Richard III de William Shakespeare

Un tyran accède au trône en écrasant tous ses adversaires mais la malédiction le poursuit jusqu'à sa destruction finale.

Présentation de la pièce

Introduction

Richard III est la dernière pièce historique de la première tétralogie de William Shakespeare, écrite vers 1591-1592 et publiée en 1597. Elle conclut un cycle de quatre pièces retraçant la Guerre des Deux Roses, conflit dynastique sanglant qui ravagea l'Angleterre de au XVe siècle.

À l'époque élisabéthaine, cette pièce servait un objectif politique clair : légitimer la présence sur le trône de la dynastie Tudor, dont la dernière représentante, Élisabeth Ière, régnait quand Richard III fut créée. Cependant, Shakespeare transcende largement cette simple fonction de propagande. Richard III est la deuxième plus longue pièce de son canon, juste après Hamlet. Elle fourmille de personnages complexes, de rebondissements dramatiques et d'une profondeur psychologique qui en fait bien plus qu'un simple récit politique.

Richard III inaugure un archétype: le tyran charismatique, le « méchant » fascinant qui captive le public par son charme même tandis qu'il commet des horreurs. C'est une pièce sur l'ambition dévorante, le pouvoir corrupteur et la vengeance inévitable de l'histoire.

L'intrigue et les personnages

Richard III débute au lendemain de la victoire des York dans la Guerre des Deux Roses. Richard de Gloucester, le plus jeune frère du roi Édouard IV, est malheureux et difforme, ressent sa laideur comme une injustice personnelle. Dévoré par l'ambition, il décide de briser la paix en manipulant et en éliminant tous ceux qui le séparent du trône.

L'action se construit comme une spirale de meurtres et de trahisons. Richard ordonne d'abord la mort de son propre frère, le duc de Clarence, sur la base d'une prophétie vague. Il séduit Anne de Warwick, veuve de celui qu'il a tué, et l'épouse tout en planifiant déjà sa destruction. Le roi Édouard IV meurt, laissant deux jeunes enfants, les futurs rois potentiels. Richard, nommé protecteur des enfants, les emprisonne dans la Tour de Londres et les fait assassiner.

Richard se fait alors proclamer roi. Il tente ensuite d'éliminer sa propre femme Anne pour pouvoir en épouser une autre. Mais sa paranoia grandit à mesure que son pouvoir s'affermit. Il commande des meurtres dans l'espoir de se sécuriser, mais chaque meurtre le rend plus isolé et vulnérable. Le comte de Richmond, exilé en France, rassemble une armée. La veille de la bataille de Bosworth, les fantômes de toutes les victimes de Richard apparaissent pour le hanter et lui annoncer sa défaite.

À la bataille de Bosworth, Richard combat avec férocité mais son cheval tombe sous lui. Il meurt sous les coups de Richmond, qui devient Henri VII et épouse Élisabeth, unissant ainsi les deux maisons rivales et fondant la dynastie Tudor.

Thèmes principaux et innovation théâtrale

Richard III explore la nature du pouvoir et de l'ambition sans limites. Richard n'est pas un héros tragique terrassé par une faute. C'est un tyran conscient et calculateur qui choisit délibérément le mal. Mais Shakespeare lui confère une humanité complexe : Richard comprend sa difformité et l'utilise comme justification de sa méchanceté, créant une psychologie profonde du tyran.

Le thème de la fatalité s'entrelace avec celui de la responsabilité personnelle. La malédiction de la reine Marguerite sur Richard plane sur toute la pièce, suggérant que sa destruction est inévitable. Pourtant, Richard agit librement pour créer cette destruction, endossant pleinement la responsabilité de ses actes. C'est l'une des grandes tensions de la pièce : sommes-nous les auteurs de notre destin ou simplement des acteurs dans un scénario écrit d'avance ?

L'innovation majeure concerne l'incarnation du vice. Richard incarne ce rôle avec perfection : il s'adresse directement au public, nous confiant ses plans mauvais avec charme et intelligence. Nous ne pouvons que rire de son audace tout en étant horrifiés par ses actes. Cette complicité entre Richard et l'audience crée une tension morale saisissante. Une fois qu'il accède au trône, Richard cesse de s'adresser au public, perdant ce charme qui maintenait notre ambiguïté morale. Il devient véritablement tyrannique et pathétique.

L'utilisation dramatique de la superstition, des présages et du surnaturel (les fantômes de la veille de la bataille) confère à la pièce une dimension cosmique : le mal est puni, l'ordre rétabli par des forces au-delà du simple humain.

Richard III : le méchant fascinant

Richard est l'un des grands méchants de la littérature théâtrale. Ce qui le rend iconique, c'est son charme paradoxal. Au début de la pièce, il est drôle, intelligent, prédateur mais séduisant. Il nous fait rire même tandis qu'il raconte ses crimes. Il séduit Anne avec une audace absolue : il tue son mari, puis la conquiert en lui déclarant son amour avec un cynisme éblouissant.

Mais cette séduction s'évanouit. À mesure que Richard consolide son pouvoir, il devient de plus en plus paranoïaque et isolé. Les meurtres s'accumulent, ne garantissant jamais la sécurité. Cette transformation psychologique fascine les acteurs. Comment jouer le passage de Richard de l'ambitieux séduisant au tyran pathétique et terrifié ?

