Henry V de William Shakespeare

Un roi défie la France et son propre destin lors d'une bataille où le courage de quelques-uns transcende les lois de la raison militaire.

Présentation de la pièce

Henry V est une pièce historique de William Shakespeare écrite aux alentours de 1599. Elle a vraisemblablement été jouée pour la première fois au printemps 1599 au théâtre du Globe, probablement pour inaugurer ce nouveau théâtre légendaire.

Henry V clôt la seconde tétralogie historique de Shakespeare, composée de Richard II, Henri IV (parties 1 et 2) et Henry V. Cette tétralogie couvre une tranche continue de l'histoire anglaise de 1398 au traité de Troyes en 1420. Henry V représente l'apothéose de cette séquence : la rédemption du prince devenu roi, la transformation d'un jeune homme débauché en chef militaire inspiré.

Cette pièce transcende le simple récit historique. Elle interroge les responsabilités du pouvoir, la nature du leadership et le prix humain de la gloire militaire. Le contexte de l'époque élisabéthaine joue un rôle crucial : l'Angleterre en 1599 cherche des figures héroïques, et Shakespeare offre une méditation complexe sur le héros guerrier.

L'intrigue et les personnages

Henry V se construit autour de la transformation du Prince Hal en roi Henri V. Au début de la pièce, le jeune roi récemment couronné s'éloigne délibérément de ses anciens compagnons de beuverie. Cette rupture, bien que motivée par le devoir royal, revêt une profondeur émotionnelle saisissante.

L'action principal se concentre sur la campagne militaire du roi en France. Henri V est conseillé par des archevêques qui soutiennent son entreprise guerrière. Il reçoit les émissaires du Dauphin, qui le narguent avec des cadeaux insultants. Cette provocation enflamme la détermination du roi. Il rassemble ses troupes et traverse la Manche pour revendiquer le trône de France.

La campagne culmine à la bataille d'Azincourt, où l'armée anglaise remporte une victoire spectaculaire contre les forces françaises. La nuit avant la bataille, le roi se déplace incognito parmi ses troupes, partageant leurs craintes et renforçant leur moral avec son humanité et son courage.

La scène finale de la bataille est une célébration du courage humain. Le roi découvre que les pertes anglaises sont minimes tandis que les Français ont subi un carnage. La pièce se termine par le mariage diplomatique d'Henri V avec la princesse Catherine de Valois, une union politique qui cimente la paix entre les royaumes, bien que le mariage soit aussi humainement tendre et authentique.

Thèmes principaux

Henry V explore la nature du pouvoir et ses ambiguïtés fondamentales. Le roi affiche une confiance inébranlable et une détermination héroïque, mais Shakespeare suggère également les calculs politiques, les justifications douteuses et les coûts humains de la guerre.

Le thème de la camaraderie militaire s'oppose à celui du pouvoir solitaire. Henri V peut partager les craintes de ses soldats, se montrer humble et accessible, mais il demeure profondément isolé dans sa responsabilité de roi. Cette tension crée une pièce riche en ambiguïté : le héros guerrier est aussi un politicien manipulateur.

Henry V : un roi transformé

Henry V incarne le roi idéal et problématique. À la différence du Prince Hal dans Henry IV, il a abandonné la joie et l'insouciance pour embrasser le fardeau de la couronne. Ce qui rend le personnage fascinant, c'est cette tension : reste-t-il authentique après cette transformation, ou s'agit-il d'un calcul politique brillamment exécuté ?

Ce qui rend Henry V intéressant, c'est son humanité paradoxale. Avant la bataille d'Azincourt, il se déplace à la nuit en costume emprunté parmi ses troupes. Il écoute les doutes de ses soldats, reconnaît les injustices potentielles de leur cause. Ce moment de vulnérabilité transforme le roi en homme. Ensuite, il livre l'un des discours les plus célèbres de la littérature théâtrale : le discours de la Saint Crépin, où il galvanise ses troupes épuisées avec des paroles de courage et d'honneur.

Les grandes interprétations d'Henry V oscillent entre l'idéalisation et la critique. Kenneth Branagh dans le film de 1989 a présenté un Henry V marqué par le doute et la conscience morale de la guerre. D'autres acteurs l'ont joué en héros inébranlable. C'est la beauté du rôle : il supporte ces multiples lectures.

