elle vit pour écrire.
La Révolution bouleverse son destin. Attachée à la famille d’Orléans, puis contrainte à l’exil, elle voyage en Allemagne et en Angleterre, avant de revenir en France sous Bonaparte, puis de traverser encore la Restauration. Jusqu’à sa mort, en 1830, elle ne cesse de publier, accumulant une œuvre foisonnante.
Figure admirée et critiquée
Genlis fut l’une des premières femmes à vivre exclusivement de sa plume. Pour certains, elle représentait l’éducation rigoureuse, presque austère ; pour d’autres, elle incarnait une femme moderne, indépendante, une pionnière des lettres.
Aujourd’hui, son théâtre est moins joué, mais son rôle dans l’histoire de la pédagogie et de la littérature féminine reste majeur. Elle est de celles qui ont prouvé que la scène, même réduite au cercle familial, pouvait être un outil d’instruction et d’émancipation.