Le Roi Lear de William Shakespeare

Tragédie de la folie et de la rédemption : l'exploration la plus puissante de la condition humaine

Présentation de la pièce

Introduction : Une tragédie de dimension mythique

Le Roi Lear a probablement été écrite entre 1603 et 1606, créée pour la première fois le 26 décembre 1606 au Palais de Whitehall de Londres en présence du roi Jacques Ier.

Shakespeare s'inspire de la légende de Leir, souverain mythique de l'île de Bretagne à l'époque celtique précédant la conquête romaine. Il puise dans l'Historia regum Britanniæ de Geoffroy de Monmouth, ainsi que dans les Chroniques de Raphael Holinshed. Une pièce anonyme antérieure, The True Chronicle History of King Leir (jouée en 1590), lui fournit également une source narrative.

Mais de ces sources légendaires, Shakespeare crée bien plus qu'une adaptation : il forge une tragédie de dimension mythique, une œuvre qui, selon Victor Hugo, présente une « construction inouïe ». Le Roi Lear plonge dans les racines historiques de l'Angleterre préchrétienne pour atteindre une portée universelle sur la condition humaine.

L'intrigue et les personnages : Une double tragédie

L'intrigue s'ouvre sur une scène d'apparente banalité domestique. Le Roi Lear, vieillissant, décide de se retirer et de partager son royaume entre ses trois filles : Gonerile, Regane et Cordélia. Avant de procéder au partage, il leur demande de lui faire publiquement une déclaration de leur amour filial. C'est une épreuve, un test à part égale : celui qui l'aime le plus recevra la plus grande part du royaume.

Gonerile et Regane, les filles aînées, rivalisent en exagérations grandiloquentes. Elles versent des flots de flatterie, affirmant que leur père est tout pour elles, que leur amour n'a pas de limites. Lear, aveuglé par son orgueil et sa vanité, est enchanté par ces déclarations. Mais Cordélia, la plus jeune et la préférée, refuse de jouer ce jeu flatteuse. Elle affirme simplement qu'elle l'aime « comme une fille est censée aimer son père », pas plus. Lear interprète ce silence éloquent comme un manque d'amour. Furieux, il la bannit ainsi que Kent, un noble fidèle qui a osé contester sa décision.

La première scène s'achève dans l'explosion des familles et des frontières, l'effondrement des valeurs et des hiérarchies. Un geste, une parole, un trait sur une carte suffisent à renverser l'ordre de l'État et du monde. Cette erreur primordiale — cette faute d'un roi aveuglé par le mensonge et l'hypocrisie — va enclencher une série de catastrophes inévitables.

À cette intrigue principale s'ajoute une intrigue secondaire qui en est le miroir inversé. Le noble Gloucester, véritable double de Lear, se méprend lui aussi sur la vraie nature de ses fils. Son fils illégitime Edmond, ambitieux et jaloux, complote contre son frère légitime Edgar, beaucoup plus aimé par leur père. Edmond parvient à convaincre Gloucester qu'Edgar lui en veut. Comme Lear avec Cordélia, Gloucester chasse son meilleur fils. Les deux intrigues se nouent, se complètent, créant des effets de miroir et d'inversion qui les enrichissent mutuellement.

Thèmes universels : Folie, ingratitude, justice et rédemption

Le Roi Lear explore des thèmes qui plongent aux racines de l'expérience humaine. Au centre : la folie. Mais cette folie n'est pas simplement la démence d'un vieillard, c'est une folie qui atteint la démesure, qu'il s'agisse du royaume, de la famille, ou des destinées individuelles.

Après son bannissement, Lear erre sur une lande désolée. Peu à peu, il perd les attributs du pouvoir royal. Goneril et Regan commencent par lui reprocher sa suite de chevaliers. Progressivement, elles le dépossèdent : pas de chevaliers, pas de serviteurs, rien. Ce roi autrefois tout-puissant se retrouve seul et dépourvu. La tempête règne sur la lande, comme si la nature elle-même reflétait le chaos intérieur du roi.

Et c'est au moment où Lear perd tout qu'il commence enfin à voir clair. Endossant tour à tour les habits du roi, du mendiant, du bouffon pour enfin perdre la raison, Lear éprouve la misère humaine. Il reconnaît enfin l'existence de ceux qu'il soupçonnait à peine — les pauvres, les exclus, les marginalisés. Sur la lande, il croise « Pauvre Tom » — en fait Edgar déguisé — réfugié dans une hutte, qui partage avec lui son dénuement.

Cette descente en enfer devient paradoxalement une ascension spirituelle. Le roi tyrannique devient l'incarnation d'une leçon ultime : face au monde, ce « grand théâtre de fous », tout est vanité. Le pouvoir ne signifie rien. La richesse est illusoire. Seule demeure la vérité de l'amour et de la compassion — cette compassion que Cordélia exprimait silencieusement au début, et que Lear n'a compris qu'en perdant tout.

Cordélia : L'amour vrai contre la flatterie

Cordélia incarne la vérité et l'amour authentique face aux mensonges de ses sœurs. En refusant la flatterie, elle rejette la confusion entre l'être et l'avoir. Elle ne veut pas être aimée pour des paroles exagérées, mais pour la vérité nue de leur lien filial.

Cette simplicité devient son condamnation. Elle est exilée, mariée au roi de France qui la chérit justement pour son intégrité. Mais lorsque la nouvelle atteint Cordélia que son père a été dépossédé par ses sœurs, elle revient avec l'armée du roi de France pour le sauver. C'est un acte d'amour par excellence : elle revient pour celui qui l'a niée, elle sacrifie son bonheur nouvellement trouvé pour sauver le roi qui l'a rejetée.

