Ses débuts
Avec des camarades, il monte sa première œuvre, Les Amertumes (1971), inspirée d'Enfance de Gorki, et fonde aussitôt après sa compagnie, le Théâtre du quai. En 1972, Maria Casarès interprète L'Héritage à France-Culture. Bernard-Marie Koltès renonce à la mise en scène après avoir monté une dizaine de pièces avec des élèves comédiens, dont La Marche, inspirée du Cantique des cantiques, et Procès ivre, d'après Crime et châtiment. Pendant trois ans, il cesse d'écrire. La Nuit juste avant les forêts marque un nouveau départ. L'auteur a pris conscience que l'imagination et l'intuition ne doivent pas servir à inventer, mais à bien comprendre ce que l'on veut raconter et de quel matériau on dispose pour le faire. La pièce a été écrite pour son camarade Yves Ferry qui, sous sa direction, l'interprète en 1977 dans le festival off d'Avignon, puis, en 1978, au Petit-T.E.P.
Son vagabondage
Afrique, Amérique latine et Amérique centrale. Il passera bientôt autant de temps à New York qu'à Paris. En 1978, il entreprend Combat de nègre et de chiens, achevé en 1980. La pièce ne sera représentée qu'en 1983. Du coup, Combat de nègre et de chiens inaugure la prise de direction du théâtre des Amandiers de Nanterre par Patrice Chéreau. Toutes les pièces de Koltès ont été créées par celui-ci : Quai Ouest (1986), où il a pour interprète Maria Casarès ; Dans la solitude des champs de coton(1987) où, lors de la reprise, Chéreau remplace Isaach de Bankolé ; Le Retour au désert (1988) écrit pour Jacqueline Maillan. Koltès a aussi traduit Le Conte d'hiver de Shakespeare pour la mise en scène de Luc Bondy aux Amandiers.
L'inspiration
L'inspiration vient le plus souvent d'un lieu ressenti comme une métaphore de la vie ; dans Combat de nègre et de chiens, c'est le chantier encerclé par la brousse africaine, protégé de barbelés et de miradors. Dans Quai Ouest, le vaste hangar vide des docks désaffectés de Manhattan. Dans la solitude des champs de coton montre une rue qui favorise d'inquiétantes rencontres nocturnes. Dans Le Retour au désert, c'est la province de son enfance messine au moment des retombées de la guerre d'Algérie. Si Koltès a préféré écrire des pièces plutôt que des romans (une seule œuvre de jeunesse, La Fuite à cheval très loin de la ville, sera publiée en 1984), c'est qu'il apprécie les contraintes de l'écriture théâtrale : il faut faire exister une situation sans la définir, fabriquer un langage qui ne dit pas mais laisse pressentir. Ses dialogues, d'un lyrisme dense, sont le plus souvent des monologues qui, ne se répondant pas, renvoient à des solitudes.
Atteint du sida et le sachant dès 1986, Bernard-Marie Koltès s'est concentré sur sa création, en a accéléré le rythme. Il a pu achever Roberto Zucco avant de mourir. Cette fois, c'est, à New York, un visage d'assassin placardé dans le métro qui a été le déclic de la pièce.