Les grandes interprétations du rôle oscille entre la fascination et l'horreur. Al Pacino dans Looking for Richard (1996) a exploré les paradoxes modernes du personnage. Thomas Jolly en 2015 a transformé Richard en rock star charismatique qui embarque son public avant de le trahir. Thomas Ostermeier à l'Odéon en 2017 a mêlé fascination et dégoût, faisant de Richard un monstre séduisant et terrifiant.

Postérité et représentations

Richard III n'a cessé d'intriguer des générations de metteurs en scène et d'acteurs.

Les productions du XXe siècle ont transformé Richard III en méditation sur le totalitarisme. Jan Kott, théoricien polonais, envisageait les pièces historiques shakespéariennes comme des visions prophétiques des horreurs du XXe siècle. Richard III devient un guide « au cœur des ténèbres », la face humaine du Grand Mécanisme de l'histoire.

La mise en scène révolutionnaire The Wars of the Roses par Peter Hall et John Barton en 1963 a présenté les quatre pièces comme un cycle, transformant Richard III en conclusion épique d'une fresque historique sanglante. Cette approche a profondément influencé les productions ultérieures.

Le personnage de Richard résiste à toute simplification : tyran et victime, monstre et homme. Cette ambiguïté garantit sa pertinence pour chaque génération de spectateurs.

Éditions de Richard III de William Shakespeare disponibles

Comparez les différentes éditions disponibles de Richard III de William Shakespeare

La Tragédie de Richard III

Traduction : Jean-Michel Déprats
Éditeur : FOLIO
Publié le : 14/10/2021
Nb de pages : 496
Prix : €10,00
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Richard III

Traduction : François-Victor Hugo
Éditeur : J'AI LU
Publié le : 04/03/2020
Nb de pages : 128
Prix : €2,00
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Le roi Richard III

Éditeur : SOLITAIRES INT
Publié le : 13/01/2010
Nb de pages : 240
Prix : €11,00
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Richard III

Traduction : Jean-Michel Déprats
Éditeur : GALLIMARD
Publié le : 02/06/1995
Nb de pages : 256
Prix : €15,00
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Richard Iii

Éditeur : AVANT SCENE
Publié le : 13/01/2016
Nb de pages : 144
Prix : €16,00
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Richard III

Traduction : Clément Camar-Mercier
Éditeur : ESSE QUE
Publié le : 06/01/2023
Nb de pages : 168
Prix : €10,00
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Richard III - Roméo et Juliette - Hamlet

Traduction : François-Victor Hugo
Éditeur : FLAMMARION
Publié le : 27/01/2016
Nb de pages : 382
Prix : €6,00
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Richard III : loyaulté me lie

Éditeur : SOLITAIRES INT
Publié le : 14/01/2016
Nb de pages : 176
Prix : €13,00
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Histoires - Tome I

Traduction : Jean-Pierre Vincent,Line Cottegnies,Jean-Michel Déprats
Éditeur : GALLIMARD
Publié le : 23/10/2008
Nb de pages : 1776
Prix : €76,00
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Questions fréquentes sur Richard III

Q1 : Quand a été écrite Richard III ?

Richard III a été écrite vers 1591-1592. La pièce a probablement été représentée entre 1592 et 1593, et a été inscrite au Registre des Libraires en octobre 1597. Elle a été publiée en 1597 et reste l'une des premières pièces de Shakespeare.

Q2 : Qui sont les "Princes de la Tour" ?

Les Princes de la Tour sont les deux jeunes fils du roi Édouard IV, emprisonnés par leur oncle Richard dans la Tour de Londres. Selon la pièce, Richard les fait assassiner pour asseoir son pouvoir. Historiquement, leur fate reste mystérieuse et débattue par les historiens.

Q3 : Quel est le monologue célèbre d'Azincourt... pardon, de Richard III ?

Le monologue le plus célèbre arrive à la bataille de Bosworth. Alors que son cheval tombe sous lui, Richard crie : « Un cheval ! Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! » C'est une exclamation de désespoir ultime : tout son pouvoir, tout son royaume ne valent pas un simple cheval pour continuer la fuite.

Q4 : Pourquoi Richard dit-il qu'il est malheureux et difforme ?

Richard attribue sa méchanceté à sa difformité physique. Il affirme que la nature l'a trompé de sa beauté, ce qui l'a conduit à embrasser la méchanceté. Cette psychologie de la victimisation cachée — où la vraie raison est l'ambition crue — révèle la sophister de son caractère.

Q5 : Combien d'actes compte Richard III ?

La pièce compte cinq actes. C'est la deuxième plus longue pièce de Shakespeare, après Hamlet. Elle fourmille de personnages, de rebondissements et de violence dramatique tout au long de sa progression.

Q6 : Quel est le rôle de la malédiction de la reine Marguerite ?

La reine Marguerite, veuve d'Henri VI, maudit Richard et tous ceux présents à la cour. Elle prédit la ruine et la mort. Cette malédiction pèse sur toute la pièce, suggérant que la destruction de Richard est inévitable, prédestinée.

Q7 : Quelle édition choisir pour lire ou mettre en scène Richard III ?

Nous recommandons particulièrement l'édition traduite par Jean-Michel Déprats, référence absolue pour la mise en scène professionnelle. La traduction Déprats capture avec précision le charme maléfique de Richard, la cruauté de ses intrigues et l'énergie dramatique des confrontations. Elle préserve les adresses directes au public qui font la puissance du personnage et facilite la compréhension de la complexité politique médiévale. Idéale pour acteurs, metteurs en scène et lecteurs en quête d'une traduction fidèle et dramaturgiquement efficace.