Malheureusement, cette générosité ne sera pas récompensée. L'une des fins les plus brutales de Shakespeare l'attend : Cordélia est exécutée sur ordre du traître Edmond. Elle meurt innocente, jeune, vertueuse. C'est ce qui rend la fin du Roi Lear si intolérable à certains : la mort semble injuste, gratuite, arbitraire.

Postérité : le choc de cette tragédie

Le Roi Lear a été longtemps considérée comme trop sombre pour être représentée. Au XVIIIe siècle, Nahum Tate en a réalisé une adaptation avec happy end : le mariage d'Edgar et de Cordélia, le retour de Lear sur le trône, la disparition du fou. David Garrick et d'autres grands acteurs ont joué cette version édulcorée pendant plus d'un siècle.

Le gouvernement britannique du XIXe siècle, à une époque où le roi George III souffrait de déficience mentale, n'a pas toléré de voir la folie d'un monarque portée à la scène. La pièce a été retirée du répertoire. Ce n'est qu'en 1838, avec William Charles Macready, que le texte original a réapparu sur la scène londonienne.

Aujourd'hui, Le Roi Lear est reconnu comme le chef-d'œuvre incontournable de Shakespeare. Son influence sur le drame moderne a été exceptionnelle. Les spectateurs ne sortent pas indemnes d'une représentation de cette tragédie qui explore l'expérience humaine dans sa totalité : le pouvoir et sa perte, l'amour et son absence, la raison et la folie, la justice et l'injustice. C'est « l'image la plus complète de la condition humaine » dans toute l'œuvre de Shakespeare.

Éditions du Roi Lear de William Shakespeare disponibles

Comparez les différentes éditions disponibles de Le Roi Lear de William Shakespeare

Le Roi Lear

Traduction : Yves Bonnefoy
Éditeur : FOLIO
Publié le : 07/01/2016
Nb de pages : 256
Prix : €2,00
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La Tragédie du roi Lear

Traduction : Jean-Michel Déprats
Éditeur : FOLIO
Publié le : 07/09/1993
Nb de pages : 288
Prix : €8,00
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Le roi Lear

Traduction : Pascal Collin
Éditeur : THEATRALES
Publié le : 05/07/2007
Nb de pages : 160
Prix : €11,00
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Le Roi Lear

Éditeur : LGF
Publié le : 15/05/2019
Nb de pages : 264
Prix : €4,90
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Le Roi Lear

Traduction : Olivier Cadiot
Éditeur : POL
Publié le : 01/09/2022
Nb de pages : 256
Prix : €16,00
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LE ROI LEAR

Traduction : Jean-Marc LANTERI
Éditeur : CIRCE
Publié le : 07/01/2016
Nb de pages : 212
Prix : €10,50
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Le roi Lear

Traduction : Barbara Sadoul
Éditeur : J'AI LU
Publié le : 04/03/2020
Nb de pages : 128
Prix : €2,00
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Le roi Lear

Éditeur : SOLITAIRES INT
Publié le : 15/01/2012
Nb de pages : 312
Prix : €15,00
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Le Roi Lear

Traduction : Armand Robin
Éditeur : FLAMMARION
Publié le : 02/04/2014
Nb de pages : 418
Prix : €9,00
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Questions fréquentes sur Le Roi Lear

Q1 : Quand a été écrit Le Roi Lear ?
Le Roi Lear a probablement été écrit entre 1603 et 1606 et jouée pour la première fois le 26 décembre 1606 au Palais de Whitehall devant le roi Jacques Ier. Elle a été publiée pour la première fois en 1608.

Q2 : Sur quels sources s'inspire Le Roi Lear ?
Le Roi Lear s'inspire de la légende de Leir, roi mythique de Bretagne à l'époque celtique. Shakespeare utilise l'Historia regum Britanniæ de Geoffroy de Monmouth et les Chroniques de Raphael Holinshed. Il s'inspire aussi d'une pièce anonyme antérieure, The True Chronicle History of King Leir (1590).

Q3 : Pourquoi Lear bannit-il Cordélia ?
Lear demande à ses trois filles de lui déclarer leur amour en échange d'une part du royaume. Goneril et Regan le flattent outrageusement. Cordélia refuse de jouer ce jeu et affirme simplement qu'elle l'aime comme une fille doit aimer son père. Lear interprète son silence comme un manque d'amour et la bannit.

Q4 : Qu'est-ce qui se passe sur la lande ?
Après être dépossédé par ses filles, Lear erre sur une lande désolée pendant une tempête violente. Au cours de ce voyage, il perd progressivement la raison mais gagne une compréhension spirituelle. Il découvre la misère humaine et reconnaît l'existence des pauvres et des exclus qu'il avait ignorés.

Q5 : Combien d'actes compte Le Roi Lear ?
Le Roi Lear compte cinq actes. L'action est resserrée avec une double intrigue : l'histoire de Lear et de ses trois filles, parallèle à celle de Gloucester et de ses deux fils, créant des effets de miroir et d'inversion.

Q6 : Pourquoi Le Roi Lear a-t-elle été censurée au XIXe siècle ?
Le gouvernement britannique, à une époque où le roi George III souffrait de déficience mentale, n'a pas toléré de voir la folie d'un monarque portée à la scène. La pièce a été retirée du répertoire. Les acteurs jouaient plutôt l'adaptation édulcorée de Nahum Tate avec happy end.

Q7 : Quelle édition du Roi Lear choisir pour une mise en scène ?
Pour une mise en scène, nous recommandons particulièrement la traduction de Jean-Michel Déprats, qui capture l'intensité poétique du texte shakespearien original et offre une fluidité remarquable pour le plateau. Cette traduction convient aussi bien aux étudiants qu'aux professionnels du théâtre.