Postérité et représentations

Henry V a captivé les générations depuis sa création. Au XIXe siècle, la pièce a été populaire auprès du public patriotique anglais comme célébration du génie militaire britannique. Cependant, au XXe siècle, particulièrement après les guerres mondiales, les productions ont interrogé le coût humain de la gloire guerrière.

La production cinématographique la plus célèbre reste Henry V de Kenneth Branagh en 1989. Branagh reprend le rôle d'Henry qu'il avait commencé à explorer au théâtre. Le film a remporté un grand succès critique et commercial. Branagh a transformé la pièce en méditation nuancée sur la responsabilité du pouvoir et les horreurs de la guerre, loin de toute glorification simpliste.

Le discours de la Saint Crépin, en particulier, a transcendé le théâtre pour s'ancrer dans la culture populaire. Il est devenu un archétype du leadership inspirant, cité dans le film Will Hunting par Matt Damon et repris dans d'innombrables contextes.

Les productions récentes ont continué à revisiter la pièce, explorant sa dimension critique. Certaines mises en scène ont situées l'action dans des contextes modernes ou contemporains, transformant la bataille d'Azincourt en méditation sur tout conflit humain. La pièce s'est avérée profondément adaptable, capable de parler à des publics très divers.

Éditions de Henry V de William Shakespeare disponibles

Comparez les différentes éditions disponibles de Henry V de William Shakespeare

Henry V

Éditeur : FLAMMARION
Publié le : 23/05/2000
Nb de pages : 300
Prix : €6,90
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Histoires - Tome 2

Traduction : Jean-Pierre Richard (1949 - ),Jean-Pierre Villquin,Jean-Michel Déprats
Éditeur : GALLIMARD
Publié le : 23/10/2008
Nb de pages : 1760
Prix : €76,00
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Questions fréquentes sur Henry V

Q1 : Quand a été écrite Henry V ?

Henry V a été écrite vers 1598-1599 et jouée pour la première fois au printemps 1599 au théâtre du Globe. La pièce a été inscrite au Registre des Libraires en août 1600 et publiée la même année. Elle est probablement la pièce d'inauguration du Globe.

Q2 : Que se passe-t-il dans la bataille d'Azincourt ?

La bataille d'Azincourt (25 octobre 1415) est le point culminant de la pièce. L'armée anglaise, surpassée en nombre par les forces françaises, remporte une victoire spectaculaire grâce au courage de ses troupes et à la brillance tactique d'Henry V. La bataille est représentée de manière épique mais aussi réaliste quant à ses horreurs.

Q3 : Quel est le célèbre discours d'Henry V ?

Le discours de la Saint Crépin, prononcé avant la bataille d'Azincourt, commence par « une fois de plus sur la brèche, mes amis ». C'est l'un des discours les plus célèbres de la littérature théâtrale, où le roi galvanise ses troupes épuisées avec des paroles de courage et d'honneur partagé.

Q4 : Pourquoi Henry V abandonne-t-il Falstaff ?

Henry V rejette les amis de son enfance, dont Falstaff, en devenant roi. À la fin de Henry IV, il déclare « Je ne te connais pas, vieil homme ». Cette rupture symbolise sa transformation du jeune prince insouciant en roi responsable. C'est un moment dramatique et tragique qui interroge le prix du pouvoir.

Q5 : Combien d'actes compte Henry V ?

La pièce compte cinq actes. Elle est divisée par des Prologues en vers qui s'adressent directement au public et qui établissent les lieux et contextes de chaque section de manière poétique et réflexive.

Q6 : Quel est le rôle du Prologue dans Henry V ?

Le Prologue utilise des vers pour s'adresser directement au public. Il reconnaît les limites du théâtre (« nous ne pouvons montrer une bataille sur cette petite scène ») et demande l'indulgence du public. C'est une innovation dramatique qui crée une intimité avec le spectateur.

Q7 : Quelle édition choisir pour lire ou mettre en scène Henry V ?

Nous recommandons particulièrement l'édition traduite par Jean-Michel Déprats, référence absolue pour la mise en scène professionnelle. La traduction Déprats capture avec précision la structure versifiée de la pièce, les jeux de mots anglo-français, et surtout l'énergie oratoire des discours d'Henry V, particulièrement le discours de la Saint Crépin. Elle préserve la fluidité dramaturgique et l'impact émotionnel de l'original. Idéale pour les metteurs en scène, acteurs et lecteurs en quête d'une traduction fidèle avec dynamisme théâtral.